Publié le 12 août 2026, mis à jour le 16 septembre 2026

Analyse · Schizophrénie · Psychopharmacologie

Schizophrénie non répondeuse : que vaut une taille d’effet de moins 1,53 pour la duloxétine associée à la clozapine ?

▤ Dossier
eClinicalMedicine · 2025 ; 84 : 103291 · Samara M et al.
DOI 10.1016/j.eclinm.2025.103291
PMID 40535000
Scientifique 79
Éditorial 81

L’essentiel

Cette méta-analyse en réseau fréquentiste rassemble 150 essais randomisés, 11 375 patients et 78 options médicamenteuses ou placebo dans la schizophrénie non répondeuse à un traitement antérieur. La conclusion des auteurs est d’abord que la clozapine reste le traitement de référence, supérieure à l’halopéridol, à la chlorpromazine, à la quétiapine et au sulpiride sur les symptômes globaux (SMD de 0,35 à 1,00). Neuf associations font mieux que la clozapine seule sur le critère principal, la plus forte estimation revenant à l’oxytocine intranasale ajoutée à la rispéridone, SMD -1,67 (IC 95 % de -2,63 à -0,71). Parmi les associations à la clozapine, la duloxétine porte l’estimation extrême, SMD -1,53 (IC 95 % de -2,44 à -0,63) : elle repose sur un seul essai en double insu de 40 patients randomisés. La mirtazapine associée à la clozapine donne -1,31 (de -2,43 à -0,19) sur un essai, la mémantine -0,74 (de -1,42 à -0,05) sur deux essais. Deux réserves commandent la lecture : 104 des 150 essais inclus sont à risque de biais modéré ou élevé, et le test d’Egger montre que les petits essais surestiment l’efficacité comparée à la clozapine (p = 0,0027). Les auteurs écrivent eux-mêmes que la faible densité du réseau augmente la probabilité de résultats dus au hasard pour les estimations reposant sur une seule étude. À ce stade, il s’agit d’une hypothèse à confirmer, pas d’un motif de modifier une prescription.

Le contexte

La question posée par cette synthèse est celle que l’on rencontre en consultation de suivi ou en réunion de service : un patient schizophrène a déjà échoué à un ou plusieurs traitements, il est parfois déjà sous clozapine, et l’amélioration reste insuffisante. Les options qui se discutent alors sont l’augmentation de dose, le changement de molécule, le passage à la clozapine quand il n’a pas encore eu lieu, ou l’ajout d’un adjuvant à la clozapine. Ces stratégies sont pratiquées largement, mais elles reposent sur des données éparses : beaucoup de petits essais, des définitions hétérogènes de la non-réponse, peu de comparaisons directes entre elles.

Une méta-analyse en réseau est précisément l’outil conçu pour ce problème : elle relie des essais qui n’ont jamais comparé les mêmes traitements entre eux et produit un classement de toutes les options. C’est aussi l’outil dont les résultats sont les plus sensibles à la qualité et à la répartition des essais qui l’alimentent. Les deux propriétés vont ensemble.

Le mécanisme

Ce que l’hypothèse d’augmentation suppose, et ce que l’étude a mesuré

La logique de l’augmentation de la clozapine repose sur l’idée qu’ajouter une action pharmacologique différente, noradrénergique et sérotoninergique pour la duloxétine, noradrénergique et histaminergique pour la mirtazapine, glutamatergique pour la mémantine, agit sur des dimensions symptomatiques que le blocage dopaminergique ne couvre pas. Cette hypothèse est plausible et ancienne. Elle n’est pas testée ici.

