Publié le 12 août 2026, mis à jour le 15 septembre 2026
Quatorze techniques de neuromodulation dans un même réseau : ce qu’un classement autorise à dire
Psychiatry and Clinical Neurosciences · 2026 ; 80 (2) : 106-120 · Wang P et al.
DOI 10.1111/pcn.13918PMID 41217021
Scientifique 80
Éditorial 87
L’essentiel
Une méta-analyse en réseau fréquentiste rassemble 129 essais contrôlés randomisés, 272 bras de traitement et 7 667 patients présentant un épisode dépressif, caractérisé ou bipolaire, pour comparer quatorze stratégies de neuromodulation non invasive entre elles et à la stimulation simulée. Deux critères principaux structurent le réseau : la réponse pour l’efficacité, l’arrêt toutes causes pour la tolérance. Dix stratégies sur quatorze font significativement mieux que le sham sur la réponse. Les ultrasons focalisés transcrâniens occupent le premier rang avec un rapport de cotes de 7,24 (IC 95 % 1,35 à 38,47), mais sur deux essais et 42 patients au total. Suivent la rTMS bilatérale, 5,75 (3,29 à 10,07) sur 13 essais, et le theta burst bilatéral, 5,37 (2,51 à 11,36) sur 5 essais. La rTMS haute fréquence gauche, 3,42 (2,51 à 4,66), reste la stratégie la mieux documentée du réseau, présente dans 63 des 129 essais, et son intervalle est le plus étroit de tous. La seule estimation ponctuelle inférieure à 1 est celle de la rTMS basse fréquence appliquée au cortex préfrontal dorsolatéral gauche, 0,35, mais avec un intervalle de 0,04 à 3,46 et un p à 0,356 : c’est une estimation imprécise, pas un résultat défavorable établi. Sur la tolérance, aucune stratégie active ne se distingue de la stimulation simulée. Le financement est public, aucun conflit d’intérêts n’est déclaré. Les limites tiennent à ce que le réseau contient : des branches portées par un ou deux essais, 87,6 % d’essais à risque de biais faible ou incertain, et des paramètres de stimulation plus conservateurs que ceux utilisés aujourd’hui en pratique. Un classement de quatorze techniques n’est pas quatorze démonstrations.
Le contexte
La question posée par ce travail est celle que le psychiatre libéral rencontre à chaque orientation. Un patient déprimé, souvent après deux ou trois lignes pharmacologiques insuffisantes, est adressé vers un centre de neuromodulation. Il en revient avec un protocole. Lequel, et selon quel raisonnement ? La réponse dépend surtout de ce que le centre propose et de ses habitudes, et le prescripteur d’amont dispose rarement d’un argumentaire pour demander autre chose.
La littérature n’aide pas beaucoup, parce qu’elle est fragmentée. Chaque technique a ses essais, ses méta-analyses, ses partisans. Les comparaisons directes entre deux protocoles actifs sont rares, ce que les auteurs identifient d’emblée comme la limite majeure du champ. La stimulation simulée reste le comparateur dominant, ce qui produit une collection de résultats contre placebo difficilement commensurables entre eux. S’y ajoute l’inflation des acronymes : rTMS haute ou basse fréquence, gauche, droite ou bilatérale, theta burst continu, intermittent ou bilatéral, stimulation accélérée, profonde, de préconditionnement ou synchronisée, tDCS, et désormais ultrasons focalisés. Le clinicien qui ne travaille pas dans un centre de stimulation n’a pas de raison de savoir hiérarchiser cette liste.
Une méta-analyse en réseau est l’outil conçu pour cette situation : elle relie des essais qui ne se comparent pas directement, par l’intermédiaire d’un comparateur partagé, et produit une estimation relative pour chaque paire de traitements. Les auteurs revendiquent deux apports sur la synthèse en réseau antérieure du champ : l’exclusion des essais ayant initié simultanément un traitement pharmacologique ou psychothérapique, et des analyses stratifiées sur la résistance et sur le cadre d’administration. C’est précisément parce que cet outil répond si bien à la demande clinique qu’il faut lire son résultat avec méthode. Un classement se lit vite. Il se surinterprète encore plus vite.
