La crise suicidaire, reconnaître et prendre en charge
C’est le texte qui a installé dans la pratique française la lecture de la crise suicidaire en trois degrés d’urgence, faible, moyenne, élevée, décrits par l’état de la personne et non par un score. La notice de la Haute Autorité de santé le porte toujours sous l’étiquette de recommandation de bonne pratique, et elle ne met à disposition que les deux textes de 2000 : aucune actualisation n’y est publiée.
Une seule recommandation de tout le document porte un grade, et c’est un grade A : le recours à la psychiatrie quand une pathologie psychiatrique s’associe à la crise. Aucun travail n’est cité à l’appui, et le document ne dit jamais quel barème il applique. Le barème de l’agence publié en janvier 2000 réserve ce grade à la preuve établie par des essais comparatifs randomisés de forte puissance et sans biais majeur, des méta-analyses d’essais randomisés ou des analyses de décision bien menées, et précise qu’en l’absence de précision une recommandation ne vaut qu’accord professionnel. Le jury écrit lui-même en introduction que ses niveaux de preuve atteignent rarement le plus haut.
Sa qualité méthodologique est faible et sa transparence sur ses propres manques est remarquable. Aucune stratégie de recherche documentaire, aucun critère de sélection, aucune référence bibliographique dans les deux textes. En regard, le jury écrit qu’il n’a pas pu disposer de textes d’experts sur les toxicomanies, qu’il n’a pas disposé d’études sur le milieu universitaire, que son niveau de recommandation est faible en milieu socioprofessionnel, et il énumère cinq biais méthodologiques des études de suivi qu’il vient de résumer.
Les deux textes officiels ne portent pas les mêmes critères d’urgence moyenne. Le texte long en donne cinq, le texte court six, le sixième étant l’isolement. La notice officielle de la HAS reproduit la version à six. Ce point est développé plus bas.
Ce texte n’ajoute aucun geste à ceux que la grille des trois degrés a déjà installés. Ce qu’il change, c’est ce qu’on peut en dire : sur quoi elle repose, et ce qu’elle n’a jamais tranché.
- Le jury recommande de ne pas hésiter à interroger le patient sur ses idées de suicide, en écrivant que cette attitude favorise l’expression des troubles au lieu de renforcer le risque, à condition que l’entretien se tienne dans un climat de confiance, avec tact et sans jugement de valeur.
- Il recommande d’explorer six éléments pour apprécier la dangerosité et l’urgence.
- Le niveau de souffrance : désarroi ou désespoir, repli sur soi, isolement dans la relation, sentiment de dévalorisation, d’impuissance, de culpabilité.
- Le degré d’intentionnalité : idées envahissantes, rumination, aide recherchée ou non, attitude devant une proposition de soins, et les dispositions envisagées ou déjà prises, plan et scénario.
- Les éléments d’impulsivité : tension psychique, comportement instable, agitation motrice, panique, et les antécédents de passage à l’acte, de fugue ou de violence.
- Un éventuel élément précipitant : conflit, échec, rupture, perte.
- La présence de moyens létaux à disposition : armes, médicaments.
- La qualité du soutien de l’entourage proche : capacité à soutenir, ou au contraire renforcement du risque dans les familles que le texte dit à transaction suicidaire ou mortifère.
- Il recommande l’hospitalisation si la crise est d’urgence élevée, et écrit que toute autre situation devra faire l’objet d’une appréciation au cas par cas.
- Il recommande de réserver les psychotropes aux pathologies psychiatriques associées à la crise, et non à la crise elle-même, et il signale que les benzodiazépines restent trop prescrites, ou prescrites trop longtemps.
- Il recommande de tenir la vigilance sur l’année qui suit le début de la crise, et il précise qui doit le porter : une personne déjà engagée dans la prise en charge, ou connue du patient, le médecin traitant par exemple, avec une orientation nominative plutôt qu’une adresse de structure.
- Si vous citez la grille des trois degrés, citez le texte que vous utilisez : les deux textes officiels ne portent pas les mêmes critères au niveau moyen.