Élément Contenu
Ce que l’étude a mesuré Des scores cliniques d’efficacité et de tolérance, agrégés entre essais
PrécisionLes échelles varient selon les essais inclus. Le protocole publié fixe une hiérarchie : variation du score total de la PANSS, à défaut variation de la BPRS, à défaut valeurs de fin d’essai de l’une ou l’autre. L’agrégation d’échelles différentes en une différence moyenne standardisée est licite, mais elle ajoute une source de variabilité au résultat.
Ce que l’étude n’a pas mesuré Aucun paramètre biologique ou d’imagerie, et pas de dosage plasmatique exploitable
PrécisionLes auteurs indiquent que les concentrations plasmatiques ne sont pas rapportées dans la plupart des essais inclus, et que la variabilité des doses reste un facteur de confusion. Aucun marqueur d’occupation réceptorielle n’est mesuré. Le résultat est un effet observé sur des scores, pas une démonstration de mécanisme.
Une hypothèse concurrente non écartée Une partie de l’effet pourrait être pharmacocinétique et non pharmacodynamique
PrécisionLa clozapine est métabolisée principalement par le CYP1A2, voie que partagent plusieurs molécules qu’on lui associe : une élévation de la clozapinémie produirait elle aussi une amélioration des scores. Il s’agit d’un rappel pharmacologique, hors du champ de l’étude, qui ne rapporte pas de dosage plasmatique dans la plupart des essais et n’a pas cherché à séparer les deux mécanismes.

L’étude en un coup d’œil

Élément Contenu
Population Schizophrénie non répondeuse ou résistante à un traitement antérieur, âge moyen 38,0 ans, 71 % d’hommes
PrécisionLa proportion d’hommes est de 7 818 sur 11 076 dans les 142 essais qui la renseignent. La majorité des essais portent sur des adultes d’âge actif ; trois incluent des enfants ou des adolescents. Toute définition de la résistance ou de la non-réponse était acceptée, ce que les auteurs assument : les définitions sont ensuite réparties en quatre groupes, du simple échec d’un antipsychotique à l’absence de réponse à la clozapine. C’est une hétérogénéité clinique, pas seulement statistique.
Intervention 78 options médicamenteuses ou placebo : antipsychotiques en monothérapie et associations
Précision69 essais évaluent une monothérapie antipsychotique, dont six avec un bras placebo, et 81 évaluent une association. Les adjuvants comprennent des antipsychotiques, des antidépresseurs, des antiépileptiques, des agents glutamatergiques et divers autres produits, ajoutés à la clozapine mais aussi à la rispéridone ou à l’olanzapine.
Comparateur Comparaisons multiples au sein du réseau, la clozapine servant de référence dans tous les graphiques
PrécisionDans un réseau de cette taille, la grande majorité des paires de traitements n’a jamais fait l’objet d’un essai direct : l’estimation est alors déduite du réseau. Voir la lecture critique.
Critère principal Changement du score global des symptômes, exprimé en différence moyenne standardisée
Précision116 essais et 8 678 participants fournissent des données exploitables pour ce critère. Critères secondaires : réponse au traitement, symptômes positifs, négatifs et dépressifs, arrêts de traitement pour toute cause, pour effet indésirable et pour inefficacité, effets indésirables globaux et spécifiques (recours aux correcteurs antiparkinsoniens, sédation, prise de poids, prolactine, QTc), qualité de vie et fonctionnement.
Design Revue systématique et méta-analyse en réseau fréquentiste à effets aléatoires, 150 essais randomisés, N = 11 375
PrécisionModèle fréquentiste par variance inverse, classement par p-scores, sous R avec le paquet netmeta, et non modèle bayésien. Recherche dans MEDLINE, Cochrane Central, Embase, PsycINFO, ClinicalTrials.gov, le registre de l’OMS et le site de la FDA jusqu’en mars 2025. Les 150 essais correspondent à 154 publications, parues de 1958 à 2024, dont 52 conduites aux États-Unis ; 127 sont en double insu. Durée de 4 à 52 semaines, médiane 12 semaines. Protocole préenregistré sur OSF, conduite déclarée conforme à PRISMA, tests de cohérence du réseau, certitude évaluée par CINeMA.

