Recommandation

La crise suicidaire, reconnaître et prendre en charge

Haute Autorité de santé, site de publication actuel · France · Conférence de consensus organisée en 2000 par la Fédération Française de Psychiatrie Version décrite : les deux textes de la conférence des 19 et 20 octobre 2000. La notice officielle porte une date de validation au 22 novembre 2000, une mise en ligne au 1er octobre 2000 et une mise à jour au 19 juillet 2006, dont aucune pièce publiée ne dit l’objet. Analyse arrêtée au 3 septembre 2026.
AGREE II global : 3/7 Recommandée avec modifications
En un coup d’oeil

C’est le texte qui a installé dans la pratique française la lecture de la crise suicidaire en trois degrés d’urgence, faible, moyenne, élevée, décrits par l’état de la personne et non par un score. La notice de la Haute Autorité de santé le porte toujours sous l’étiquette de recommandation de bonne pratique, et elle ne met à disposition que les deux textes de 2000 : aucune actualisation n’y est publiée.

Une seule recommandation de tout le document porte un grade, et c’est un grade A : le recours à la psychiatrie quand une pathologie psychiatrique s’associe à la crise. Aucun travail n’est cité à l’appui, et le document ne dit jamais quel barème il applique. Le barème de l’agence publié en janvier 2000 réserve ce grade à la preuve établie par des essais comparatifs randomisés de forte puissance et sans biais majeur, des méta-analyses d’essais randomisés ou des analyses de décision bien menées, et précise qu’en l’absence de précision une recommandation ne vaut qu’accord professionnel. Le jury écrit lui-même en introduction que ses niveaux de preuve atteignent rarement le plus haut.

Sa qualité méthodologique est faible et sa transparence sur ses propres manques est remarquable. Aucune stratégie de recherche documentaire, aucun critère de sélection, aucune référence bibliographique dans les deux textes. En regard, le jury écrit qu’il n’a pas pu disposer de textes d’experts sur les toxicomanies, qu’il n’a pas disposé d’études sur le milieu universitaire, que son niveau de recommandation est faible en milieu socioprofessionnel, et il énumère cinq biais méthodologiques des études de suivi qu’il vient de résumer.

Les deux textes officiels ne portent pas les mêmes critères d’urgence moyenne. Le texte long en donne cinq, le texte court six, le sixième étant l’isolement. La notice officielle de la HAS reproduit la version à six. Ce point est développé plus bas.

Ce qui change lundi matin

Ce texte n’ajoute aucun geste à ceux que la grille des trois degrés a déjà installés. Ce qu’il change, c’est ce qu’on peut en dire : sur quoi elle repose, et ce qu’elle n’a jamais tranché.