- Le jury la définit comme une crise psychique dont le risque majeur est le suicide, état réversible et temporaire, et non comme un cadre nosographique. La tentative de suicide n’en est qu’une des sorties possibles, celle qui lui confère sa gravité.
- Le texte long écrit qu’il n’existe pas de critères diagnostiques de la crise suicidaire dans la littérature, et les deux textes écrivent qu’il n’existe pas de consensus international sur ses critères de définition. Le repérage s’appuie sur trois rangs de signes : l’expression d’idées et d’intentions suicidaires, les manifestations de crise psychique, un contexte de vulnérabilité.
- Le texte hiérarchise les facteurs de risque en primaires, secondaires et tertiaires, et précise que le modèle n’est pas additif : les facteurs secondaires n’ont qu’une faible valeur prédictive en l’absence de facteurs primaires, et les tertiaires n’en ont qu’en présence des deux autres.
- Deux signes sont donnés comme de très haut risque, et ils ne se déduisent d’aucune échelle : l’accalmie suspecte et le comportement de départ.
| Critère, reformulé | Texte long | Texte court |
|---|---|---|
| Urgence faible, six critères dans les deux textes | ||
| Une relation de confiance est établie avec un praticien | Oui | Oui |
| Elle veut parler, elle cherche à communiquer | Oui | Oui |
| Elle cherche des solutions à ses problèmes | Oui | Oui |
| Elle pense au suicide, sans scénario précis | Oui | Oui |
| Elle envisage encore des moyens et des stratégies pour faire face à la crise | Oui | Oui |
| Elle souffre psychologiquement sans être anormalement troublée | Oui | Oui |
| Urgence moyenne, cinq critères dans le texte long, six dans le texte court | ||
| Son équilibre émotionnel est fragile | Oui | Oui |
| Elle envisage le suicide et son intention est claire | Oui | Oui |
| Un scénario est envisagé, mais son exécution est reportée | Oui | Oui |
| Elle ne voit pas d’autre recours que le suicide pour cesser de souffrir | Oui | Oui |
| Elle a besoin d’aide et exprime son désarroi, directement ou non | Oui | Oui |
| Elle est isolée | Absent | Oui |
| Urgence élevée, sept critères dans les deux textes | ||
| Elle est décidée, la planification est claire, le passage à l’acte est prévu pour les jours qui viennent | Oui | Oui |
| Elle est coupée de ses émotions et rationalise sa décision, ou au contraire très émotive, agitée, troublée | Oui | Oui |
| Elle est immobilisée par la dépression, ou dans un état de grande agitation | Oui | Oui |
| Sa douleur et sa souffrance sont omniprésentes, ou complètement tues | Oui | Oui |
| Elle a un accès direct et immédiat à un moyen de se suicider | Oui | Oui |
| Elle a le sentiment d’avoir tout fait et tout essayé | Oui | Oui |
| Elle est très isolée | Oui | Oui |
Décomptes effectués sur le texte intégral des deux documents : six, cinq et sept critères dans le texte long, six, six et sept dans le texte court. Une seule différence de contenu, l’isolement au degré moyen, portée en gras. Trois différences de forme sans effet sur le contenu : la relation de confiance vient en dernier au degré faible dans le texte long et en premier dans le texte court ; le texte long illustre le moyen létal par les médicaments et les armes à feu, le texte court n’illustre pas ; les formulations du degré élevé diffèrent légèrement d’un texte à l’autre. Les critères sont reformulés, les listes des deux textes ne sont pas reproduites. La notice officielle de la HAS reproduit la liste à six critères du texte court.
