Publié le 13 août 2026, mis à jour le 16 septembre 2026
TSPT et TSPT complexe : que disent 54 revues systématiques sur les traitements ?
L’essentiel
Deux psychiatres du University College London ont rassemblé 54 revues systématiques et méta-analyses consacrées au traitement du trouble de stress post-traumatique et de sa forme complexe, retenues parmi 298 articles, puis en ont fait une synthèse narrative. Le message principal ne surprendra personne : les psychothérapies centrées sur le trauma, thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trauma et EMDR, restent en première intention, et ce sont elles qui présentent les tailles d’effet les plus fortes parmi les revues rassemblées. Ces magnitudes sont qualitatives : la publication ne donne aucune valeur chiffrée de taille d’effet, ne met aucun résultat en commun, et n’applique ni outil d’évaluation de la qualité des revues, ni cotation de la confiance dans les preuves. Sur les interventions plus récentes, le tableau est moins net qu’on ne le lit ailleurs. Les cinq revues consacrées à la MDMA rapportent des effets modérés à grands, avec une certitude jugée très faible, des problèmes d’insu, un biais de publication et des effets indésirables notables ; l’agence américaine du médicament a refusé le dossier en 2024. Pour la kétamine, quatre revues sur cinq rapportent des réductions significatives, le plus souvent mesurées vingt-quatre heures après administration. Pour le cannabis, trois revues suggèrent une réduction des symptômes, sur des preuves de sécurité et d’efficacité limitées. Le chiffre le plus utile en consultation est peut-être ailleurs : l’abandon en cours de traitement, 16 % dans une méta-analyse de 115 essais randomisés, 20,9 % dans une autre portant sur 85 essais. Deux limites pèsent pour un lecteur français : les revues centrées sur les militaires et sur les réfugiés sont exclues, et la recherche n’a couvert que trois bases, PubMed, Medline et la Cochrane Library.
Le contexte
La question arrive en consultation sous deux formes. La première vient du praticien : un patient présente un tableau post-traumatique installé, souvent après des violences répétées dans l’enfance, avec les perturbations du soi et des relations que la CIM-11 a regroupées sous le terme de trouble de stress post-traumatique complexe. Faut-il traiter ce patient comme les autres, ou lui proposer autre chose ? La seconde vient du patient lui-même, qui a lu quelque part que la MDMA guérissait le trauma, ou qui demande si la kétamine, dont il a entendu parler pour la dépression, pourrait l’aider.
Les recommandations britanniques du National Institute for Health and Care Excellence datent de 2018 et reposent sur les données disponibles à cette date. Depuis, la littérature a surtout produit des revues systématiques, parfois sur les mêmes essais, avec des conclusions qui ne se recoupent pas toujours. Un travail qui prend ces revues comme unité d’analyse répond donc à un besoin réel : savoir ce qui converge et ce qui reste discuté, sans relire cinquante méta-analyses. Encore faut-il ne pas lui demander ce qu’il ne fait pas.
Ce que ce travail mesure
Il s’agit d’une revue de revues. L’unité d’analyse n’est pas le patient ni l’essai, mais la revue systématique. Sur 298 articles issus des recherches initiales, 54 ont été retenus après sélection. La synthèse est narrative : les auteurs décrivent, comparent et discutent, ils n’agrègent pas. Aucun résultat commun n’est calculé, aucune hétérogénéité n’est estimée à ce niveau, aucun classement des interventions n’est produit.
Ce que ce format apporte : une vue d’ensemble cohérente sur un champ devenu illisible, et une lecture des controverses en cours, notamment celle de la stabilisation préalable avant le travail sur le trauma, que la révision des recommandations de l’International Society for Traumatic Stress Studies a rouverte. Ce qu’il n’apporte pas : une estimation propre de la taille d’effet, une évaluation formelle de la qualité des revues rassemblées, une cotation de la confiance dans les preuves. La distinction est importante et l’article s’y tient : quand une comparaison directe entre deux psychothérapies est rapportée ici, elle vient d’une revue incluse, pas d’un calcul réalisé par les auteurs. Chaque chiffre cité ci-dessous porte les limites de la revue dont il provient, pas la solidité d’une synthèse quantitative.