  • Le jury recommande de ne pas hésiter à interroger le patient sur ses idées de suicide, en écrivant que cette attitude favorise l’expression des troubles au lieu de renforcer le risque, à condition que l’entretien se tienne dans un climat de confiance, avec tact et sans jugement de valeur.
  • Il recommande d’explorer six éléments pour apprécier la dangerosité et l’urgence.
    • Le niveau de souffrance : désarroi ou désespoir, repli sur soi, isolement dans la relation, sentiment de dévalorisation, d’impuissance, de culpabilité.
    • Le degré d’intentionnalité : idées envahissantes, rumination, aide recherchée ou non, attitude devant une proposition de soins, et les dispositions envisagées ou déjà prises, plan et scénario.
    • Les éléments d’impulsivité : tension psychique, comportement instable, agitation motrice, panique, et les antécédents de passage à l’acte, de fugue ou de violence.
    • Un éventuel élément précipitant : conflit, échec, rupture, perte.
    • La présence de moyens létaux à disposition : armes, médicaments.
    • La qualité du soutien de l’entourage proche : capacité à soutenir, ou au contraire renforcement du risque dans les familles que le texte dit à transaction suicidaire ou mortifère.
  • Il recommande l’hospitalisation si la crise est d’urgence élevée, et écrit que toute autre situation devra faire l’objet d’une appréciation au cas par cas.
  • Il recommande de réserver les psychotropes aux pathologies psychiatriques associées à la crise, et non à la crise elle-même, et il signale que les benzodiazépines restent trop prescrites, ou prescrites trop longtemps.
  • Il recommande de tenir la vigilance sur l’année qui suit le début de la crise, et il précise qui doit le porter : une personne déjà engagée dans la prise en charge, ou connue du patient, le médecin traitant par exemple, avec une orientation nominative plutôt qu’une adresse de structure.
  • Si vous citez la grille des trois degrés, citez le texte que vous utilisez : les deux textes officiels ne portent pas les mêmes critères au niveau moyen.
Ce que dit la recommandation
La crise suicidaire, ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas
  • Le jury la définit comme une crise psychique dont le risque majeur est le suicide, état réversible et temporaire, et non comme un cadre nosographique. La tentative de suicide n’en est qu’une des sorties possibles, celle qui lui confère sa gravité.
  • Le texte long écrit qu’il n’existe pas de critères diagnostiques de la crise suicidaire dans la littérature, et les deux textes écrivent qu’il n’existe pas de consensus international sur ses critères de définition. Le repérage s’appuie sur trois rangs de signes : l’expression d’idées et d’intentions suicidaires, les manifestations de crise psychique, un contexte de vulnérabilité.
  • Le texte hiérarchise les facteurs de risque en primaires, secondaires et tertiaires, et précise que le modèle n’est pas additif : les facteurs secondaires n’ont qu’une faible valeur prédictive en l’absence de facteurs primaires, et les tertiaires n’en ont qu’en présence des deux autres.
  • Deux signes sont donnés comme de très haut risque, et ils ne se déduisent d’aucune échelle : l’accalmie suspecte et le comportement de départ.
Les trois degrés d’urgence, et l’écart entre les deux textes
Les dix-neuf critères, et leur présence dans chacun des deux textes
Critère, reformuléTexte longTexte court
Urgence faible, six critères dans les deux textes
Une relation de confiance est établie avec un praticienOuiOui
Elle veut parler, elle cherche à communiquerOuiOui
Elle cherche des solutions à ses problèmesOuiOui
Elle pense au suicide, sans scénario précisOuiOui
Elle envisage encore des moyens et des stratégies pour faire face à la criseOuiOui
Elle souffre psychologiquement sans être anormalement troubléeOuiOui
Urgence moyenne, cinq critères dans le texte long, six dans le texte court
Son équilibre émotionnel est fragileOuiOui
Elle envisage le suicide et son intention est claireOuiOui
Un scénario est envisagé, mais son exécution est reportéeOuiOui
Elle ne voit pas d’autre recours que le suicide pour cesser de souffrirOuiOui
Elle a besoin d’aide et exprime son désarroi, directement ou nonOuiOui
Elle est isoléeAbsentOui
Urgence élevée, sept critères dans les deux textes
Elle est décidée, la planification est claire, le passage à l’acte est prévu pour les jours qui viennentOuiOui
Elle est coupée de ses émotions et rationalise sa décision, ou au contraire très émotive, agitée, troubléeOuiOui
Elle est immobilisée par la dépression, ou dans un état de grande agitationOuiOui
Sa douleur et sa souffrance sont omniprésentes, ou complètement tuesOuiOui
Elle a un accès direct et immédiat à un moyen de se suiciderOuiOui
Elle a le sentiment d’avoir tout fait et tout essayéOuiOui
Elle est très isoléeOuiOui

Décomptes effectués sur le texte intégral des deux documents : six, cinq et sept critères dans le texte long, six, six et sept dans le texte court. Une seule différence de contenu, l’isolement au degré moyen, portée en gras. Trois différences de forme sans effet sur le contenu : la relation de confiance vient en dernier au degré faible dans le texte long et en premier dans le texte court ; le texte long illustre le moyen létal par les médicaments et les armes à feu, le texte court n’illustre pas ; les formulations du degré élevé diffèrent légèrement d’un texte à l’autre. Les critères sont reformulés, les listes des deux textes ne sont pas reproduites. La notice officielle de la HAS reproduit la liste à six critères du texte court.

L’isolement change donc de rang selon le texte consulté. Le document ne signale nulle part cette différence, et rien dans les deux textes ne dit lequel prévaut. Déduction PEB, donnée comme telle : devant une personne isolée qui n’a pas de scénario précis, les deux textes ne conduisent pas au même degré. Ni l’un ni l’autre ne pose toutefois ses listes comme des grilles exclusives, et le texte long range le repli sur soi et l’isolement relationnel parmi les éléments du niveau de souffrance.