Le contrôle de qualité

Point contrôlé Jugement
Protocole préenregistré Oui, OSF
ConstatEnregistrement OSF du 9 août 2024, reproduit intégralement dans l’annexe. Le préenregistrement limite le risque de choix rétrospectif du critère principal. Il ne protège pas contre les biais des essais inclus.
Conduite déclarée conforme à PRISMA Oui
ConstatListe de contrôle PRISMA et diagramme de flux fournis en annexe : 15 615 références identifiées, 12 795 examinées après retrait des doublons, 150 essais retenus. La conformité déclarée porte sur le compte rendu de la revue, pas sur la qualité des données rassemblées.
Risque de biais des essais inclus 104 essais sur 150
Constat46 essais (30,67 %) à risque global faible, 75 (50 %) modéré, 29 (19,33 %) élevé, soit 69 % à risque modéré ou élevé. C’est la limite la plus lourde de cette synthèse : un réseau ne corrige pas les biais des essais qui l’alimentent, il les propage.
Certitude CINeMA du critère principal Très faible à modérée
ConstatLes jugements s’étagent de très faible à modérée, sans aucune comparaison classée élevée ; le résumé publié précise que la certitude est faible ou très faible pour la plupart des estimations. La certitude modérée n’est pas propre à la duloxétine : dans le tableau d’évaluation du critère principal, plus d’une centaine de comparaisons reçoivent ce niveau, dont mémantine plus clozapine contre clozapine seule.
Cohérence du réseau Testée, sans incohérence globale
ConstatPour le critère principal, test global de type design par traitement Q = 16,594, 19 degrés de liberté, p = 0,617 ; 15,38 % des boucles montrent une incohérence locale par séparation des preuves directes et indirectes. L’hétérogénéité reste notable : I² = 58,6 %, variance interétudes de 0,0841. Ces tests ne disent rien des comparaisons pour lesquelles il n’existe aucune preuve directe.
Effet des petites études Démontré, p = 0,0027
ConstatFunnel plot à contours et test d’Egger sur la comparaison de tous les traitements à la clozapine : t = -3,10, 72 degrés de liberté, p = 0,0027, estimation du biais -1,60. Les auteurs concluent que les essais de petite taille tendent à exagérer l’efficacité comparée à la clozapine. Ce résultat concerne directement les estimations extrêmes du réseau.
Financement Aucun
ConstatLa rubrique de financement de la version publiée indique qu’il n’y a eu aucune source de financement pour ce travail, industrielle ou non.
Liens d’intérêts des auteurs Deux auteurs sur onze
ConstatLa première auteure déclare des honoraires de consultant, de conseil ou de conférence de Recordati, Lundbeck et Viatris. L’auteur senior en déclare d’une liste plus longue, dont Angelini, Boehringer Ingelheim, Janssen, Johnson & Johnson, Lundbeck, MSD, Otsuka, Recordati, Sanofi Aventis, Sandoz, Sunovion, Teva, Eisai, Rovi et Mitsubishi. Les autres auteurs déclarent n’avoir aucun lien financier avec des intérêts commerciaux. Ces déclarations n’invalident rien par elles-mêmes ; elles justifient de lire le classement des options avec la même exigence que n’importe quel classement.