L’étude en un coup d’œil
| Population, intervention, comparateur, critère, design | |
|---|---|
| Population | |
| PLes critères portent sur les revues, non sur les patients. Sont incluses les revues systématiques consacrées au traitement du trouble de stress post-traumatique et de sa forme complexe chez l’adulte en âge de travailler. Sont exclues les revues centrées uniquement ou principalement sur l’enfant ou le sujet âgé, sur une population spécifique, militaires d’active ou vétérans, réfugiés et demandeurs d’asile, ou sur des comorbidités importantes telles que trouble post-traumatique et psychose, ou trouble post-traumatique et pathologie somatique. | |
| Intervention | |
| IToutes les interventions psychologiques, sociales, pharmacologiques, physiologiques et physiques. Le texte couvre les psychothérapies individuelles, de groupe, de couple et de famille, les modalités numériques, à distance, intensives et en réalité virtuelle, la pharmacothérapie, la stimulation cérébrale non invasive, l’électroconvulsivothérapie, le neurofeedback, l’exercice physique et les approches corps-esprit, ainsi que la MDMA, la kétamine et les cannabinoïdes. | |
| Comparateur | |
| CAucune comparaison n’est calculée par ce travail. Les comparaisons rapportées sont celles des revues incluses, dont deux revues de comparaison directe entre EMDR et thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trauma. | |
| Critère | |
| OEfficacité sur les symptômes post-traumatiques, tolérance, et taux d’abandon. Les critères varient d’une revue à l’autre, ce qui limite la mise en regard. | |
| Design | |
| DRevue de revues, synthèse narrative de 54 revues systématiques ou méta-analyses publiées au cours des cinq années précédentes, retenues parmi 298 articles. Les auteurs ne revendiquent aucun niveau de preuve, et ce format ne correspond à aucun rang des échelles usuelles, qui réservent leur premier rang aux revues systématiques d’essais randomisés homogènes avec mise en commun quantitative. | |
| Recherche bibliographique | |
| SourcesPubMed, Medline et la Cochrane Library, recherches closes le 25 juillet 2024, publications en anglais, listes de références des articles inclus parcourues à la main. Ni Embase ni PsycINFO ne figurent parmi les bases interrogées. |
Le contrôle de qualité
| Élément | Jugement |
|---|---|
| Question et champ définis | Clairs |
| ConstatLe périmètre est explicite : traitements du trouble post-traumatique et de sa forme complexe chez l’adulte en âge de travailler, débats inclus. | |
| Étendue de la recherche | Trois bases seulement |
| ConstatNi PsycINFO ni Embase n’ont été interrogées, ce qui est gênant pour un sujet à forte composante psychothérapique. Les auteurs reconnaissent eux-mêmes avoir pu manquer des revues pertinentes. Le risque n’est pas théorique : des revues utiles ont pu ne jamais entrer dans le corpus. | |
| Critères d’inclusion et d’exclusion | Énoncés explicitement |
| ConstatLes critères sont posés dans la méthodologie, la stratégie de recherche complète et un tableau décrivant les 54 revues incluses figurent en matériel supplémentaire. Ce qui manque est le diagramme de flux : le passage de 298 articles à 54 n’est pas décomposé par motif d’exclusion. | |
| Évaluation formelle de la qualité des revues | Absente |
| ConstatAucun outil standardisé n’est appliqué aux revues incluses. Les auteurs commentent la qualité au fil du texte, mais une revue solide et une revue faible entrent avec le même poids dans la synthèse. | |
| Cotation du niveau de preuve | Aucune |
| ConstatLes seules cotations de certitude citées sont celles produites par les revues incluses, par exemple une certitude « très faible » pour la kétamine en monothérapie. Le lecteur doit reconstituer lui-même la confiance, intervention par intervention. | |
| Mise en commun quantitative | Non réalisée |
| ConstatChoix assumé d’une synthèse narrative. Cohérent avec l’hétérogénéité des revues incluses, mais il interdit toute estimation propre et toute hiérarchie chiffrée. | |