Les psychotropes, ce que le jury retient
Les quatre sous-sections sur les médicaments, dans l’ordre du document
ClasseCe que le texte long en dit sur le risque suicidaire
LithiumDans le trouble bipolaire, rapproche le risque suicidant de ce qui s’observe en population générale, mais seulement passé un an de traitement. L’effet n’apparaît pas dans les formes unipolaires.
AntidépresseursAucune étude validée contre placebo ne démontre de bénéfice sur le risque suicidaire en population tout-venant. Des travaux épidémiologiques plaident pour une baisse du risque chez le déprimé suicidaire. Le risque d’intoxication mortelle est nettement moindre avec les molécules récentes qu’avec les tricycliques.
NeuroleptiquesAucune démonstration claire d’une réduction du risque par les neuroleptiques classiques dans la schizophrénie. Quelques arguments seulement, en faveur d’un effet protecteur des atypiques.
BenzodiazépinesEfficaces sur certains troubles anxieux, sans effet montré sur le risque suicidaire. Le jury écrit qu’aucun travail expérimental ne justifie de les associer d’emblée à tout antidépresseur dans la dépression.

Contenu reformulé à partir de la section « Les médicaments » du chapitre consacré aux psychiatres. Hors le lithium, qui donne son nom à une sous-section, aucune molécule n’est nommée, aucune posologie n’est donnée, et le seul repère temporel est l’année de traitement mentionnée pour le lithium.

Les outils nommés, et celui qui manque
Les cinq instruments cités par le texte long
InstrumentSituation où le texte le place
Échelle de désespoir de BeckAux urgences, associée aux constatations cliniques. Donnée comme appropriée dans toutes les situations
Échelle d’idéation suicidaireSituation de crise suicidaire
Échelle d’intention suicidaire, forme abrégéeSituation de crise suicidaire, forme attribuée à J.P. Lindenmayer
Prime-MD et T4Repérage en consultation, cités ensemble et sans autre précision
Mini-GDSDépistage de la dépression du sujet âgé, en médecine générale comme en institution

Le texte long les cite en une seule phrase pour les trois derniers, sans définir T4 nulle part ailleurs. Il distingue deux statuts : Prime-MD, T4 et le mini-GDS sont donnés comme validés, suffisamment sensibles quoique peu spécifiques, tandis que les échelles d’évaluation du risque suicidaire n’ont, selon le jury, pas encore démontré leur utilité en clinique et restent des instruments de recherche. Le texte court ne nomme que l’échelle de désespoir de Beck et le mini GDS.

Aucun arbre décisionnel, aucun algorithme, aucune fiche de synthèse n’accompagne ce référentiel. Le jury recommande au contraire d’établir des instruments d’aide à la décision spécifiquement destinés aux généralistes, après avoir constaté que ceux-ci ne disposent pas de guides de décision validés. Le référentiel recommande donc de construire l’outil qu’il ne fournit pas.

PEB l’a construit. L’arbre décisionnel du repérage et de l’évaluation en milieu sanitaire, trente-trois nœuds, reprend les enchaînements que ce texte formule et signale en pointillés les quatre qu’il ne formule pas. Voir l’arbre décisionnel de la crise suicidaire

Ce que le texte ne tranche pas
  • Aucune durée de suivi n’est fixée au-delà de la première année. Le jury recommande une attention soutenue durant l’année qui suit le début de la crise, dans le seul paragraphe consacré aux sujets sans facteur de risque primaire, et demande que le premier rendez-vous soit obtenu rapidement, mais il ne fixe ni rythme ni terme au-delà. Il dit en revanche par qui : une personne déjà engagée dans la prise en charge, ou connue du patient, le médecin traitant par exemple.
  • Aucun degré de consensus n’est rapporté. Ni vote, ni unanimité, ni majorité, ni désaccord persistant ne figurent dans les deux textes, alors que la méthode de l’agence demande au président du jury de vérifier que la position retenue indique le degré de consensus atteint, et qu’un désaccord persistant soit signalé dans le texte.
  • Aucune conduite n’est attachée au degré d’urgence faible ou moyen. Seul le degré élevé emporte une conduite, l’hospitalisation. Les deux autres renvoient à une appréciation au cas par cas.
  • Les deux textes ne couvrent pas le même périmètre. Le texte long traite l’alcool, l’armée, la prison et les addictions dans des sections dédiées. Le texte court ne les traite pas et renvoie deux fois le lecteur au texte long, une fois pour l’alcoolisme, l’armée et les prisons, une fois pour les addictions.
Qualité méthodologique, grille AGREE II

Corpus lu pour cette cotation

  • Texte des recommandations, version longue, 31 pages.
  • Texte court des recommandations, 17 pages.
  • Notice officielle de la publication sur le site de la Haute Autorité de santé, consultée le 3 septembre 2026, qui porte les dates et la liste des documents mis à disposition.
  • ANAES, Les conférences de consensus, base méthodologique pour leur réalisation en France, 1999, 24 pages, méthode déclarée par la conférence.
  • ANAES, Guide d’analyse de la littérature et gradation des recommandations, janvier 2000, 60 pages, barème de gradation en vigueur à la date de la conférence.