Les résultats

-1,53
Différence moyenne standardisée en faveur de la duloxétine associée à la clozapine, contre la clozapine en monothérapie, sur le score global des symptômes, intervalle de confiance à 95 % de -2,44 à -0,63. C’est l’estimation extrême parmi les associations à la clozapine, et elle repose sur un seul essai en double insu de 40 patients randomisés.
Résultat Valeur et statut
Clozapine contre plusieurs antipsychotiques SMD de 0,35 à 1,00 en faveur de la clozapine
ConstatSupériorité sur les symptômes globaux face à l’halopéridol, la chlorpromazine, la quétiapine et le sulpiride. Sur les symptômes positifs, la clozapine devance légèrement l’olanzapine, SMD 0,19 (IC 95 % de 0,00 à 0,37), borne inférieure à zéro. Sur les taux de réponse, elle devance la rispéridone, OR 0,64 (IC 95 % de 0,41 à 1,01), intervalle qui franchit l’unité. C’est le résultat que les auteurs mettent en avant : la clozapine reste le traitement de référence.
Duloxétine plus clozapine contre clozapine seule SMD -1,53, IC 95 % de -2,44 à -0,63, un seul essai, certitude modérée
ConstatLa preuve directe se réduit à un essai italien en double insu de 2011, 40 patients randomisés, duloxétine 60 mg par jour ajoutée à la clozapine pendant 16 semaines, chez des patients partiellement répondeurs sous clozapine à dose maximale tolérée depuis au moins un an. La certitude CINeMA est classée modérée, dégradée pour biais de notification seulement.
Mirtazapine plus clozapine contre clozapine seule SMD -1,31, IC 95 % de -2,43 à -0,19, un seul essai, certitude faible
ConstatVa dans le même sens que l’estimation précédente, avec un intervalle dont la borne haute frôle l’absence d’effet. Certitude dégradée pour risque de biais intraétude, biais de notification et caractère indirect.
Mémantine plus clozapine contre clozapine seule SMD -0,74, IC 95 % de -1,42 à -0,05, deux essais, certitude modérée
ConstatEffet estimé plus modeste, porté par deux essais en double insu contre placebo de 21 et 52 patients, avec la même certitude modérée que la duloxétine. L’amisulpride associé à la clozapine, appuyé sur quatre essais, donne l’estimation la plus faible de la série, SMD -0,51 (IC 95 % de -1,00 à -0,02).
La plus forte estimation du critère principal Oxytocine intranasale plus rispéridone, SMD -1,67, IC 95 % de -2,63 à -0,71
ConstatCe n’est donc pas une association à la clozapine qui porte le chiffre le plus élevé du réseau, mais un adjuvant hormonal à la rispéridone, sur un essai de 40 patients. Neuf associations au total font mieux que la clozapine seule sur ce critère, les estimations s’échelonnant de -1,67 à -0,51.
Symptômes positifs et négatifs Mêmes molécules, mêmes ordres de grandeur
ConstatAssociées à la clozapine, l’amisulpride, la lamotrigine et le topiramate réduisent les symptômes positifs davantage que la monothérapie (SMD de -1,13 à -0,54) ; la duloxétine, la mémantine et la ziprasidone réduisent davantage les symptômes négatifs (SMD de -1,98 à -0,99). Les mêmes réserves de densité du réseau s’appliquent.
Tolérance Analysée, et défavorable à la clozapine sur plusieurs items
ConstatLa clozapine entraîne plus de sédation et plus de prise de poids que plusieurs comparateurs, et moins de recours aux correcteurs antiparkinsoniens. Les arrêts pour effet indésirable sont plus fréquents sous chlorpromazine et sous topiramate associé à la clozapine que sous clozapine seule. Aucune différence n’est montrée sur la qualité de vie ni sur le fonctionnement. La durée courte des essais rend ces critères peu informatifs sur la sécurité au long cours.
Sécurité des associations au long cours Non évaluée
ConstatAbsence d’analyse, et non résultat rassurant. Avec une durée médiane de 12 semaines, les essais inclus ne permettent pas de conclure sur les risques d’une association maintenue pendant des mois ou des années. Les auteurs appellent eux-mêmes des travaux sur les critères à long terme.

