Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel (burnout)
Recommandée · Cadrage conceptuel
Cette fiche mémo de la HAS cadre le versant clinique du burnout pour le médecin généraliste et le médecin du travail. Son message le plus structurant est aussi le plus contre-intuitif : le burnout n’est pas une maladie caractérisée dans la CIM-10 ni le DSM-5. C’est un ensemble syndromique qui impose une démarche diagnostique visant à identifier une éventuelle pathologie sous-jacente : trouble de l’adaptation, trouble anxieux, trouble dépressif ou état de stress post-traumatique. La conséquence pratique est directe : la prescription d’un antidépresseur reste cantonnée à ses indications propres. Le texte articule trois registres : le diagnostic clinique individuel, l’analyse des conditions de travail confiée au médecin du travail, et la préparation du retour à l’emploi.
Point de datation à connaître : la mise à jour d’octobre 2025 est circonscrite au chapitre relatif à l’accompagnement du retour au travail, pour intégrer l’évolution réglementaire du Code du travail sur la visite de pré-reprise. La base de preuves n’a pas été rouverte : la recherche documentaire s’arrête en octobre 2016. Le socle scientifique du texte a donc dix ans.
- Le burnout n’est pas un point d’arrivée diagnostique. La recommandation demande d’en faire le point de départ d’une recherche de pathologie sous-jacente parmi quatre : trouble de l’adaptation, trouble anxieux, trouble dépressif, état de stress post-traumatique. Le risque suicidaire doit être particulièrement évalué.
- L’antidépresseur n’est recommandé que dans le cadre de ses indications propres, troubles anxieux et troubles dépressifs, jamais au titre du burnout lui-même.
- La recommandation invite le médecin traitant à se mettre en contact, avec l’accord du patient, avec le médecin du travail ou une consultation de pathologie professionnelle. Le diagnostic individuel ne suffit pas, l’analyse du poste est présentée comme indispensable.
- Au-delà de 30 jours d’arrêt, une visite de pré-reprise est recommandée, à l’initiative du patient, du médecin traitant ou du médecin-conseil. Elle peut être répétée et n’est pas obligatoire.
- Le burnout est présenté comme un état d’épuisement à la fois corporel, affectif et intellectuel, produit par un engagement prolongé dans un travail émotionnellement éprouvant. Cette formulation est empruntée par la HAS à Schaufeli et Greenglass (2001) et citée comme telle. Le modèle de Maslach en décrit trois dimensions : épuisement émotionnel, cynisme ou dépersonnalisation, et diminution de l’accomplissement personnel au travail, ou réduction de l’efficacité professionnelle.
- Le syndrome ne figure pas comme maladie dans les classifications de référence retenues par la HAS. La souffrance psychique liée au travail est décrite comme le deuxième groupe d’affections d’origine professionnelle chez les salariés actifs français, donnée que la HAS rattache à Khireddine et al. (Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2015), portant sur les années 2007 à 2012. Ce chiffre a donc plus de dix ans et repose sur des signalements de médecins du travail.
- Le champ est restreint au volet clinique. L’action sur le milieu et l’organisation du travail est explicitement exclue du périmètre, tout en étant qualifiée d’indispensable en prévention.
- Installation progressive, souvent insidieuse, en rupture avec l’état antérieur, sur cinq registres. Émotionnel : anxiété, tensions musculaires diffuses, tristesse de l’humeur ou manque d’entrain, irritabilité, hypersensibilité, absence d’émotion. Cognitif : mémoire, attention, concentration, fonctions exécutives. Comportemental et interpersonnel : repli, isolement, agressivité, baisse d’empathie, hostilité, conduites addictives. Motivationnel : désengagement, effritement des valeurs, dévalorisation. Physique non spécifique : asthénie, troubles du sommeil, troubles musculo-squelettiques, crampes, céphalées, vertiges, anorexie, troubles digestifs. La liste est donnée comme non exhaustive.
- La démarche diagnostique caractérise la sévérité, le type diagnostique et le lien avec les conditions de travail. Elle recherche une pathologie sous-jacente et évalue particulièrement le risque suicidaire. Un bilan somatique recherche une cause organique.