Pièces non obtenues

  • Les textes des experts de la conférence. Ils ne figurent pas parmi les documents mis à disposition avec la recommandation. Le texte long les invoque onze fois, dont une pour dire qu’il n’a pas pu en disposer sur les toxicomanies.
  • Les documents de synthèse du groupe bibliographique. La méthode prévoit qu’ils soient remis au jury et transmis aux experts, elle ne prévoit pas leur publication.
  • Toute déclaration d’intérêts des soixante personnes nommées.

La notice officielle ne met à disposition que les deux textes des recommandations. Les cinq pièces ci-dessus couvrent donc la totalité de ce qui est publié avec ce référentiel, plus la méthode qu’il déclare suivre. Les six domaines sont cotés, et les absences relevées ci-dessous sont des constats sur le document tel qu’il est diffusé.

Pièces de contexte, hors cotation

  • Grille AGREE II, version française, instrument de la cotation.
  • Trois documents postérieurs de la HAS, employés dans la seule section qui les nomme et jamais soumis à la grille : l’annexe 3 du rapport d’élaboration sur le trouble bipolaire de 2015, le flash sécurité patient d’avril 2022, le rapport sur les suicides et tentatives de suicide de patients de juillet 2022.
  • Notice du catalogue de l’éditeur John Libbey Eurotext pour l’ouvrage issu de la conférence, consultée le 3 septembre 2026.
1. Champ et objectifs
Item 1, objectif général : 5, l’objectif figure en introduction, améliorer le repérage et l’organisation de la prise en charge pour éviter ou limiter la fréquence des passages à l’acte, et quatre objectifs opérationnels sont énoncés au préambule du chapitre sur les modes d’intervention. Item 2, questions de santé : 4, cinq questions numérotées ouvrent le texte long et structurent les deux textes, mais elles restent larges, sans population, intervention ni critère de jugement, et aucune sous-question n’est publiée. Item 3, population cible : 3, aucune section ne définit la population ni ne pose de critère d’inclusion ou d’exclusion, même si le chapitre sur le repérage décrit explicitement l’enfant, l’adolescent, l’adulte, la personne âgée, les personnes atteintes de troubles psychiques avérés, l’alcool, l’armée et la prison. Somme 12.
50 %
2. Participation des groupes concernés
Item 4, groupes professionnels : 5, soixante personnes nommées avec leur discipline et, pour toutes sauf une, leur ville, réparties en quatre groupes. Le jury de dix-sept membres associe psychiatres, généralistes, gériatre, infirmière, psychologue, médecin de l’Éducation nationale, médecin inspecteur de santé publique, mais il ne comporte ni méthodologiste ni urgentiste, alors que la méthode de l’agence demande la pluridisciplinarité du jury en comportant notamment un méthodologiste, et qu’une section entière porte sur les services d’urgence. Un méthodologiste et un urgentiste siègent au comité d’organisation, un urgentiste au groupe bibliographique, mais aucun des trois n’est au jury, seul rédacteur des recommandations. Item 5, point de vue de la population cible : 3, le jury comprend le président d’une union nationale de familles, la présidente d’une association de prévention du suicide, une conseillère familiale et une journaliste, mais aucun des deux textes n’écrit que leur présence visait à recueillir le point de vue de la population cible, ni ce qui a été recueilli, ni l’usage qui en a été fait. La participation se constate, la démarche n’est pas rapportée. Item 6, utilisateurs cibles : 3, aucun énoncé ne les définit, ils ne se déduisent que de la structure du texte, une section par intervenant. Somme 11. Le décompte des soixante personnes rapporté ci-dessus inclut les membres profanes, que l’instrument rattache à l’item 5 et non à l’item 4.
44 %
3. Rigueur d’élaboration
Item 7, recherche des preuves : 1, un groupe bibliographique de six membres est nommé, mais aucune base de données, aucune période, aucun mot clé et aucune stratégie ne sont publiés, les quatre critères de l’item étant intégralement absents. Item 8, critères de sélection : 1, aucun critère d’inclusion ni d’exclusion. Item 9, forces et limites du corps de preuves : 3, les manques de données sont énoncés en introduction et chapitre par chapitre, et cinq biais méthodologiques des études de suivi sont nommés, mais l’item demande la description de la façon dont le groupe a évalué la partialité des preuves et les a interprétées, et rien de tel n’est rapporté. Restent des commentaires informels, réels et honnêtes. Item 10, formulation des recommandations : 2, la méthode est identifiable par renvoi au guide de l’agence, mais ni le processus, ni ses résultats, ni son influence sur les recommandations ne sont rapportés, et aucun degré de consensus n’est donné. Item 11, bénéfices et risques : 4, les psychotropes sont pesés dans les deux sens, l’objection sur l’absence d’effet préventif démontré de l’hospitalisation psychiatrique est rapportée, l’effet paradoxal de la réduction des espaces d’initiative en prison est signalé, mais l’examen reste qualitatif et sans données à l’appui. Item 12, lien entre recommandations et preuves : 3, l’architecture en constatations puis recommandations est explicite et le texte dit là où il ne détient pas de preuve, mais l’absence de bibliographie empêche de remonter à une source, hors trois renvois traçables, une note pénitentiaire de 1998, une recommandation de l’agence sur les adolescents suicidants et une liste de l’Organisation mondiale de la santé. Item 13, relecture externe : 1, aucune n’est rapportée, et la méthode de la conférence de consensus n’en prévoit pas pour le texte du jury, le groupe de lecture appartenant à l’autre méthode de l’agence. Item 14, procédure d’actualisation : 2, le texte énonce que les recommandations auront à être revisitées lorsque les connaissances auront progressé, ce qui satisfait le premier critère de l’item, mais sans échéance, sans responsable et sans méthode, et la notice officielle ne met à disposition aucun document postérieur. Somme 17.