L’isolement change donc de rang selon le texte consulté. Le document ne signale nulle part cette différence, et rien dans les deux textes ne dit lequel prévaut. Déduction PEB, donnée comme telle : devant une personne isolée qui n’a pas de scénario précis, les deux textes ne conduisent pas au même degré. Ni l’un ni l’autre ne pose toutefois ses listes comme des grilles exclusives, et le texte long range le repli sur soi et l’isolement relationnel parmi les éléments du niveau de souffrance.
| Classe | Ce que le texte long en dit sur le risque suicidaire |
|---|---|
| Lithium | Dans le trouble bipolaire, rapproche le risque suicidant de ce qui s’observe en population générale, mais seulement passé un an de traitement. L’effet n’apparaît pas dans les formes unipolaires. |
| Antidépresseurs | Aucune étude validée contre placebo ne démontre de bénéfice sur le risque suicidaire en population tout-venant. Des travaux épidémiologiques plaident pour une baisse du risque chez le déprimé suicidaire. Le risque d’intoxication mortelle est nettement moindre avec les molécules récentes qu’avec les tricycliques. |
| Neuroleptiques | Aucune démonstration claire d’une réduction du risque par les neuroleptiques classiques dans la schizophrénie. Quelques arguments seulement, en faveur d’un effet protecteur des atypiques. |
| Benzodiazépines | Efficaces sur certains troubles anxieux, sans effet montré sur le risque suicidaire. Le jury écrit qu’aucun travail expérimental ne justifie de les associer d’emblée à tout antidépresseur dans la dépression. |
Contenu reformulé à partir de la section « Les médicaments » du chapitre consacré aux psychiatres. Hors le lithium, qui donne son nom à une sous-section, aucune molécule n’est nommée, aucune posologie n’est donnée, et le seul repère temporel est l’année de traitement mentionnée pour le lithium.
| Instrument | Situation où le texte le place |
|---|---|
| Échelle de désespoir de Beck | Aux urgences, associée aux constatations cliniques. Donnée comme appropriée dans toutes les situations |
| Échelle d’idéation suicidaire | Situation de crise suicidaire |
| Échelle d’intention suicidaire, forme abrégée | Situation de crise suicidaire, forme attribuée à J.P. Lindenmayer |
| Prime-MD et T4 | Repérage en consultation, cités ensemble et sans autre précision |
| Mini-GDS | Dépistage de la dépression du sujet âgé, en médecine générale comme en institution |
Le texte long les cite en une seule phrase pour les trois derniers, sans définir T4 nulle part ailleurs. Il distingue deux statuts : Prime-MD, T4 et le mini-GDS sont donnés comme validés, suffisamment sensibles quoique peu spécifiques, tandis que les échelles d’évaluation du risque suicidaire n’ont, selon le jury, pas encore démontré leur utilité en clinique et restent des instruments de recherche. Le texte court ne nomme que l’échelle de désespoir de Beck et le mini GDS.
Aucun arbre décisionnel, aucun algorithme, aucune fiche de synthèse n’accompagne ce référentiel. Le jury recommande au contraire d’établir des instruments d’aide à la décision spécifiquement destinés aux généralistes, après avoir constaté que ceux-ci ne disposent pas de guides de décision validés. Le référentiel recommande donc de construire l’outil qu’il ne fournit pas.
PEB l’a construit. L’arbre décisionnel du repérage et de l’évaluation en milieu sanitaire, trente-trois nœuds, reprend les enchaînements que ce texte formule et signale en pointillés les quatre qu’il ne formule pas. Voir l’arbre décisionnel de la crise suicidaire
- Aucune durée de suivi n’est fixée au-delà de la première année. Le jury recommande une attention soutenue durant l’année qui suit le début de la crise, dans le seul paragraphe consacré aux sujets sans facteur de risque primaire, et demande que le premier rendez-vous soit obtenu rapidement, mais il ne fixe ni rythme ni terme au-delà. Il dit en revanche par qui : une personne déjà engagée dans la prise en charge, ou connue du patient, le médecin traitant par exemple.
- Aucun degré de consensus n’est rapporté. Ni vote, ni unanimité, ni majorité, ni désaccord persistant ne figurent dans les deux textes, alors que la méthode de l’agence demande au président du jury de vérifier que la position retenue indique le degré de consensus atteint, et qu’un désaccord persistant soit signalé dans le texte.