Le point de méthode
Ce qu’un rang mesure, et ce qu’il ne mesure pas
Le classement produit par une méta-analyse en réseau, ici la surface sous la courbe de classement cumulé, est une probabilité de position, pas une taille d’effet. Il répond à la question : compte tenu des effets estimés et de leur incertitude, quelle est la probabilité que cette technique occupe les meilleurs rangs ? Deux conséquences en découlent.
La première est qu’un rang élevé peut être porté par une estimation très imprécise. Une technique évaluée dans deux essais de petite taille peut afficher un rapport de cotes ponctuel spectaculaire, avec un intervalle de confiance si large qu’il englobe à la fois un effet majeur et un effet à peine supérieur au comparateur. Le rang, lui, ne montre pas cette largeur : il condense la distribution en un chiffre unique qui a l’apparence d’une conclusion. Dans le réseau présenté ici, le contraste est explicite. Les ultrasons focalisés transcrâniens occupent le premier rang sur deux essais et 42 patients, avec un intervalle allant de 1,35 à 38,47. La rTMS haute fréquence gauche occupe une position intermédiaire sur soixante-trois essais, avec un intervalle allant de 2,51 à 4,66. Aucun outil de classement ne signale de lui-même cette différence : un rang fondé sur deux essais et un rang fondé sur soixante-trois essais se ressemblent à l’écran, pas dans ce qu’ils autorisent à faire.
La seconde tient à l’hypothèse de transitivité. Comparer indirectement A et B via le sham suppose que les essais A contre sham et B contre sham étaient suffisamment semblables pour être mis en relation : mêmes populations, mêmes définitions de la réponse, mêmes conditions de mise en aveugle. En neuromodulation, cette hypothèse est sous tension. Le sham lui-même n’est pas une entité stable : les auteurs relèvent que la moitié environ des essais utilisent une bobine inclinée à 90 degrés, les autres des bobines factices dédiées, des inclinaisons de 30 à 45 degrés ou des dispositifs rotatifs non magnétiques. Ils rappellent qu’une inclinaison à 45 degrés peut encore induire des potentiels évoqués moteurs, là où une inclinaison à 90 degrés est considérée comme neurologiquement inerte. Ces conditions ne produisent ni la même expérience sensorielle ni la même attente, et l’attente pèse lourd sur la réponse dépressive. L’évaluation formelle de la cohérence du réseau reste rassurante, sans incohérence significative sauf pour une boucle sur l’efficacité, mais ce test a une puissance limitée quand les branches sont maigres.
Un troisième point conditionne toute lecture clinique : une estimation ponctuelle inférieure à 1 par rapport au sham, comme celle rapportée ici pour la rTMS basse fréquence gauche, ne devient un résultat que si son intervalle exclut la valeur nulle. Ce n’est pas le cas ici. Avec un intervalle de 0,04 à 3,46, la donnée est compatible avec un effet franchement défavorable comme avec un effet favorable modéré. Ce n’est ni un signal de nocivité, ni une démonstration d’inefficacité. C’est une branche du réseau où l’on ne sait pas.