| Recouvrement entre revues incluses | Non rapporté |
| ConstatRien n’indique dans quelle mesure les 54 revues reposent sur les mêmes essais primaires. C’est le talon d’Achille du format : un même essai compté dix fois donne une impression de convergence qui n’en est pas une. | |
| Hétérogénéité et biais de publication | Hors du calcul |
| ConstatCe travail n’agrégeant rien, il ne produit ni statistique d’hétérogénéité ni test de biais de publication. Il en rapporte en revanche chez les autres : biais de publication signalé par les revues consacrées à la MDMA, forte hétérogénéité entre analyses pour la kétamine. | |
| Financement et liens d’intérêts | Aucun déclaré |
| ConstatLa publication porte deux déclarations explicites, aucun conflit d’intérêts déclaré et aucun financement déclaré. Les deux auteurs relèvent de la Division of Psychiatry du University College London. | |
Les résultats
| Intervention | Ce qui est rapporté |
|---|---|
| Psychothérapies centrées sur le trauma, TF-CBT et EMDR | Efficacité confirmée, et les tailles d’effet les plus fortes du panorama |
| LecturePosition de première ligne confirmée, avec des données de coût-efficacité. La thérapie de traitement cognitif, la thérapie cognitive et l’exposition prolongée sont décrites comme efficaces, avec de grandes tailles d’effet et de bons résultats à long terme ; l’EMDR et la thérapie d’exposition narrative sont également soutenues. Aucune valeur chiffrée de taille d’effet n’est publiée dans ce travail : les magnitudes y sont exclusivement qualitatives. À l’inverse, les données restent insuffisantes pour le counselling de soutien, la thérapie interpersonnelle de groupe, la thérapie psychodynamique, la relaxation, la psychoéducation et la thérapie centrée sur le présent. | |
| Comparaisons directes entre EMDR et TF-CBT | Équivalence dans deux revues, sur huit puis quinze essais |
| LectureLa première revue, portant sur huit essais de comparaison directe, conclut à une efficacité équivalente sur les symptômes post-traumatiques ; trois études y montrent des scores de dépression plus bas et trois autres des scores d’anxiété plus bas dans le groupe EMDR en fin de traitement, sans différence à trois et à six mois. La seconde, sur quinze essais randomisés, ne trouve pas de différence significative sur la sévérité des symptômes ni sur l’abandon. Ces comparaisons directes restent rares : la plupart des essais primaires ont comparé la psychothérapie à une liste d’attente. | |
| TSPT complexe | Mêmes thérapies actives, avec un effet marqué sur le concept de soi |
| LectureUne revue et méta-analyse de 51 essais randomisés rapporte, chez les participants présentant un tableau complexe, l’efficacité de la TF-CBT, de l’exposition seule et de l’EMDR contre soins habituels, avec des effets décrits comme modérés-grands à grands sur le concept de soi négatif et modérés à modérés-grands sur les relations interpersonnelles. Ces magnitudes sont qualitatives, aucune valeur n’est chiffrée. Point important pour la lecture : peu d’essais rapportent des données sur la dysrégulation affective, troisième élément de la triade. Une méta-revue de 24 méta-analyses conclut à l’existence de preuves empiriques de bonne qualité dans cette population, tout en notant que la qualité des méta-analyses incluses est variable. | |
| Stabilisation préalable | Approche en phases efficace, parfois supérieure, mais effet propre de la phase 1 incertain |