- Aucune conduite n’est attachée au degré d’urgence faible ou moyen. Seul le degré élevé emporte une conduite, l’hospitalisation. Les deux autres renvoient à une appréciation au cas par cas.
- Les deux textes ne couvrent pas le même périmètre. Le texte long traite l’alcool, l’armée, la prison et les addictions dans des sections dédiées. Le texte court ne les traite pas et renvoie deux fois le lecteur au texte long, une fois pour l’alcoolisme, l’armée et les prisons, une fois pour les addictions.
Corpus lu pour cette cotation
- Texte des recommandations, version longue, 31 pages.
- Texte court des recommandations, 17 pages.
- Notice officielle de la publication sur le site de la Haute Autorité de santé, consultée le 3 septembre 2026, qui porte les dates et la liste des documents mis à disposition.
- ANAES, Les conférences de consensus, base méthodologique pour leur réalisation en France, 1999, 24 pages, méthode déclarée par la conférence.
- ANAES, Guide d’analyse de la littérature et gradation des recommandations, janvier 2000, 60 pages, barème de gradation en vigueur à la date de la conférence.
Pièces non obtenues
- Les textes des experts de la conférence. Ils ne figurent pas parmi les documents mis à disposition avec la recommandation. Le texte long les invoque onze fois, dont une pour dire qu’il n’a pas pu en disposer sur les toxicomanies.
- Les documents de synthèse du groupe bibliographique. La méthode prévoit qu’ils soient remis au jury et transmis aux experts, elle ne prévoit pas leur publication.
- Toute déclaration d’intérêts des soixante personnes nommées.
La notice officielle ne met à disposition que les deux textes des recommandations. Les cinq pièces ci-dessus couvrent donc la totalité de ce qui est publié avec ce référentiel, plus la méthode qu’il déclare suivre. Les six domaines sont cotés, et les absences relevées ci-dessous sont des constats sur le document tel qu’il est diffusé.
Pièces de contexte, hors cotation
- Grille AGREE II, version française, instrument de la cotation.
- Trois documents postérieurs de la HAS, employés dans la seule section qui les nomme et jamais soumis à la grille : l’annexe 3 du rapport d’élaboration sur le trouble bipolaire de 2015, le flash sécurité patient d’avril 2022, le rapport sur les suicides et tentatives de suicide de patients de juillet 2022.
- Notice du catalogue de l’éditeur John Libbey Eurotext pour l’ouvrage issu de la conférence, consultée le 3 septembre 2026.
Méthode de cotation : les vingt-trois items d’AGREE II ont été cotés sur l’échelle 1 à 7, chacun adossé à un passage lu dans le corpus déclaré ci-dessus. Les pourcentages affichés sont les scores de domaine calculés par la formule de l’instrument, somme obtenue moins somme minimale, divisée par somme maximale moins somme minimale, multipliée par cent. Déviations déclarées : évaluateur unique, là où l’instrument en prévoit deux à quatre. Aucun domaine n’est laissé sans score. Bandes de couleur PEB appliquées aux scores de domaine : excellent au-dessus de 85 %, très bon de 70 à 84 %, bon de 55 à 69 %, correct de 40 à 54 %, critiquable en dessous de 40 %.
Le mot grade apparaît quatre fois dans les deux textes, toujours sous la forme grade A, jamais sous la forme grade B ou grade C. Une mention porte sur des corrélations épidémiologiques, une sur des études d’événements de vie, et deux sur la seule recommandation gradée du document, énoncée dans le texte long puis reprise en termes presque identiques dans le texte court.
| Où | Ce à quoi la mention se rattache | Nature des travaux invoqués |
|---|---|---|
| Texte long, chapitre III | Des corrélations sur les idées de suicide, les troubles psychiatriques et l’impulsivité, qui selon le texte autorisent des recommandations de grade A | Études contrôlées, sans autre précision |
| Texte long, chapitre III | Des résultats sur les événements de vie, qui selon le texte permettent des recommandations de grade A | Études de lien temporel, que le texte présente comme non causales |
| Texte long, chapitre IV | Recours à la psychiatrie quand une pathologie psychiatrique s’associe à la crise | Aucun travail n’est cité à l’appui |
| Texte court, chapitre IV | La même recommandation, formulation presque identique | Aucun travail n’est cité à l’appui |
Décompte effectué sur le texte intégral des deux documents. Aucune occurrence de grade B ni de grade C.