Lecture critique

Domaine Jugement
Ampleur de l’effet principal Un seul essai de 40 patients
ConstatUne différence moyenne standardisée de -1,53 correspond à un effet très large, d’un ordre de grandeur nettement supérieur à ce que la psychopharmacologie de la schizophrénie rapporte habituellement, et ce dans une population déjà sélectionnée par l’échec des traitements précédents, c’est à dire là où les effets attendus sont les plus petits. La vérification confirme le profil redouté : la preuve directe se réduit à un essai monocentrique de 40 patients randomisés, et l’intervalle de confiance, de -2,44 à -0,63, couvre presque deux unités d’écart type. Le test d’Egger conduit par les auteurs montre par ailleurs que les petits essais de ce réseau exagèrent l’efficacité comparée à la clozapine. Nous ne concluons pas que le résultat est faux : nous disons qu’un essai de 40 patients ne fixe pas une amplitude.
Comparaisons directes contre comparaisons déduites Distinction essentielle
ConstatUn réseau à 78 nœuds comporte plus de trois mille paires possibles, et 150 essais ne peuvent en documenter directement qu’une petite fraction : dans le tableau de certitude du critère principal, l’immense majorité des comparaisons est notée zéro essai direct. Une comparaison indirecte n’est pas illégitime, mais elle hérite des faiblesses des deux branches qui la produisent et suppose que les populations des essais soient suffisamment semblables pour être reliées. Pour la duloxétine associée à la clozapine, un seul essai direct alimente la comparaison, ce qui est exactement la situation que les auteurs signalent comme la plus exposée aux résultats dus au hasard.
Risque de biais des essais inclus Élevé globalement
Constat104 essais sur 150 sont à risque de biais modéré ou élevé. Les essais de petite taille et de qualité méthodologique moindre produisent en moyenne des effets plus grands, phénomène ici documenté par le test d’Egger, et un réseau y est particulièrement sensible parce qu’un nœud peu alimenté pèse alors très lourd sur son estimation.
Ce que signifie exactement « certitude modérée » À ne pas surinterpréter
ConstatUne certitude CINeMA modérée signifie que l’effet vrai est probablement proche de l’effet estimé, mais qu’il pourrait en différer de façon substantielle. Elle ne garantit pas l’exactitude de l’amplitude. Elle n’est pas non plus un privilège de la duloxétine : plus d’une centaine de comparaisons du critère principal reçoivent ce niveau, et aucune ne reçoit le niveau élevé. Pour la duloxétine, la dégradation d’un cran vient du seul biais de notification, ce qui laisse ouverte la question de savoir si un unique essai de 40 patients justifiait un jugement d’imprécision sans réserve.
Hétérogénéité de la définition de la non-réponse Non résolue
ConstatLes essais n’ont pas défini la non-réponse ni la résistance de la même manière, et les auteurs ont accepté toutes les définitions, du simple échec d’un antipsychotique à l’absence de réponse à la clozapine. Regrouper une non-réponse à un seul antipsychotique et une résistance documentée à deux traitements bien conduits ne décrit pas la même population clinique, et la seconde est celle qui pose problème en pratique. Les analyses par groupe de critères ne modifient pas substantiellement les résultats.
Hétérogénéité des échelles Source de variabilité
ConstatPANSS et BPRS ne mesurent pas les mêmes dimensions avec la même sensibilité. La standardisation en différence moyenne standardisée permet leur mise en commun mais rend la valeur numérique dépendante de la dispersion des populations d’origine, ce qui peut gonfler un effet quand les échantillons sont petits et homogènes.
Biais de publication et effet des petites études Documenté par les auteurs
ConstatLe funnel plot à contours et le test d’Egger (t = -3,10, df = 72, p = 0,0027) établissent que les petits essais surestiment l’efficacité comparée à la clozapine. C’est une limite reconnue et quantifiée, qui pèse en priorité sur les estimations reposant sur un ou deux petits essais.
Robustesse aux analyses de sensibilité Résultats stables
ConstatNeuf analyses de sensibilité préspécifiées ont été conduites, dont l’exclusion du quartile des plus petits essais, l’exclusion des essais à risque de biais élevé, la restriction au double insu et une analyse extrême cumulant plusieurs restrictions. Les auteurs rapportent que les analyses de sensibilité, de sous-groupes et de méta-régression ne modifient pas substantiellement les résultats, à l’exception de la sévérité initiale : plus elle est élevée, plus l’efficacité de la clozapine l’est. Une réserve demeure, ces analyses portent sur l’ensemble du réseau et non sur la seule comparaison duloxétine.
Indépendance Liens d’intérêts déclarés
ConstatAucun financement n’a été reçu pour ce travail, ce qui est favorable. Deux des onze auteurs déclarent par ailleurs des liens avec plusieurs laboratoires. Ces deux faits coexistent et doivent être rapportés ensemble.
Revendication d’antériorité Restriction des auteurs à recopier
ConstatLes auteurs écrivent, mot pour mot : « To our knowledge, this study is the largest NMA on the pharmacological treatment of TRS. » La revendication est donc bornée par « à notre connaissance » et par le champ de la schizophrénie résistante. Nous la rapportons telle quelle et ne la reprenons pas à notre compte.