| LectureLe débat vient du consensus d’experts publié en 2012, où 84 % de 50 cliniciens experts recommandaient une approche séquentielle en trois phases, stabilisation, traitement de la mémoire traumatique, réintégration. Ces recommandations ont depuis été révisées vers une approche personnalisée plutôt que systématiquement séquentielle. Les données rapportées ici ne sont pas neutres : une revue de 12 études conclut que les traitements en phases sont efficaces et, dans certains cas, significativement plus que les interventions en phase unique, l’effet de la phase 1 sur les résultats de la phase 2 restant mixte ; une méta-analyse en réseau de 116 études conclut que les interventions multicomposantes sont les plus efficaces après trauma complexe. La phase 3 reste le parent pauvre : une seule revue, portant sur 15 études de designs hétérogènes et de qualité globale basse, l’a examinée. Aucun critère permettant de sélectionner les patients qui bénéficieraient d’une phase de stabilisation n’est proposé. | |
| Pharmacothérapie | Effets faibles à moyens en monothérapie, inférieurs aux psychothérapies |
| LectureLes revues rassemblées convergent : effets faibles à moyens pour la monothérapie médicamenteuse, résultats mixtes en augmentation d’une psychothérapie, et supériorité des interventions psychologiques quand les deux sont comparées, en efficacité, en coût-efficacité et en durabilité du bénéfice, avec davantage d’effets indésirables du côté médicamenteux. Les recommandations britanniques ne placent pas le médicament en première intention et réservent un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine ou la venlafaxine au cas où le patient préfère cette option. Sur les molécules détournées d’autres indications, le bilan est maigre : rivastigmine, quatre études de design faible et aucune différence contre placebo dans l’essai randomisé ; prazosine, méta-analyse de six études avec un effet placebo important dans le plus grand essai et, pour les auteurs de cette revue, pas de différence de traitement évidente ; ocytocine intranasale, 14 essais randomisés, résultats mixtes et preuves jugées insuffisantes. Aucune revue systématique publiée ne porte sur la pharmacologie du trouble post-traumatique complexe. | |
| MDMA en psychothérapie assistée | Cinq revues, effets modérés à grands, certitude très faible, refus de la FDA en 2024 |
| LectureToutes les revues rapportent des tailles d’effet modérées à grandes sur la symptomatologie post-traumatique, et toutes signalent les mêmes limites : petits effectifs, problèmes d’insu, biais de publication, d’où une certitude jugée très faible. Toutes signalent aussi des effets indésirables graves, contractures musculaires, bruxisme, céphalées, anxiété, humeur basse, nausées, perte d’appétit. L’insu est pratiquement impossible avec une substance psychoactive de ce type, et le biais d’attentes des participants comme des thérapeutes n’est pas contrôlé ; un effet de nouveauté ne peut pas être écarté. En 2024, l’agence américaine du médicament a refusé l’approbation et demandé des essais supplémentaires répondant aux limites méthodologiques et aux préoccupations de sécurité. Ce refus porte sur un dossier, il ne démontre pas l’inefficacité du produit. | |
| Kétamine | Cinq revues, quatre positives, effet mesuré surtout à vingt-quatre heures |
| LectureQuatre des cinq revues rapportent des réductions statistiquement significatives sur les échelles de symptômes post-traumatiques, mais l’essentiel de ces effets est documenté vingt-quatre heures après administration, peu d’études mesurant l’impact à long terme. Une revue cote la certitude des preuves « très faible » pour la kétamine seule et « faible » en association à une psychothérapie. Les auteurs des revues signalent de petits échantillons et une forte hétérogénéité entre analyses, ainsi que des effets indésirables, bouche sèche, vertiges, vision trouble. Ni le nombre d’essais primaires ni leurs effectifs ne sont donnés dans cette synthèse, ce qui interdit d’apprécier soi-même la puissance disponible. | |
| Cannabinoïdes | Trois revues, réduction possible des symptômes, preuves de sécurité limitées |
| LectureLes trois revues, qui rassemblent des designs variés, indiquent que le cannabis médical peut réduire les symptômes post-traumatiques et l’anxiété et améliorer le sommeil. Leurs auteurs soulignent immédiatement la limite : les preuves de sécurité et d’efficacité sont actuellement limitées. Aucune comparaison au placebo n’est rapportée dans cette synthèse, ni aucune taille d’effet. Un signal existe donc, mais son niveau de certitude ne permet pas d’en faire une option à proposer. | |