19 %
4. Clarté et présentation
Item 15, spécificité et absence d’ambiguïté : 4, les six éléments de dangerosité, les trois degrés d’urgence et l’indication d’hospitalisation sont opérationnels, mais une part des recommandations porte sur la formation et la recherche plutôt que sur un geste, et les deux textes officiels divergent sur les critères d’urgence moyenne. Item 16, options de prise en charge : 5, hospitalisation contre suivi ambulatoire, suivi spécialisé contre suivi non systématiquement médicalisé selon la présence de facteurs de risque primaires, recours à la contrainte en cas de refus. Item 17, recommandations clés identifiables : 4, un texte court de dix-sept pages est publié à cet effet, et les rubriques Recommandations sont séparées des Constatations dans le texte long, mais aucune recommandation n’est encadrée ni reprise en synthèse, et la numérotation du texte court porte sur ses sections et non sur ses recommandations, un seul chapitre en portant une liste numérotée. Somme 13.
56 %
5. Applicabilité
Item 18, facilitateurs et freins : 4, les obstacles sont nommés avec une précision rare, formation insuffisante des généralistes, absence de guides de décision validés, durée de consultation, saturation des consultations psychiatriques et listes d’attente, crainte de la psychiatrisation, compte rendu hospitalier non reçu dans une part des hospitalisations pour tentative de suicide, difficulté permanente des urgences à gérer les flux, et plusieurs recommandations y répondent directement. Deux facilitateurs sont également décrits, l’effet des services d’écoute sur l’accès aux soins et l’amélioration de l’observance quand les relais sont établis et personnalisés depuis les urgences. Mais ils ne sont ni rassemblés ni traités comme tels, et aucune méthode de recueil n’est donnée. Item 19, outils de mise en pratique : 3, cinq instruments sont nommés et une liste de facteurs de l’Organisation mondiale de la santé est reproduite, mais il n’existe ni section consacrée à la mise en oeuvre, ni arbre décisionnel, ni fiche de synthèse, ni document d’information au patient, alors que la méthode de l’agence prévoit qu’ils puissent être annexés. Item 20, implications en ressources : 2, mentions qualitatives seulement, démographie psychiatrique, lits de crise, et une analyse coût bénéfice qui porte sur un programme suédois et non sur la mise en oeuvre de ces recommandations. Item 21, critères de suivi ou d’audit : 1, aucun indicateur, aucun critère d’audit, et aucune mesure d’impact publiée alors que la méthode de l’agence en fait une préoccupation systématique. Somme 10.
25 %
6. Indépendance éditoriale
Item 22, influence de l’organisme de financement : 2, aucun des deux critères de l’item n’est atteint. Le texte annonce un soutien de la Direction Générale de la Santé, ce qui ne désigne pas un financement ni son montant, et il ne déclare aucune absence de financement. L’énoncé d’indépendance qu’il porte, les conclusions ont été rédigées par le jury en toute indépendance et leur teneur n’engage en aucune manière la responsabilité de l’agence, vise l’agence méthodologique et non celui qui a soutenu la conférence. Item 23, conflits d’intérêts relevés et traités : 1, aucune déclaration n’est publiée pour aucune des soixante personnes nommées. La méthode de l’agence énonce une règle de sélection qui vise les deux présidences et exige que les membres du jury ne tirent aucun bénéfice personnel de leur participation, mais rien n’atteste son application ici. Une procédure décrite sans aucune déclaration nominative ne se vérifie pas. Somme 3.
8 %
Qualité globale de la recommandation : 3/7. Le contenu clinique est clair, utilisable et honnête sur la pauvreté de ses données, et l’architecture en constatations puis recommandations sert le lecteur. Le rendu de la méthode, lui, est presque entièrement absent : ni stratégie de recherche, ni critères de sélection, ni références, ni relecture externe, ni procédure opérationnelle d’actualisation, ni déclaration d’intérêts, ni critère d’audit. Ce n’est pas une moyenne des domaines.
Recommandée pour la pratique : oui, avec modifications. La grille des trois degrés et les six éléments de dangerosité restent utilisables tels quels. Les modifications portent sur la datation, il faut savoir que le texte n’a pas été actualisé, sur le vocabulaire des soins sous contrainte, que les documents récents de la HAS désignent autrement, et sur le dispositif d’aval, qui n’existait pas en 2000.