L’étude en un coup d’œil
| Question (PICO) | |
|---|---|
| Population | |
| Adultes de 18 ans ou plus présentant un épisode dépressif unipolaire ou bipolaire, diagnostiqué selon le DSM ou la CIM, inclus dans des essais contrôlés randomisés en groupes parallèles ou en cross-over. 129 essais, 272 bras, 7 667 patients, âge moyen 43,5 ans, 54,4 % de femmes. Les essais ayant initié simultanément un traitement pharmacologique ou psychothérapique sont exclus. | |
| Intervention | |
| Quatorze stratégies actives : rTMS haute fréquence gauche et droite, rTMS basse fréquence gauche et droite, rTMS bilatérale, TMS profonde, accélérée, de préconditionnement et synchronisée, theta burst continu, intermittent et bilatéral, tDCS, ultrasons focalisés transcrâniens. L’électroconvulsivothérapie n’entre pas dans ce réseau. | |
| Comparateur | |
| Stimulation simulée, comparateur de référence du réseau, et comparaisons directes entre stratégies actives lorsqu’elles existent. | |
| Critères | |
| Efficacité : taux de réponse sur une échelle administrée par le clinicien, HDRS à 17 items privilégiée ou MADRS, en intention de traiter. Tolérance : taux d’arrêt toutes causes. Critère secondaire : rémission. Classement par SUCRA. Analyses stratifiées sur la dépression résistante et sur le cadre d’administration, monothérapie ou association. | |
| Design | |
| Revue systématique et méta-analyse en réseau à effets aléatoires, modèle fréquentiste, Stata MP 14.0, rapportage PRISMA, enregistrement prospectif du protocole. Interrogation d’Embase, PubMed/MEDLINE et Web of Science de l’origine au 27 août 2025. Niveau de preuve CEBM 1a. |
Le contrôle de qualité
| Critère | Statut |
|---|---|
| Volume et couverture du réseau | Solide |
| Constat129 essais randomisés, 272 bras et 7 667 patients pour quatorze stratégies actives et la stimulation simulée. La réponse est disponible sur 208 bras issus de 98 essais, l’arrêt toutes causes sur la totalité des 272 bras, la rémission sur 122 bras issus de 58 essais seulement. | |
| Recherche et sélection | Solide |
| ConstatTrois bases interrogées jusqu’au 27 août 2025, 10 486 références identifiées et 43 par d’autres sources, 342 textes intégraux évalués, 129 retenus. Recherche menée en double, désaccords tranchés par un troisième relecteur. Les essais initiant conjointement un médicament ou une psychothérapie sont écartés, ce qui isole l’effet de la neuromodulation. | |
| Risque de biais et certitude | Réserve |
| ConstatOutil Cochrane sur six domaines : 42,6 % des essais à risque faible, 45,0 % incertain, 12,4 % élevé, soit 113 essais sur 129 à risque faible ou incertain. Les motifs d’incertitude sont le rapportage insuffisant de la randomisation et de l’assignation, et l’aveugle. Selon GRADE, la certitude est modérée à élevée pour 13 comparaisons sur 14, faible pour la rTMS haute fréquence droite en raison d’une incohérence. La section des limites de la publication attribue par ailleurs à ces 58 essais à risque incertain un pourcentage de 42,6 %, en contradiction interne avec les 45,0 % de la section des résultats. | |
| Cohérence du réseau | Vérifiée |
| ConstatAnalyses d’incohérence par boucle non significatives pour l’efficacité comme pour la tolérance, à l’exception de la boucle reliant rTMS haute fréquence gauche, rTMS basse fréquence droite et rTMS bilatérale sur l’efficacité. Ce test perd sa puissance là où les branches sont maigres. | |
| Effets des petites études | Testés |
| ConstatFunnel plots ajustés sur la comparaison, symétriques pour l’arrêt toutes causes et la rémission, légèrement asymétriques pour la réponse du fait de petits essais de theta burst intermittent et de rTMS haute fréquence gauche à effet marqué. Test d’Egger non significatif pour tous les critères. Ce test reste peu puissant dans un champ où les petits essais positifs abondent. | |
| Équilibre du réseau entre branches | Réserve |
| Constat63 essais portent sur la rTMS haute fréquence gauche et 28 sur la tDCS, quand le theta burst bilatéral en compte 5, la rTMS basse fréquence gauche 4, les ultrasons focalisés et la pTMS 2 chacun, la rTMS haute fréquence droite un seul. Le classement mélange donc des niveaux d’information très inégaux. | |
| Homogénéité des paramètres de stimulation | Réserve |
| ConstatSur les 123 bras actifs de TMS, les réglages les plus fréquents sont 10 Hz (36 %), 110 % du seuil moteur (29 %), deux semaines de traitement (29 %) et dix séances au total (35 %). 91 % des essais durent six semaines ou moins et 92 % comportent moins de vingt séances. Les auteurs soulignent eux-mêmes que ces paramètres sont en deçà de la pratique contemporaine, de l’ordre de 120 % du seuil moteur et de vingt à trente séances sur quatre à six semaines. | |
| Horizon temporel | Donnée absente |
| ConstatL’analyse porte exclusivement sur la phase aiguë. Ni le maintien de l’effet, ni les phases de continuation et d’entretien ne sont évalués, limite reconnue par les auteurs. | |
| Indépendance et conflits d’intérêts | Solide |
| ConstatFinancement public chinois, National Natural Science Foundation of China, China Postdoctoral Science Foundation et Natural Science Foundation of Sichuan Province. Les auteurs déclarent n’avoir aucun intérêt concurrent. Dans un champ où l’industrie du dispositif médical est très présente, ce point n’est pas décoratif. | |
Les résultats
Le tableau ci-dessous reprend les estimations rapportées contre stimulation simulée sur le critère de réponse. La colonne du volume d’essais est aussi informative que celle du rapport de cotes, et devrait être lue en premier.