- Le MBI (Maslach Burnout Inventory) et le CBI (Copenhagen Burnout Inventory) n’ont pas été construits comme des instruments d’évaluation individuelle. La recommandation indique qu’ils peuvent éventuellement servir à guider un entretien, en complément des autres éléments recueillis.
- Le repérage collectif, distinct du repérage individuel, revient à l’équipe de santé au travail : absentéisme, présentéisme, turn-over, accidents du travail, visites spontanées, inaptitudes. La recommandation rappelle aussi que tout travailleur peut demander une visite au médecin du travail à tout moment, y compris pendant un arrêt, et sans informer son employeur si elle a lieu hors temps de travail.
- L’analyse des conditions de travail peut s’appuyer sur les six catégories du rapport Gollac (2011) : intensité et organisation du travail, exigences émotionnelles, autonomie et marge de manoeuvre, relations dans le travail, conflits de valeurs, insécurité de l’emploi.
- Les ressources au travail sont protectrices : soutien social, stabilité du statut, collectif vivant, moyens suffisants. Certains antécédents dépressifs ou traits de personnalité limitant les capacités d’adaptation peuvent majorer le risque, mais la recommandation pose une limite explicite : ces facteurs individuels ne peuvent servir qu’à préconiser une prévention renforcée, jamais à sélectionner les travailleurs, et n’exonèrent en rien la responsabilité des facteurs de risque présents dans l’environnement de travail.
- Les soignants font l’objet d’un développement dédié : population à risque, exposée par la confrontation à la souffrance et à la mort, l’image du soignant infaillible, les valeurs d’abnégation, les injonctions contradictoires. Leur prise en charge appelle un réseau adapté, la confidentialité et une réactivité renforcée, la demande d’aide étant souvent retardée. Les conséquences dépassent l’individu et touchent l’organisation et la qualité des soins.
- La prise en charge traite le trouble identifié et agit sur le contexte socioprofessionnel. Un arrêt de travail est le plus souvent nécessaire, de durée adaptée à l’évolution du trouble et du contexte. Le médecin traitant coordonne.
- Le recours au psychiatre peut être sollicité pour quatre motifs : diagnostic psychopathologique, adaptation thérapeutique, prise en charge d’un trouble sévère et poursuite d’un arrêt maladie.
- Le traitement peut comporter une prise en charge non médicamenteuse par interventions psychothérapeutiques ou psychocorporelles, réalisées par un professionnel de santé ou un psychologue formé à ces techniques.
- La prise en charge des aspects médico-socioprofessionnels est présentée comme indispensable : orientation vers les consultations de pathologie professionnelle, services d’assistance sociale, accompagnement dans les démarches administratives.
- Le retour au travail se prépare. Une visite de pré-reprise avec le médecin du travail est recommandée dès que l’arrêt dépasse 30 jours, à l’initiative du patient, du médecin traitant ou du médecin-conseil. Elle peut être répétée et n’est pas obligatoire. À son issue, le médecin du travail peut proposer aménagements de poste, reclassement ou formation, et en informe l’employeur et le médecin-conseil sauf opposition du salarié.
Méthode de cotation : les vingt-trois items d’AGREE II ont été cotés sur l’échelle 1 à 7 à partir de la fiche mémo et de son rapport d’élaboration. Les pourcentages affichés sont les scores de domaine calculés par la formule de l’instrument, (somme obtenue moins somme minimale) divisée par (somme maximale moins somme minimale), multipliée par cent. Évaluateur unique : l’instrument en prévoit deux à quatre, ce scoring n’est donc pas le scoring multi-évaluateurs complet prévu par AGREE II. Bandes de couleur PEB appliquées aux scores de domaine : excellent au-dessus de 85 %, très bon de 70 à 84 %, bon de 55 à 69 %, correct de 40 à 54 %, critiquable en dessous de 40 %.