| Modalités de délivrance | Numérique, télésoin, format intensif, réalité virtuelle |
| LectureC’est le vrai mouvement de ces cinq années. Les applications et interventions numériques sont faisables et acceptables, avec une efficacité inégale ; les thérapies délivrées par vidéo ou par téléphone montrent une efficacité comparable au présentiel, le présentiel restant préférable pour certains profils, notamment en cas de dépression comorbide. Les formats intensifs, sur une revue de 11 études, montrent un impact important sur les symptômes et un taux d’achèvement élevé. Trois revues soutiennent l’exposition en réalité virtuelle contre liste d’attente, mais avec des effets nettement plus petits face aux traitements actifs, une qualité d’études variable et une prédominance d’échantillons masculins et militaires. | |
| Abandon en cours de traitement | 16 % sur 115 essais, 20,9 % sur 85 essais |
| LectureDeux méta-analyses, deux estimations. La première, sur 115 essais randomisés de psychothérapies, donne un taux poolé de 16 %, avec un intervalle de confiance à 95 % de 14 à 18. La seconde, sur 85 essais de traitements recommandés par les recommandations, donne un taux moyen de 20,9 %, avec un intervalle de confiance à 95 % de 17,2 à 24,9. Les populations et les définitions de l’abandon diffèrent, ce qui explique une partie de l’écart. C’est le chiffre le plus directement transposable à une file active : une part non négligeable des patients ne termine pas ce qu’elle a commencé. | |
Lecture critique
| Domaine | Risque |
|---|---|
| Biais de sélection des sources | Préoccupation |
| ConstatTrois bases, sans PsycINFO ni Embase, et pas de diagramme de flux permettant de suivre les exclusions. Le corpus final est probablement incomplet dans le champ psychothérapique, ce que les auteurs reconnaissent. | |
| Qualité des unités incluses | Non évaluée |
| ConstatSans outil standardisé, la fiabilité de chaque revue n’entre pas dans la balance. Une conclusion partagée par de nombreuses revues faibles n’est pas plus solide qu’un résultat isolé issu d’une revue rigoureuse. | |
| Méthode de synthèse | Narrative |
| ConstatLe passage des revues au message final repose sur le jugement des auteurs. C’est défendable ici, mais cela introduit une part de subjectivité que ni une cotation de la confiance ni un calcul poolé ne viennent contenir. | |
| Ancienneté des données primaires | Reconnue |
| ConstatLimite soulevée par les auteurs eux-mêmes : la sélection porte sur des revues récentes, mais les essais qu’elles contiennent peuvent être anciens. Un panorama de revues n’est pas un panorama à jour des essais. Les travaux non encore repris dans une revue systématique sont, par construction, absents. | |
| Validité externe | Amputée |
| ConstatLes revues centrées sur les militaires, les vétérans, les réfugiés et les demandeurs d’asile sont exclues, de même que celles portant sur l’enfant, le sujet âgé ou des comorbidités importantes. Ce sont des populations parmi les plus concernées, et parmi celles où la réponse au traitement est réputée la plus difficile. En pratique française, cela retire du champ une partie des patients vus en consultation spécialisée, notamment en centre dédié aux victimes de violence et d’exil. Les auteurs le disent explicitement : les interventions décrites peuvent nécessiter une adaptation pour ces groupes. | |
| Adéquation entre les conclusions et les preuves | Proportionnée |
| ConstatC’est la vraie qualité de ce travail. Les auteurs ne surinterprètent ni la MDMA ni la kétamine, reprennent les réserves de chaque revue, reconnaissent les limites de leur méthode, et présentent les débats sans les trancher artificiellement. | |
| Indépendance | Aucun lien déclaré |