| Stratégie | Rapport de cotes contre sham (IC 95 %) | Assise dans le réseau | Ce que le chiffre autorise |
|---|---|---|---|
| Ultrasons focalisés transcrâniens | 7,24 (1,35 à 38,47) | 2 essais, 42 patients | Signal préliminaire. Rang le plus élevé, information la plus mince du réseau. Ne fonde aucune orientation hors protocole de recherche. |
| rTMS bilatérale | 5,75 (3,29 à 10,07) | 13 essais | Estimation élevée et significative, cohérente dans le sous-groupe résistant. Candidate sérieuse, à confirmer par comparaison directe. |
| Theta burst bilatéral | 5,37 (2,51 à 11,36) | 5 essais | Même lecture que la rTMS bilatérale, sur une base plus étroite. Séances plus courtes, ce qui est un argument logistique et non un argument d’efficacité. |
| TMS de préconditionnement | 4,48 (1,60 à 12,68) | 2 essais | Protocole peu diffusé en pratique courante. Estimation significative mais très imprécise. |
| rTMS haute fréquence gauche | 3,42 (2,51 à 4,66) | 63 essais | L’estimation la mieux étayée du réseau et la plus précise. Rang intermédiaire, confiance supérieure à celle des rangs qui la précèdent. |
| rTMS basse fréquence droite | 3,32 (1,86 à 5,93) | 10 essais | Résultat significatif, souvent oublié dans les discussions centrées sur la haute fréquence gauche. |
| TMS accélérée | 3,32 (1,21 à 9,21) | 3 essais | Significatif de peu, intervalle large. Le format accéléré ne se juge pas sur cette seule estimation. |
| Theta burst intermittent | 3,16 (1,86 à 5,37) | 15 essais | Efficacité comparable à celle de la rTMS haute fréquence gauche, sur une base solide pour un protocole récent. |
| TMS profonde | 2,83 (1,23 à 6,42) | 3 essais | Significatif, imprécis. Le dispositif diffère, la comparabilité des bras simulés aussi. |
| tDCS | 1,99 (1,31 à 3,03) | 28 essais | Effet plus modeste mais bien documenté, et technique la plus accessible du réseau. |
| TMS synchronisée | 2,20 (0,75 à 6,42), p = 0,150 | 2 essais | Non significatif. Absence de démonstration, pas démonstration d’absence. |
| rTMS haute fréquence droite | 1,75 (0,36 à 8,58), p = 0,489 | 1 essai | Non significatif, certitude GRADE faible du fait d’une incohérence. Rien de conclusif. |
| Theta burst continu | 1,22 (0,30 à 5,00), p = 0,782 | 2 essais | Non significatif. Le classement le place parmi les moins efficaces, sur deux essais. |
| rTMS basse fréquence gauche | 0,35 (0,04 à 3,46), p = 0,356 | 4 essais | Seule estimation ponctuelle sous 1, non significative. Branche où l’incertitude domine, ni signal de nocivité ni preuve d’inefficacité. |
Dans le sous-groupe des dépressions résistantes, sept stratégies font mieux que la stimulation simulée : rTMS bilatérale 5,70 (3,32 à 9,68), theta burst bilatéral 4,90 (2,44 à 9,97), theta burst intermittent 4,76 (2,66 à 8,41), TMS de préconditionnement 4,62 (1,95 à 10,80), rTMS haute fréquence gauche 3,53 (2,56 à 4,90), rTMS basse fréquence droite 3,42 (1,90 à 6,23) et TMS profonde 2,77 (1,40 à 5,42). Les protocoles bilatéraux restent donc en tête lorsque l’on restreint le réseau à la population qui motive précisément la demande de neuromodulation. Cette cohérence est un argument de robustesse interne. Elle reste interne à la synthèse et ne remplace pas un essai comparatif direct entre protocoles actifs.