Niveau de preuve

Scientifique79
Éditorial81

Le design correspond au niveau 1a de la classification du Centre for Evidence-Based Medicine d’Oxford : revue systématique avec méta-analyse d’essais randomisés. Ce niveau qualifie l’architecture de la preuve, pas sa solidité. Ici, l’architecture est de premier rang et les matériaux sont inégaux.

La confiance est élevée sur trois points : la question posée est claire, la conduite méthodologique est complète et vérifiable (protocole préenregistré, PRISMA, tests de cohérence, neuf analyses de sensibilité, évaluation CINeMA comparaison par comparaison, recherche de l’effet des petites études), et le résultat central, la supériorité de la clozapine sur plusieurs antipsychotiques, repose sur les nœuds les mieux alimentés du réseau, jusqu’à onze essais pour la comparaison à l’olanzapine.

La confiance est basse sur l’amplitude des estimations d’association. Un SMD de -1,53 dans une schizophrénie non répondeuse dépasserait, s’il était confirmé, ce que l’on observe habituellement avec un antipsychotique contre placebo dans une population non sélectionnée. Nous savons désormais ce qui le porte : un essai, 40 patients, un centre. La même remarque vaut pour la mirtazapine, un essai, et dans une moindre mesure pour la mémantine, deux essais. Ces valeurs doivent être traitées comme des hypothèses et non comme des mesures, et le test d’Egger publié par les auteurs indique la direction probable de leur correction.

Enfin, une estimation isolée ne fait pas une preuve. Les auteurs eux-mêmes concluent que la faible densité du réseau augmente la probabilité de résultats dus au hasard pour les estimations fondées sur une seule étude, et appellent des travaux comparant les associations sans clozapine à la clozapine seule à posologie élevée. Le présent travail doit être lu comme une pièce à verser à un dossier contradictoire, pas comme sa conclusion.

Le test du confrère

Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.

« Moins 1,53 chez des patients qui ont déjà échoué à tout, franchement, ça me fait lever un sourcil. Alors on regarde ce qu’il y a derrière : un essai, quarante patients, seize semaines. Voilà, on est fixés. Ce n’est pas rien, c’est du double insu, mais ce n’est pas non plus de quoi changer ma façon de prescrire. Ce qui me parle davantage, c’est que la mirtazapine et la mémantine vont dans le même sens, donc il y a peut-être quelque chose du côté de l’augmentation. Moi, sur un patient sous clozapine qui plafonne, avant d’ajouter un antidépresseur je vérifie d’abord l’observance, la clozapinémie et le tabac. Et si je devais associer, je ne le ferais pas sans ECG ni surveillance rapprochée. »

Traduction pour la pratique : ce travail justifie de rouvrir la question de l’augmentation de la clozapine et de la poser dans les réunions de service, pas de la mettre en œuvre sur la foi d’un essai de 40 patients. Avant d’envisager un adjuvant, les causes ordinaires d’une réponse insuffisante (observance, posologie, dosage plasmatique, comorbidité addictive, tabagisme et son effet sur le métabolisme de la clozapine) restent à explorer en premier.