Le barème de l’agence publié en janvier 2000 réserve le grade A à une preuve scientifique établie par des études de fort niveau de preuve, essais comparatifs randomisés de forte puissance et sans biais majeur, méta-analyses d’essais randomisés, analyses de décision bien menées, et précise qu’en l’absence de précision une recommandation ne correspond qu’à un accord professionnel. La conférence ne dit jamais quel barème elle applique. Elle écrit en introduction que ses niveaux de preuve atteignent rarement le plus haut, parce que les études portent sur des populations ciblées sans groupe témoin ou relèvent du sondage descriptif.
Le même barème pose une distinction que la conférence n’exploite pas : la gradation ne présume pas de la force de la recommandation, et une recommandation de grade C ou fondée sur un accord professionnel peut être forte. Un texte qui s’en serait servi aurait pu recommander fermement le recours à la psychiatrie sans lui apposer l’étiquette de la preuve établie.
Appréciation PEB, écrite dans aucun texte officiel. Le point le plus lourd de ce référentiel n’est pas qu’il recommande le recours au psychiatre, ce qui se défend sans peine, mais qu’il place sous l’étiquette de la preuve établie une recommandation à l’appui de laquelle il ne cite aucun travail, dans un document qui explique par ailleurs ne pas disposer de cette preuve. Le lecteur pressé retiendra le A. C’est l’inverse de la faute habituelle : ici, une recommandation forte n’est pas affaiblie par une preuve faible, c’est une preuve absente qui se voit prêter la couleur de la certitude.
Forces
- Le texte énonce ses manques de données, chapitre par chapitre, et nomme les biais méthodologiques des études qu’il résume.
- L’architecture en constatations puis recommandations rend visible ce qui vient de la littérature et ce qui vient du jury.
- Les obstacles à la mise en oeuvre en médecine générale sont décrits avec précision, et plusieurs recommandations y répondent.
- Soixante personnes sont nommées avec leur discipline, réparties en quatre groupes.
- Le jury inclut des représentants des familles, des associations et du grand public, ce qui n’allait pas de soi en 2000.
- Les objections aux positions retenues sont rapportées, y compris quand elles affaiblissent la recommandation.
Limites
- Aucune référence bibliographique dans les deux textes, aucune stratégie de recherche, aucun critère de sélection.
- Un seul grade dans tout le document, non adossé à un barème nommé ni à un travail cité.
- Les deux textes officiels divergent sur les critères d’urgence moyenne, sans que le document le signale.
- Aucune procédure opérationnelle d’actualisation dans les deux textes, et aucun document postérieur mis à disposition avec eux.
- Aucune déclaration d’intérêts pour aucune des soixante personnes nommées.
- Aucun outil de mise en oeuvre, alors que le texte recommande d’en construire.
- Aucun critère d’audit, aucune mesure d’impact publiée.
- Le jury compte dix-sept membres, quand la méthode de l’agence en prévoit huit à seize.
Le référentiel n’a pas bougé, mais il n’est pas oublié. Le rapport de la HAS de juillet 2022 sur les suicides et tentatives de suicide de patients cite la conférence de 2000 dans sa bibliographie, sous sa référence 15, avec l’adresse de la notice officielle, et l’appelle quatre fois dans son texte. Vingt-deux ans après, l’institution s’y adosse encore.