La stratification sur le cadre d’administration produit un résultat que le courrier d’adressage peut utiliser. En association à un traitement en cours, l’efficacité est meilleure pour la rTMS bilatérale 5,37 (2,66 à 10,80), la TMS de préconditionnement 4,95 (1,32 à 18,54), la rTMS haute fréquence gauche 3,49 (2,20 à 5,47) et le theta burst intermittent 3,06 (1,67 à 5,70). En monothérapie, ce sont le theta burst bilatéral 9,87 (3,19 à 30,27), la rTMS basse fréquence droite 7,77 (2,01 à 29,96) et la tDCS 3,46 (2,03 à 5,87) qui affichent les taux de réponse les plus élevés. Ces contrastes reposent sur des sous-ensembles d’essais et sur des comparaisons indirectes : ils orientent une hypothèse, ils ne fixent pas une règle d’indication.
Sur la tolérance, le résultat est simple et rassurant : aucune stratégie active ne se distingue de la stimulation simulée sur le taux d’arrêt toutes causes, et les auteurs situent le theta burst bilatéral au taux d’arrêt le plus bas. Une seule stratégie, la rTMS basse fréquence droite, est classée moins bien tolérée que le sham, sans différence significative sur les taux d’arrêt entre les autres interventions. Il faut lire ce résultat pour ce qu’il est : l’arrêt toutes causes est un indicateur grossier d’acceptabilité, qui ne renseigne ni sur les céphalées, ni sur l’inconfort au point de stimulation, ni sur les événements rares. La rémission, critère secondaire, n’est disponible que dans 58 essais sur 129, avec les meilleures probabilités de classement pour la rTMS bilatérale, la TMS de préconditionnement et le theta burst bilatéral. La convergence entre réponse et rémission conforte les protocoles bilatéraux, sur une base moins fournie.
Le résultat concernant la rTMS basse fréquence gauche mérite une précision, car il se prête au contresens. Il ne s’agit pas de la basse fréquence en général : appliquée au cortex préfrontal dorsolatéral droit, cible habituelle de ce protocole, la basse fréquence fait significativement mieux que le sham. C’est la basse fréquence appliquée à gauche, quatre essais dans ce réseau, qui produit une estimation ponctuelle de 0,35 avec un intervalle allant de 0,04 à 3,46. Cette branche ne conclut rien, dans un sens ni dans l’autre. Le rationnel neurobiologique invoqué par les auteurs, hypoactivité préfrontale gauche et hyperactivité droite, prédirait d’ailleurs une inefficacité de l’inhibition à gauche, mais une hypothèse physiopathologique cohérente ne remplace pas un intervalle qui exclut la valeur nulle.
Un dernier point de lecture concerne la stratégie la mieux documentée. Les auteurs relèvent que les paramètres employés dans les essais de rTMS haute fréquence gauche sont plus conservateurs que ceux de la pratique actuelle, et suggèrent que son effet observé sous-estime peut-être son efficacité clinique réelle. C’est une hypothèse d’auteurs, formulée comme telle, et non un résultat de la synthèse. Elle a néanmoins une conséquence pratique : comparer un protocole administré dix séances en deux semaines à des protocoles récents administrés plus intensément est une comparaison partiellement biaisée par la dose.