| ConstatAucun conflit d’intérêts et aucun financement déclarés, travail issu d’un département universitaire. Le biais d’allégeance reste possible dans un champ où les équipes sont souvent attachées à une modalité de psychothérapie, mais rien dans le texte ne le suggère. | |
Niveau de preuve
La confiance est élevée sur un point, et il est central : la place de première intention des psychothérapies centrées sur le trauma, EMDR compris, y compris dans les tableaux complexes. Ce résultat ne repose pas sur ce travail seul, il ressort de manière convergente des revues rassemblées, et deux revues de comparaison directe indiquent une équivalence entre EMDR et thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trauma. La confiance est également correcte sur un second point : le niveau de preuve des interventions psychoactives récentes, MDMA, kétamine et cannabinoïdes, reste trop faible pour en faire une option recommandable aujourd’hui. Cette formulation est celle qui convient. Il ne s’agit pas d’une absence de signal, puisque les revues rapportent des effets, mais d’une certitude cotée très faible à faible par ces mêmes revues, sur des essais aux effectifs réduits, avec des problèmes d’insu et un biais de publication.
La confiance est faible ailleurs. Sur l’ordre de grandeur des tailles d’effet, aucune valeur n’étant publiée ici et les magnitudes restant qualitatives. Sur toute hiérarchie fine entre psychothérapies, qui ne peut pas se déduire d’une synthèse narrative. Sur la conduite à tenir en matière de stabilisation préalable, où les revues rapportées penchent en faveur d’une approche en phases sans que l’effet propre de la phase de stabilisation soit établi ni qu’un critère de sélection des patients soit proposé. Et sur la transposition aux populations exclues, où l’absence de données ne doit pas être lue comme une équivalence. Le score scientifique tient compte de l’écart entre l’ampleur du corpus et la légèreté de son traitement méthodologique : ni évaluation de la qualité des revues, ni cotation de la confiance, ni analyse quantitative, ni décompte du recouvrement entre les revues incluses.
Le test du confrère
Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.
« Bon, ça ne change rien à ce que je fais : la TCC centrée sur le trauma et l’EMDR restent en première ligne, et ça vaut aussi pour les tableaux complexes. La MDMA, la FDA a dit non en 2024 et les revues cotent la certitude au plus bas, donc j’attends. La kétamine, un effet à vingt-quatre heures et rien de solide au-delà, c’est trop tôt pour en parler à quelqu’un. Le cannabis, un signal mais pas de quoi le proposer. Ce que je retiens vraiment, c’est l’abandon, un patient sur six dans un cas, un sur cinq dans l’autre. C’est là qu’il y a du travail, sur l’alliance, pas sur la molécule suivante. »
Traduction pour la pratique : la nouveauté thérapeutique ne déplace pas la ligne de traitement, mais elle occupe la conversation avec les patients. Autant préparer la réponse, et remettre l’énergie clinique sur le point où elle produit encore du résultat, la continuité du soin.
Ce que vous pouvez en faire
- Orienter en première intention vers une psychothérapie centrée sur le trauma ou l’EMDR, sans écarter le patient de cette voie au motif que son tableau est complexe. D’après les revues rassemblées, les perturbations du concept de soi et des relations répondent aussi à ces thérapies. Le point le moins documenté reste la dysrégulation affective, peu d’essais en rapportant les résultats.
- Traiter la stabilisation préalable comme une décision individuelle, pas comme une étape obligée. Les recommandations internationales révisées privilégient désormais une approche personnalisée plutôt que systématiquement séquentielle, et les revues disponibles soutiennent l’efficacité des approches en phases sans isoler l’apport propre de la stabilisation. En l’absence de critère de sélection validé, la discussion se fait patient par patient, et se documente dans le dossier.