Ce que vous pouvez en faire

  • Ce que vous pouvez retenir en premier. Le message principal de cette synthèse n’est pas la duloxétine, c’est que la clozapine reste le traitement de référence de la schizophrénie résistante, supérieure à l’halopéridol, à la chlorpromazine, à la quétiapine et au sulpiride, et que son avantage sur l’olanzapine et la rispéridone est réel mais étroit.
  • Ce que vous pouvez comprendre du signal d’augmentation. Plusieurs associations à la clozapine font mieux que la monothérapie sur les symptômes globaux, ce qui rend l’hypothèse intéressante. Les amplitudes annoncées, elles, reposent souvent sur un ou deux petits essais, et le test d’Egger publié montre que ces essais tirent les effets vers le haut.
  • Ce que vous pouvez répondre à un patient ou à une famille qui a lu quelque chose. Que des travaux récents explorent l’ajout d’un second médicament à la clozapine quand elle ne suffit pas, que les premiers résultats sont encourageants mais reposent parfois sur une seule étude de quelques dizaines de patients, et qu’il n’existe pas aujourd’hui de raison de changer un traitement qui fonctionne partiellement sur la base de ces résultats.
  • Ce que vous surveillez si la question d’une association se pose malgré tout. L’association d’un antidépresseur à la clozapine est un usage hors autorisation de mise sur le marché. Le code de la santé publique subordonne la prescription hors autorisation à l’absence d’alternative appropriée disposant d’une autorisation, et cet encadrement se vérifie dans sa rédaction en vigueur avant toute décision.
  • Rappel pharmacologique, hors du champ de cette étude. La clozapine est métabolisée principalement par le CYP1A2. La fluvoxamine en est un inhibiteur puissant et bien caractérisé ; la duloxétine est elle-même substrat du CYP1A2, ce qui rend une interaction pharmacocinétique plausible. Une association de ce type impose donc d’anticiper une hausse possible des concentrations, avec le risque de sédation et d’abaissement du seuil épileptogène qui l’accompagne. Ces éléments sont un rappel de pharmacologie et non un résultat de l’étude, qui ne rapporte pas de concentration plasmatique dans la plupart des essais.
  • Les deux surveillances qui ne se négocient pas. La surveillance hématologique de la clozapine, en raison du risque d’agranulocytose, s’applique indépendamment de tout adjuvant, et ses modalités sont définies par le résumé des caractéristiques du produit en vigueur, à consulter dans sa version à jour. La question de l’allongement de l’intervalle QTc se pose pour la clozapine comme pour les molécules qu’on lui associe, ce qui justifie un électrocardiogramme de référence et un contrôle du ionogramme.
  • La surveillance pratique est outillée par le simulateur de suivi de la clozapine.

Questions fréquentes

Faut il ajouter de la duloxétine aux patients sous clozapine insuffisamment améliorés ?

Non, pas sur la base de ce travail. L’estimation, SMD -1,53 avec un intervalle de confiance de -2,44 à -0,63, provient d’un unique essai de 40 patients randomisés sur 16 semaines. C’est une hypothèse à confirmer par des essais de plus grande taille, et l’association reste hors autorisation de mise sur le marché.

Pourquoi se méfier d’un résultat aussi favorable ?

Parce que l’amplitude est très supérieure à ce que l’on observe habituellement en psychopharmacologie de la schizophrénie, et qu’elle apparaît dans une population où les effets attendus sont les plus faibles. Dans cette synthèse, le test d’Egger montre que les petits essais surestiment l’efficacité comparée à la clozapine, et les auteurs signalent eux-mêmes que la faible densité du réseau favorise les résultats dus au hasard quand une comparaison ne repose que sur une étude.

Une comparaison indirecte vaut elle une comparaison directe ?

Elle a moins de force. Une comparaison indirecte relie deux traitements jamais opposés dans un même essai en passant par un comparateur commun. Elle suppose que les populations des essais reliés soient assez semblables pour que ce passage soit valide. Dans un réseau de 78 options, l’essentiel des comparaisons est de cette nature : le tableau de certitude publié montre que la plupart d’entre elles ne reposent sur aucun essai direct.