Lecture critique
| Domaine | Appréciation |
|---|---|
| Niveau de preuve global | Établi |
| Lecture PEBSynthèse d’essais randomisés, rapportage PRISMA, enregistrement prospectif, risque de biais et certitude GRADE documentés, indépendance de financement. Le cadre méthodologique est celui du plus haut niveau disponible pour ce type de question. | |
| Hiérarchie des techniques | Suggéré |
| Lecture PEBLe classement oriente une hypothèse de supériorité pour les protocoles bilatéraux, et les auteurs eux-mêmes parlent de preuve préliminaire. Il ne démontre pas cette supériorité, faute de comparaisons directes suffisantes entre bras actifs. | |
| Premier rang du réseau | Non conclusif |
| Lecture PEBDeux essais et 42 patients ne fondent pas un rang. La position des ultrasons focalisés doit être traitée comme un signal de recherche, avec le risque d’effet de nouveauté propre aux techniques émergentes et peu répliquées. Les auteurs le disent explicitement et ne durcissent pas leur conclusion. | |
| Estimation de la basse fréquence gauche | Non conclusif |
| Lecture PEBIntervalle de 0,04 à 3,46 sur quatre essais : cette branche n’autorise ni à déconseiller ni à recommander. La présenter comme une infériorité démontrée serait une erreur de lecture fréquente sur ce type de tableau. | |
| Tolérance comparée | Analysée, non discriminante |
| Lecture PEBL’arrêt toutes causes est bien un critère principal de la synthèse, disponible sur les 272 bras, et il ne sépare pas les stratégies actives de la stimulation simulée. Absence de différence n’est pas preuve d’équivalence, surtout avec des intervalles larges sur les branches minces, et ce critère ne capte pas les effets indésirables non conduisant à l’arrêt. | |
| Rémission | Donnée partielle |
| Lecture PEBRapportée dans 58 essais sur 129 et pour 12 stratégies sur 14. La sélection des essais qui rapportent la rémission n’est pas aléatoire, ce qui expose ce critère secondaire à un biais de disponibilité. | |
| Validité externe | Réserve |
| Lecture PEBAdultes uniquement, populations d’essais avec leurs critères d’inclusion restrictifs, dépressions unipolaires et bipolaires regroupées sans hiérarchie séparée par diagnostic. Les paramètres de stimulation étudiés sont en deçà de ceux utilisés aujourd’hui, ce qui complique la transposition directe au patient de consultation. | |
| Critère de jugement | Réserve |
| Lecture PEBLa réponse structure le réseau. C’est un seuil sur une échelle, pas un état clinique. Le fonctionnement, la qualité de vie et la cognition ne sont évalués que dans cinq essais, et de façon hétérogène. | |
| Durabilité du bénéfice | Donnée absente |
| Lecture PEBPhase aiguë exclusivement, 91 % des essais durant six semaines ou moins. Rien ici ne renseigne sur le maintien de la réponse ni sur les modalités d’entretien, question centrale pour le patient qui rechute. | |
| Transparence et indépendance | Solide |
| Lecture PEBFinancement public, absence de conflits déclarés, données disponibles sur demande auprès de l’auteur correspondant. Peu de travaux de comparaison de dispositifs présentent ce profil. | |
Et en France ?
La première question qu’un lecteur français se posera est celle de l’accès. Elle appelle une réponse honnête : les protocoles cités ici ne sont pas également disponibles sur le territoire, et leur statut de prise en charge n’est pas établi par cet article. Avant d’adresser un patient sur la base de ce classement, il faut vérifier auprès du centre destinataire quelles modalités il pratique effectivement et selon quelles conditions financières. Rien de ce qui concerne la disponibilité ou le remboursement ne se déduit de cette publication.
La deuxième question est celle de la formulation du courrier d’adressage. Un psychiatre d’amont peut indiquer ce qu’il a lu et poser une question, plutôt que prescrire un protocole qu’il ne mettra pas en œuvre. Une demande d’avis qui mentionne l’existence de données favorables aux protocoles bilatéraux, et qui interroge sur leur disponibilité localement, respecte la compétence de l’équipe tout en enrichissant la discussion.
La troisième question porte sur la dose plutôt que sur la technique. Puisque les essais du réseau reposent majoritairement sur dix séances en deux semaines à 110 % du seuil moteur, alors que les protocoles contemporains vont plutôt de vingt à trente séances sur quatre à six semaines, la question utile au centre n’est pas seulement quel protocole, mais combien de séances et à quelle intensité. Rappel qui sort du champ de cette synthèse : les contre-indications propres à la stimulation magnétique, notamment les dispositifs ferromagnétiques intracrâniens et les antécédents épileptiques, relèvent de l’évaluation du centre et ne sont pas abordées par cette publication.