- Anticiper l’abandon dès la première consultation. Avec 16 % d’arrêts dans une méta-analyse de 115 essais et 20,9 % dans une autre portant sur 85 essais, il vaut la peine de nommer d’emblée la difficulté des séances d’exposition, de convenir d’une conduite à tenir en cas de décrochage, et de reprendre contact plutôt que de constater une absence.
- Préparer une réponse courte sur la MDMA, la kétamine et le cannabis. Ce qui est démontré : rien qui atteigne un niveau de preuve suffisant pour proposer ces options dans cette indication. Ce qui est suggéré : des effets réels mais cotés très faibles à faibles, mesurés sur de petits effectifs, à vingt-quatre heures pour la kétamine, avec des problèmes d’insu et des effets indésirables pour la MDMA. Ce qui relève de l’opinion : tout le reste de ce que le patient a lu.
- Rappeler le cadre applicable en France, qui n’appartient pas au champ de cette synthèse. Éléments vérifiés le 13 août 2026. La kétamine injectable dispose d’une autorisation de mise sur le marché limitée à l’anesthésie, et le trouble de stress post-traumatique n’y figure pas ; un cadre de prescription compassionnelle a été ouvert le 9 mars 2026 pour deux spécialités de kétamine à 10 mg/mL dans le traitement des idées suicidaires sévères de l’adulte, indication distincte de celle discutée ici. Le cannabis à usage médical relève, depuis la fin de l’expérimentation le 31 décembre 2024, d’un cadre transitoire d’accès restreint, en dernière intention et sur prescription hospitalière initiale, et le trouble post-traumatique ne figure pas parmi les situations retenues. Aucune autorisation de mise sur le marché n’a été identifiée pour la MDMA dans cette indication. Un usage hors autorisation n’est pas librement licite : il suppose l’absence d’alternative appropriée disposant d’une autorisation. Ces cadres évoluent et se vérifient dans leur version en vigueur au moment de la décision.
Questions fréquentes
Le TSPT complexe demande-t-il un traitement différent du TSPT ?
D’après ce panorama, non, pas en première intention : les mêmes psychothérapies centrées sur le trauma agissent, y compris sur le concept de soi négatif et sur les relations interpersonnelles, avec des effets décrits comme modérés à grands selon la dimension considérée. Cela ne signifie pas que la prise en charge soit identique. Le nombre de séances, le rythme et le travail sur la relation ne sont pas documentés ici, aucune taille d’effet chiffrée n’est publiée, et la dysrégulation affective, troisième composante du tableau, reste peu étudiée.
Faut-il stabiliser un patient avant d’aborder le trauma ?
La question reste ouverte, mais elle n’est pas vierge de données. Les recommandations internationales de 2012, issues d’un consensus où 84 % de 50 cliniciens experts soutenaient une approche en trois phases, ont été révisées vers une approche personnalisée. Les revues rassemblées ici indiquent que les traitements en phases sont efficaces et, dans certains cas, plus que les interventions en phase unique, tandis que l’effet propre de la phase de stabilisation sur les résultats de la phase de traitement de la mémoire traumatique reste mixte. La position défendable est donc celle de la personnalisation : ni stabilisation systématique, qui retarde parfois indéfiniment le traitement actif, ni exposition immédiate chez un patient dont la sécurité n’est pas assurée. Aucun critère validé ne permet de trier entre les deux, c’est un jugement clinique.
Un patient me demande de la MDMA, de la kétamine ou du cannabis, que répondre ?
Que les données existent, qu’elles ont été prises au sérieux, et qu’elles ne suffisent pas. Pour la MDMA, cinq revues rapportent des effets modérés à grands, mais toutes signalent de petits effectifs, un insu pratiquement impossible avec une substance psychoactive de ce type, un biais de publication et des effets indésirables notables ; la certitude est cotée très faible et l’agence américaine a refusé le dossier en 2024. Pour la kétamine, quatre revues sur cinq rapportent une réduction significative des symptômes, mais l’essentiel de l’effet est mesuré vingt-quatre heures après administration, et une revue cote la certitude « très faible » en monothérapie. Pour le cannabis, trois revues suggèrent une réduction des symptômes, de l’anxiété, et une amélioration du sommeil, sur des preuves de sécurité et d’efficacité que leurs auteurs jugent limitées. En France, aucune de ces options ne relève de la prise en charge courante du trouble post-traumatique, et le cadre applicable, rappelé plus haut, se vérifie dans sa version en vigueur.