La tolérance des associations est elle rassurante ?

Non. Les critères de tolérance ont été analysés et ne sont pas neutres : la clozapine entraîne plus de sédation et plus de prise de poids que plusieurs comparateurs, et les arrêts pour effet indésirable sont plus fréquents sous topiramate associé à la clozapine. Surtout, avec une durée médiane de 12 semaines, ces essais ne permettent pas d’évaluer la sécurité d’une association maintenue au long cours. Il s’agit là d’une absence de données, à ne pas lire comme une absence de risque.

Que retenir si une autre synthèse conclut à l’inverse ?

Que la question reste ouverte. Ce travail ne clôt pas le débat sur les stratégies à adopter dans la schizophrénie résistante ; il confirme la place de la clozapine et ajoute des estimations d’association dont la robustesse devra être appréciée au regard du nombre d’essais qui les portent et des synthèses convergentes ou divergentes.

Bibliographie commentée

Étude source. Samara M, Lappas AS, Pinioti E, Glarou E, Fober I, Christogiannis C, Siafis S, Christodoulou N, Helfer B, Mavridis D, Leucht S. Efficacy and tolerability of pharmacological interventions for schizophrenia non-responsive to prior treatment: a systematic review and network meta-analysis. eClinicalMedicine, 2025 ; 84 : 103291. DOI 10.1016/j.eclinm.2025.103291 PMID 40535000 Apport : la mise en réseau de 150 essais randomisés et de 78 options médicamenteuses ou placebo sur une question où les comparaisons directes sont rares, avec une annexe de 279 pages qui donne la certitude comparaison par comparaison, neuf analyses de sensibilité et le test d’Egger. Limites : 104 des 150 essais sont à risque de biais modéré ou élevé, aucune comparaison n’atteint une certitude élevée, les définitions de la non-réponse sont hétérogènes, plusieurs estimations d’association reposent sur un seul petit essai, et la durée médiane de 12 semaines interdit toute conclusion sur la sécurité au long cours.

Samara MT, Dold M, Gianatsi M et al. Efficacy, acceptability, and tolerability of antipsychotics in treatment-resistant schizophrenia: a network meta-analysis. JAMA Psychiatry, 2016 ; 73(3) : 199 à 210. DOI 10.1001/jamapsychiatry.2015.2955 PMID 26842482 Apport : la méta-analyse en réseau de référence sur la schizophrénie résistante, citée par les auteurs comme le travail ayant mis en doute la supériorité de la clozapine sur les autres antipsychotiques de seconde génération, ce qui situe l’enjeu de la présente synthèse. Limites : elle ne couvre que les antipsychotiques en monothérapie et ne traite pas des associations.

Huhn M, Nikolakopoulou A, Schneider-Thoma J et al. Comparative efficacy and tolerability of 32 oral antipsychotics for the acute treatment of adults with multi-episode schizophrenia: a systematic review and network meta-analysis. Lancet, 2019 ; 394(10202) : 939 à 951. DOI 10.1016/S0140-6736(19)31135-3 PMID 31303314 Apport : la référence qui donne l’ordre de grandeur habituel des effets antipsychotiques dans la schizophrénie multiépisodique, indispensable pour juger du caractère inhabituel d’un SMD de -1,53. Limites : elle porte sur une population non sélectionnée par la résistance, la comparaison n’est donc pas terme à terme.

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Vérification effectuée le 12 août 2026 sur le texte intégral de la publication et sur son matériel supplémentaire lorsque celui-ci est disponible. Cette analyse a fait l’objet d’une double lecture indépendante. Comment nous vérifions ce que nous publions.

Cette analyse est destinée aux professionnels de santé. Elle ne remplace ni la lecture de la publication originale, ni le jugement clinique, ni une consultation médicale. Les données présentées ne constituent pas une recommandation de prescription.

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