Méthode de cotation : les vingt-trois items d’AGREE II ont été cotés sur l’échelle 1 à 7, chacun adossé à un passage lu dans le corpus déclaré ci-dessus. Les pourcentages affichés sont les scores de domaine calculés par la formule de l’instrument, somme obtenue moins somme minimale, divisée par somme maximale moins somme minimale, multipliée par cent. Déviations déclarées : évaluateur unique, là où l’instrument en prévoit deux à quatre. Aucun domaine n’est laissé sans score. Bandes de couleur PEB appliquées aux scores de domaine : excellent au-dessus de 85 %, très bon de 70 à 84 %, bon de 55 à 69 %, correct de 40 à 54 %, critiquable en dessous de 40 %.

Le grade A, et ce qu’il recouvre

Le mot grade apparaît quatre fois dans les deux textes, toujours sous la forme grade A, jamais sous la forme grade B ou grade C. Une mention porte sur des corrélations épidémiologiques, une sur des études d’événements de vie, et deux sur la seule recommandation gradée du document, énoncée dans le texte long puis reprise en termes presque identiques dans le texte court.

Les quatre mentions de grade, et ce sur quoi elles reposent
OùCe à quoi la mention se rattacheNature des travaux invoqués
Texte long, chapitre IIIDes corrélations sur les idées de suicide, les troubles psychiatriques et l’impulsivité, qui selon le texte autorisent des recommandations de grade AÉtudes contrôlées, sans autre précision
Texte long, chapitre IIIDes résultats sur les événements de vie, qui selon le texte permettent des recommandations de grade AÉtudes de lien temporel, que le texte présente comme non causales
Texte long, chapitre IVRecours à la psychiatrie quand une pathologie psychiatrique s’associe à la criseAucun travail n’est cité à l’appui
Texte court, chapitre IVLa même recommandation, formulation presque identiqueAucun travail n’est cité à l’appui

Décompte effectué sur le texte intégral des deux documents. Aucune occurrence de grade B ni de grade C.

Le barème de l’agence publié en janvier 2000 réserve le grade A à une preuve scientifique établie par des études de fort niveau de preuve, essais comparatifs randomisés de forte puissance et sans biais majeur, méta-analyses d’essais randomisés, analyses de décision bien menées, et précise qu’en l’absence de précision une recommandation ne correspond qu’à un accord professionnel. La conférence ne dit jamais quel barème elle applique. Elle écrit en introduction que ses niveaux de preuve atteignent rarement le plus haut, parce que les études portent sur des populations ciblées sans groupe témoin ou relèvent du sondage descriptif.

Le même barème pose une distinction que la conférence n’exploite pas : la gradation ne présume pas de la force de la recommandation, et une recommandation de grade C ou fondée sur un accord professionnel peut être forte. Un texte qui s’en serait servi aurait pu recommander fermement le recours à la psychiatrie sans lui apposer l’étiquette de la preuve établie.

Appréciation PEB, écrite dans aucun texte officiel. Le point le plus lourd de ce référentiel n’est pas qu’il recommande le recours au psychiatre, ce qui se défend sans peine, mais qu’il place sous l’étiquette de la preuve établie une recommandation à l’appui de laquelle il ne cite aucun travail, dans un document qui explique par ailleurs ne pas disposer de cette preuve. Le lecteur pressé retiendra le A. C’est l’inverse de la faute habituelle : ici, une recommandation forte n’est pas affaiblie par une preuve faible, c’est une preuve absente qui se voit prêter la couleur de la certitude.