Forces
Cadrage conceptuel juste et utile : refuser le burnout comme diagnostic autonome et imposer la recherche d’une pathologie sous-jacente est cliniquement solide. Évaluation du risque suicidaire explicitement demandée. Refus rigoureux d’utiliser le MBI comme instrument d’évaluation individuelle. Garde-fou fort contre l’usage sélectif des facteurs individuels par l’employeur. Développement dédié aux soignants. Composition du groupe de travail et avis des parties prenantes publiés intégralement dans le rapport.
Limites
Base de preuves close en octobre 2016, non rouverte lors de la réédition de 2025. Format fiche mémo : aucune recommandation n’est rattachée à une référence, pas de balance bénéfices-risques, recommandations majoritairement fondées sur un accord d’experts. Aucun seuil, aucun score, aucun algorithme. Aucun indicateur de suivi ni critère d’audit. Volet organisationnel exclu, alors qu’il est le principal levier de prévention. Les modalités psychothérapeutiques ne sont ni précisées ni comparées.
Financement sur fonds publics, promoteur la HAS, demandeur la Direction générale de la santé, à la suite d’une saisine ministérielle d’avril 2016. Aucun financement industriel. Les déclarations d’intérêts des membres ont été recueillies, analysées selon la grille HAS, et une décision écrite a conclu à leur compatibilité avec la participation, sans que les déclarations soient reproduites. Deux réserves conduisent à ne pas retenir le verdict vert : le texte ne comporte pas de déclaration explicite que le point de vue du financeur n’a pas influencé son contenu, ce que l’instrument exige, et la HAS cumule les rôles de promoteur, de financeur et d’autorité d’adoption. L’absence de lien industriel ne suffit pas à établir l’indépendance au sens d’AGREE II.
C’est le texte de cadrage français de référence sur le burnout, directement applicable en cabinet. Pour le psychiatre libéral, deux points sont opérationnels immédiatement. D’abord le réflexe diagnostique : le patient qui consulte pour un burnout doit être réévalué à la recherche des quatre pathologies que la recommandation cite, trouble de l’adaptation, trouble anxieux, trouble dépressif, état de stress post-traumatique, chacune ouvrant des conduites thérapeutiques distinctes. Ensuite l’articulation avec le monde du travail, que la recommandation présente comme indispensable et non comme un supplément. Pour les patients sans médecin du travail, indépendants et professions libérales notamment, la recommandation prévoit explicitement l’orientation vers les consultations de pathologie professionnelle des CHU, accessibles quel que soit le statut du travailleur : c’est un recours à connaître et à mobiliser, plutôt que de rester seul face au versant professionnel. Enfin, le développement consacré aux soignants concerne autant la patientèle que le praticien lui-même. Deux repères concrets à retenir pour le suivi : la visite de pré-reprise au-delà de trente jours d’arrêt, et la possibilité pour tout salarié de solliciter une visite auprès du médecin du travail à tout moment, y compris pendant l’arrêt.
Le burnout occupe un statut nosologique particulier, ce qui déplace la comparaison du terrain thérapeutique vers celui de la classification. L’Organisation mondiale de la santé le fait figurer dans la CIM-11 sous le code QD85, au chapitre des facteurs influençant l’état de santé ou les motifs de recours aux services de santé, et non parmi les troubles mentaux. L’OMS précise qu’il n’est pas classé comme une affection médicale et qu’il désigne spécifiquement des phénomènes du contexte professionnel. Un point mérite d’être souligné pour éviter un contresens fréquent : le burnout figurait déjà dans la CIM-10 sous la même catégorie, la révision de 2019 ayant précisé la définition sans changer le statut. La position française et la position de l’OMS sont donc alignées de longue date, et la HAS n’a pas eu à s’ajuster à un changement international.
Source de ce paragraphe, hors corpus HAS : Organisation mondiale de la santé, Burn-out an occupational phenomenon, International Classification of Diseases, 28 mai 2019. who.int
Haute Autorité de Santé. Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel ou burnout. Fiche mémo et rapport d’élaboration. Saint-Denis La Plaine : HAS ; mars 2017, mise à jour partielle octobre 2025. Adoptée par le Collège de la HAS par décision du 22 mars 2017.
Lien officiel : https://www.has-sante.fr/jcms/c_2769318/fr/