Le rapport appelle cette référence quatre fois. Deux de ces appels méritent l’attention du lecteur qui irait vérifier.
| Les quatre appels de la référence 15 dans le rapport de juillet 2022 | Ce que portent les deux textes de 2000 | Présence |
|---|---|---|
| Une progression de la crise suicidaire schématisée en quatre étapes, les idées, les intentions, la programmation et la mise en oeuvre | Trois degrés d’urgence, faible, moyenne, élevée, et six éléments de dangerosité. Aucune progression en quatre étapes | Absent |
| L’échelle Risque Urgence Dangerosité, dite RUD | Cinq échelles nommées, dont celles de Beck et le mini-GDS. Ni le sigle RUD, ni son intitulé développé | Absent |
| La distinction entre prévention, intervention de crise et postvention, et la notion de degré de progression de la crise | La crise est décrite comme une trajectoire, avec des degrés d’urgence | Compatible |
| Le poids des facteurs de risque et de protection dans l’appréciation du risque | Facteurs primaires, secondaires et tertiaires, et facteurs de protection nommés | Compatible |
Recherche sur le texte intégral des deux documents de la conférence : ni le sigle RUD, ni son intitulé développé, ni la progression en quatre étapes, ni le mot programmation n’y figurent.
Ce que cet écart ne signifie pas. Il ne dit pas que le rapport de 2022 a tort sur le fond. La progression en quatre étapes et l’outil qui l’accompagne appartiennent à la suicidologie de langue française et prolongent le vocabulaire d’urgence et de dangerosité que la conférence a installé. Ce qu’il signifie, en revanche, c’est qu’un lecteur qui remonte à la référence 15 pour retrouver ces deux éléments ne les y trouvera pas. C’est aussi la meilleure illustration de ce que coûte l’absence d’actualisation : le référentiel de 2000 sert encore de point d’appui à des contenus qui lui sont postérieurs et qu’il ne contient pas.
Les deux autres documents postérieurs présents dans les pièces de contexte ne citent pas la conférence. L’annexe 3 du rapport d’élaboration sur le trouble bipolaire, de 2015, reproduit une page ministérielle d’orientation devant une crise suicidaire. Le flash sécurité patient d’avril 2022 rappelle que poser la question des idées suicidaires ne les fait pas apparaître, et renvoie au numéro national de prévention du suicide. Aucun des deux n’est une recommandation de bonne pratique, et aucun n’a été soumis à la grille AGREE II dans cette fiche.
Conférence de consensus La crise suicidaire, reconnaître et prendre en charge, 19 et 20 octobre 2000, Amphithéâtre Charcot, hôpital de la Pitié Salpêtrière, Paris. Organisée par la Fédération Française de Psychiatrie avec le soutien de la Direction Générale de la Santé, selon les règles méthodologiques de l’Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé, qui l’a publiée. Le texte est aujourd’hui accessible sur le site de la Haute Autorité de santé, adresse que reprend d’ailleurs la bibliographie du rapport de la HAS de juillet 2022. Deux documents analysés, le texte des recommandations en version longue et le texte court. Deux guides méthodologiques de l’agence également analysés, la base méthodologique des conférences de consensus de 1999 et le guide d’analyse de la littérature et de gradation des recommandations de janvier 2000.
Lien officiel : has-sante.fr, notice de la publication · Version décrite : les deux textes de 2000, date de validation du 22 novembre 2000 · Analyse arrêtée au 3 septembre 2026.
Ce qui n’a pas pu être vérifié. Les textes des experts ne figurent pas parmi les documents mis à disposition avec la recommandation. La notice du catalogue de John Libbey Eurotext, consultée le 3 septembre 2026, les donne publiés dans un ouvrage de 448 pages dont elle reproduit le sommaire de la conférence. Leur contenu n’a pas été analysé ici, ce qui interdit de remonter des constatations du jury aux travaux qui les portent. Les documents de synthèse du groupe bibliographique ne sont pas publiés non plus, et la stratégie documentaire n’est donc connue par aucune pièce. Aucune déclaration d’intérêts n’existe pour les personnes nommées. L’objet de la mise à jour du 19 juillet 2006 portée par la notice officielle n’est documenté nulle part.