Niveau de preuve
Appréciation PEB : la confiance est élevée sur le fait que la plupart des protocoles de neuromodulation non invasive font mieux que la stimulation simulée sur la réponse en phase aiguë, et que la rTMS haute fréquence gauche est la modalité la mieux étayée du champ, présente dans 63 des 129 essais avec l’intervalle le plus étroit du réseau. Elle est modérée sur l’idée que les protocoles bilatéraux, rTMS et theta burst, feraient mieux que les protocoles unilatéraux : la convergence entre l’analyse globale, le sous-groupe résistant et la rémission est encourageante, elle reste indirecte, et les auteurs la qualifient eux-mêmes de préliminaire. Elle est faible sur le premier rang du classement, porté par deux essais et 42 patients, et sur toute lecture de ce rang qui dépasserait l’hypothèse de recherche. Elle est faible également sur la position de la rTMS basse fréquence gauche, dont l’intervalle est trop large pour conclure quoi que ce soit. Sur la tolérance, la synthèse conclut à l’absence de différence entre stratégies actives et stimulation simulée sur les arrêts toutes causes : c’est une absence de différence détectée, pas une preuve d’équivalence, et elle ne dit rien des effets indésirables qui ne conduisent pas à l’arrêt. Enfin, la confiance est nulle sur le maintien du bénéfice au-delà de la phase aiguë, faute d’analyse : cette question n’a pas été posée, ce qui n’est pas la même chose qu’une réponse négative.
Le test du confrère
Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.
« Cent vingt-neuf essais, c’est le plus gros réseau que j’aie vu sur le sujet, et il dit trois choses utiles. La première, c’est que presque tout marche mieux que le sham et que les protocoles bilatéraux sortent devant, y compris chez les résistants. Ça, je peux le mentionner dans mon courrier. La deuxième, c’est que la tolérance ne départage rien, donc l’argument de choix ne viendra pas de là. La troisième, c’est que le premier du classement tient sur deux études et quarante-deux patients, donc je n’en parle pas à mes patients. Et je retiens surtout que les essais du réseau donnent dix séances quand nos centres en font vingt-cinq. »
Traduction pour la pratique : ce travail améliore la qualité de la question posée au centre de neuromodulation. Il ne fournit pas de protocole à prescrire depuis le cabinet.
Ce que vous pouvez en faire dès lundi matin.
- Dans un courrier d’orientation pour dépression résistante, mentionner l’existence de données favorables aux protocoles bilatéraux, rTMS bilatérale et theta burst bilatéral, et demander lesquels sont pratiqués dans le centre destinataire.
- Considérer la rTMS haute fréquence gauche comme l’option de référence lorsque le choix est contraint : c’est la modalité la mieux documentée du réseau, et un rang intermédiaire sur soixante-trois essais vaut mieux qu’un premier rang sur deux.
- Poser la question de la dose autant que celle de la technique : nombre de séances prévues et intensité par rapport au seuil moteur, puisque les essais du réseau sont en deçà de la pratique actuelle.
- Ne pas conclure d’un rapport de cotes inférieur à 1 sur une branche minuscule qu’un protocole est à proscrire : ici, l’intervalle de la basse fréquence gauche va de 0,04 à 3,46 et ne tranche rien.
- Ne pas évoquer les ultrasons focalisés transcrâniens auprès d’un patient comme une option disponible, sauf dans le cadre d’une inclusion en recherche.
- Vérifier auprès du centre, avant l’adressage, les modalités effectivement disponibles et les conditions de prise en charge, qui ne se déduisent pas de cette publication.
- La conduite à tenir est détaillée dans l’arbre décisionnel du trouble bipolaire.
Questions fréquentes
Faut-il arrêter de prescrire la rTMS basse fréquence sur le préfrontal gauche ?