Forces et limites

Forces

  • Le texte énonce ses manques de données, chapitre par chapitre, et nomme les biais méthodologiques des études qu’il résume.
  • L’architecture en constatations puis recommandations rend visible ce qui vient de la littérature et ce qui vient du jury.
  • Les obstacles à la mise en oeuvre en médecine générale sont décrits avec précision, et plusieurs recommandations y répondent.
  • Soixante personnes sont nommées avec leur discipline, réparties en quatre groupes.
  • Le jury inclut des représentants des familles, des associations et du grand public, ce qui n’allait pas de soi en 2000.
  • Les objections aux positions retenues sont rapportées, y compris quand elles affaiblissent la recommandation.

Limites

  • Aucune référence bibliographique dans les deux textes, aucune stratégie de recherche, aucun critère de sélection.
  • Un seul grade dans tout le document, non adossé à un barème nommé ni à un travail cité.
  • Les deux textes officiels divergent sur les critères d’urgence moyenne, sans que le document le signale.
  • Aucune procédure opérationnelle d’actualisation dans les deux textes, et aucun document postérieur mis à disposition avec eux.
  • Aucune déclaration d’intérêts pour aucune des soixante personnes nommées.
  • Aucun outil de mise en oeuvre, alors que le texte recommande d’en construire.
  • Aucun critère d’audit, aucune mesure d’impact publiée.
  • Le jury compte dix-sept membres, quand la méthode de l’agence en prévoit huit à seize.
Conflits d’intérêts et financement
Non vérifiable
Aucune déclaration publiée, un soutien public nommé sans précision de rôle Ce qui est établi : la conférence s’est tenue avec le soutien de la Direction Générale de la Santé, et quatre partenaires sont nommés en tête des deux textes, une association pédagogique nationale d’enseignement de la thérapeutique, la caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés, une société savante de gérontologie et un comité d’éducation pour la santé. Aucun montant, aucune répartition, aucun rôle n’est précisé. Ce qui manque : toute déclaration d’intérêts, pour les soixante personnes nommées, dans les quatre groupes. La méthode de l’agence écarte du poste de président, au comité d’organisation comme au jury, toute personne en situation de conflit d’intérêts, et demande que les membres du jury ne puissent tirer aucun bénéfice personnel de leur participation. Aucune pièce n’atteste de son application à cette conférence. Rien dans le corpus ne permet de conclure à une influence, et rien n’en permet l’exclusion. Un financement public ne vaut pas déclaration d’indépendance, et l’énoncé d’indépendance que porte le texte vise l’agence méthodologique, pas le financeur.
Applicabilité au cabinet libéral français
Lecture PEB pour la France
Ce qui se transpose sans adaptation réglementaire : la grille des trois degrés, les six éléments de dangerosité, la consigne d’interroger directement sur les idées de suicide dans un climat de confiance, l’attention aux deux signes de très haut risque que sont l’accalmie suspecte et le comportement de départ, et la vigilance maintenue sur l’année qui suit la crise. Rien de tout cela ne suppose de plateau technique. Ce qui a vieilli : le texte court nomme la loi du 27 juin 1990, le texte long parle de la loi de 1990, les deux emploient l’hospitalisation à la demande d’un tiers, et le texte long seul mentionne l’hospitalisation d’office, quand le rapport de la HAS de juillet 2022 parle de soins sans consentement, à envisager à titre exceptionnel. Ce qui n’existait pas et que le texte ne pouvait pas connaître : le dispositif de recontact VigilanS, créé en 2015, qui organise une veille de six mois après une hospitalisation pour tentative de suicide, et le numéro national de prévention du suicide. Le texte de 2000 demande que la continuité des soins soit prévue dès l’entrée dans le parcours ; l’outil qui la porte aujourd’hui en France lui est postérieur de quinze ans. Enfin, aucun des deux textes ne se dit opposable, et le mot n’y figure pas.
Ce que la HAS en fait aujourd’hui

Le référentiel n’a pas bougé, mais il n’est pas oublié. Le rapport de la HAS de juillet 2022 sur les suicides et tentatives de suicide de patients cite la conférence de 2000 dans sa bibliographie, sous sa référence 15, avec l’adresse de la notice officielle, et l’appelle quatre fois dans son texte. Vingt-deux ans après, l’institution s’y adosse encore.

Le rapport appelle cette référence quatre fois. Deux de ces appels méritent l’attention du lecteur qui irait vérifier.

Ce que le rapport de 2022 rattache à la conférence, et ce que la conférence contient
Les quatre appels de la référence 15 dans le rapport de juillet 2022Ce que portent les deux textes de 2000Présence
Une progression de la crise suicidaire schématisée en quatre étapes, les idées, les intentions, la programmation et la mise en oeuvreTrois degrés d’urgence, faible, moyenne, élevée, et six éléments de dangerosité. Aucune progression en quatre étapesAbsent
L’échelle Risque Urgence Dangerosité, dite RUDCinq échelles nommées, dont celles de Beck et le mini-GDS. Ni le sigle RUD, ni son intitulé développéAbsent
La distinction entre prévention, intervention de crise et postvention, et la notion de degré de progression de la criseLa crise est décrite comme une trajectoire, avec des degrés d’urgenceCompatible
Le poids des facteurs de risque et de protection dans l’appréciation du risqueFacteurs primaires, secondaires et tertiaires, et facteurs de protection nommésCompatible

Recherche sur le texte intégral des deux documents de la conférence : ni le sigle RUD, ni son intitulé développé, ni la progression en quatre étapes, ni le mot programmation n’y figurent.

Ce que cet écart ne signifie pas. Il ne dit pas que le rapport de 2022 a tort sur le fond. La progression en quatre étapes et l’outil qui l’accompagne appartiennent à la suicidologie de langue française et prolongent le vocabulaire d’urgence et de dangerosité que la conférence a installé. Ce qu’il signifie, en revanche, c’est qu’un lecteur qui remonte à la référence 15 pour retrouver ces deux éléments ne les y trouvera pas. C’est aussi la meilleure illustration de ce que coûte l’absence d’actualisation : le référentiel de 2000 sert encore de point d’appui à des contenus qui lui sont postérieurs et qu’il ne contient pas.

Les deux autres documents postérieurs présents dans les pièces de contexte ne citent pas la conférence. L’annexe 3 du rapport d’élaboration sur le trouble bipolaire, de 2015, reproduit une page ministérielle d’orientation devant une crise suicidaire. Le flash sécurité patient d’avril 2022 rappelle que poser la question des idées suicidaires ne les fait pas apparaître, et renvoie au numéro national de prévention du suicide. Aucun des deux n’est une recommandation de bonne pratique, et aucun n’a été soumis à la grille AGREE II dans cette fiche.

Source et citation

Conférence de consensus La crise suicidaire, reconnaître et prendre en charge, 19 et 20 octobre 2000, Amphithéâtre Charcot, hôpital de la Pitié Salpêtrière, Paris. Organisée par la Fédération Française de Psychiatrie avec le soutien de la Direction Générale de la Santé, selon les règles méthodologiques de l’Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé, qui l’a publiée. Le texte est aujourd’hui accessible sur le site de la Haute Autorité de santé, adresse que reprend d’ailleurs la bibliographie du rapport de la HAS de juillet 2022. Deux documents analysés, le texte des recommandations en version longue et le texte court. Deux guides méthodologiques de l’agence également analysés, la base méthodologique des conférences de consensus de 1999 et le guide d’analyse de la littérature et de gradation des recommandations de janvier 2000.

Lien officiel : has-sante.fr, notice de la publication · Version décrite : les deux textes de 2000, date de validation du 22 novembre 2000 · Analyse arrêtée au 3 septembre 2026.

Ce qui n’a pas pu être vérifié. Les textes des experts ne figurent pas parmi les documents mis à disposition avec la recommandation. La notice du catalogue de John Libbey Eurotext, consultée le 3 septembre 2026, les donne publiés dans un ouvrage de 448 pages dont elle reproduit le sommaire de la conférence. Leur contenu n’a pas été analysé ici, ce qui interdit de remonter des constatations du jury aux travaux qui les portent. Les documents de synthèse du groupe bibliographique ne sont pas publiés non plus, et la stratégie documentaire n’est donc connue par aucune pièce. Aucune déclaration d’intérêts n’existe pour les personnes nommées. L’objet de la mise à jour du 19 juillet 2006 portée par la notice officielle n’est documenté nulle part.

Les contenus sont élaborés selon les principes de la médecine fondée sur les preuves. Chaque analyse repose sur une lecture critique indépendante de la littérature et vise à en faciliter l’interprétation. Elle ne remplace ni les recommandations officielles, ni le raisonnement clinique, ni une prise en charge individualisée. Certaines données peuvent évoluer avec de nouvelles preuves.
Vérification effectuée le 3 septembre 2026 sur le texte intégral du référentiel et sur ses annexes lorsque celles-ci sont publiées. Cette fiche a fait l’objet d’une double lecture indépendante. Comment nous vérifions ce que nous publions
Analyse issue de Psychiatry Evidence Base, la psychiatrie fondée sur les preuves, expliquée avec rigueur.