Ce travail ne permet pas de le dire. Il rapporte, sur quatre essais et par comparaison indirecte, un rapport de cotes de 0,35 avec un intervalle de confiance allant de 0,04 à 3,46 et un p à 0,356. Une estimation aussi imprécise est compatible avec un effet défavorable comme avec un effet favorable modéré. À noter que la basse fréquence appliquée à droite, sa cible habituelle, fait pour sa part significativement mieux que la stimulation simulée dans ce même réseau.
Pourquoi ne pas orienter les patients vers la technique classée première ?
Parce que ce rang repose sur deux essais et 42 patients au total, avec un intervalle allant de 1,35 à 38,47. Une estimation ponctuelle élevée fondée sur très peu de données produit exactement ce type de rang, et l’histoire des dispositifs médicaux comporte beaucoup de premiers rangs qui n’ont pas résisté à la réplication. Les auteurs recommandent eux-mêmes la prudence sur ce point.
Ce classement s’applique-t-il aux dépressions bipolaires ?
Les épisodes dépressifs inclus relèvent du trouble dépressif caractérisé comme du trouble bipolaire, regroupés sous le terme d’épisode dépressif, et la publication ne fournit pas de hiérarchie séparée par diagnostic. La proportion respective des deux populations n’est pas rapportée dans le texte de l’article. La question du virage maniaque n’est pas traitée par cette synthèse.
Une méta-analyse en réseau vaut-elle un essai comparatif direct ?
Non. Elle produit des comparaisons que personne n’a réalisées, sous une hypothèse de similarité entre essais. C’est un instrument précieux pour hiérarchiser des hypothèses. Une supériorité entre deux protocoles actifs reste à démontrer par un essai qui les oppose directement.
Que dit ce travail de la tolérance et des effets indésirables ?
La tolérance est l’un des deux critères principaux, mesurée par le taux d’arrêt toutes causes sur les 272 bras du réseau, et aucune stratégie active ne s’écarte de la stimulation simulée. C’est une information utile, mais partielle : un patient peut supporter des céphalées ou un inconfort local sans interrompre son traitement, et ce critère ne les compte pas. La rémission, elle, n’est disponible que dans 58 essais sur 129.
Ce travail dit-il quelque chose de la cognition ?
Peu de chose, et les auteurs le présentent comme une observation exploratoire. Cinq essais seulement du réseau ont évalué des domaines cognitifs, principalement les fonctions exécutives et la mémoire de travail, avec des critères hétérogènes. Aucun classement des techniques sur ce plan n’est possible à partir de ces données.
Bibliographie commentée
Wang P, Gao Y, Li H, Tian J, Chai S, Zhou Z, Huang X, Bao W, Hu X, Zhang L, Xing H, Li B, Gong Q, Huang X. Comparison of multiple non-invasive neuromodulation strategies for depressive episodes in major depressive disorder and bipolar disorder: A systematic review and network meta-analysis of randomized controlled trials. Psychiatry and Clinical Neurosciences 2026 ; 80 (2) : 106-120, mise en ligne le 11 novembre 2025. DOI 10.1111/pcn.13918 · PMID 41217021.
Source unique de cette analyse. Revue systématique et méta-analyse en réseau à effets aléatoires, modèle fréquentiste, de 129 essais contrôlés randomisés, 272 bras et 7 667 patients, quatorze stratégies de neuromodulation non invasive comparées entre elles et à la stimulation simulée, avec classement par SUCRA et analyses stratifiées sur la résistance et sur le cadre d’administration. Financement public chinois, aucun intérêt concurrent déclaré.
Mutz J, Vipulananthan V, Carter B, Hurlemann R, Fu CHY, Young AH. Comparative efficacy and acceptability of non-surgical brain stimulation for the acute treatment of major depressive episodes in adults: systematic review and network meta-analysis. BMJ 2019 ; 364 : l1079.
Référence relevée dans la bibliographie de la publication analysée, où elle sert de point de comparaison : synthèse en réseau antérieure, centrée sur l’électroconvulsivothérapie et ne comportant pas les ultrasons focalisés. Citation reproduite telle qu’imprimée par les auteurs, l’article lui-même n’a pas été consulté pour cette analyse.
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