Pourquoi ce travail ne donne-t-il pas un classement des traitements ?
Parce qu’il n’agrège rien. C’est une synthèse narrative de 54 revues, sans mise en commun quantitative, sans évaluation formelle de la qualité des revues incluses et sans cotation de la confiance dans les preuves. Il décrit un paysage, il ne calcule pas de comparaison. Les seules comparaisons directes rapportées sont celles produites par les revues elles-mêmes, et elles concluent à l’équivalence entre EMDR et thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trauma. Un classement complet supposerait une méta-analyse en réseau sur les essais eux-mêmes, ce qui est un autre exercice.
Ces conclusions valent-elles pour un patient militaire ou réfugié ?
Pas directement : les revues centrées sur ces populations sont explicitement exclues du champ, au même titre que celles portant sur l’enfant, le sujet âgé ou des comorbidités importantes. C’est la limite la plus importante pour un lecteur français, puisqu’une partie des patients post-traumatiques suivis en France relèvent de parcours d’exil ou de violence collective. Les auteurs invitent d’ailleurs à se reporter aux revues dédiées à ces groupes. Il ne faut ni transposer les résultats sans réserve, ni en conclure que les traitements y sont moins efficaces : la question n’a pas été posée ici.
Bibliographie
Étude source. Billings J, Nicholls H. PTSD and complex PTSD, current treatments and debates: a review of reviews. British Medical Bulletin 2025 ; 156(1) : ldaf015. DOI 10.1093/bmb/ldaf015. PMID 41004137. Revue de revues, 54 revues systématiques ou méta-analyses, synthèse narrative. Apport : le panorama le plus large disponible sur les traitements du trouble de stress post-traumatique et de sa forme complexe, débats compris. Limites : pas de mise en commun quantitative, pas d’évaluation formelle de la qualité des revues incluses, pas de cotation de la confiance, aucune taille d’effet chiffrée, recouvrement entre revues non rapporté, trois bases interrogées, revues centrées sur les militaires et les réfugiés exclues.
Les deux estimations d’abandon citées. Lewis C, Roberts NP, Gibson S, Bisson JI. Dropout from psychological therapies for post-traumatic stress disorder (PTSD) in adults: systematic review and meta-analysis. European Journal of Psychotraumatology 2020 ; 11 : 1709709. DOI 10.1080/20008198.2019.1709709. Varker T, Jones KA, Arjmand HA, et al. Dropout from guideline-recommended psychological treatments for posttraumatic stress disorder: a systematic review and meta-analysis. Journal of Affective Disorders Reports 2021 ; 4 : 100093. DOI 10.1016/j.jadr.2021.100093.
Remarque de lecture. La numérotation des références 42 et 93 de la publication source est discordante : le texte renvoie à ces numéros pour deux travaux différents de ceux qui figurent en regard dans la liste. Les deux références d’abandon ci-dessus ont donc été identifiées et vérifiées indépendamment. Le support du résultat sur le trouble post-traumatique complexe est imprimé dans la publication avec une revue et une année qui ne concordent pas avec son objet ; il n’est pas cité ici tant que sa référence exacte n’est pas confirmée. Les recommandations sur le trouble complexe discutées dans le texte sont celles de l’International Society for Traumatic Stress Studies, consensus d’experts publié en 2012 puis document de position ultérieur, ce dernier cité dans la publication sous la seule forme d’un nom de fichier, sans année ni éditeur.
Ce qui a été consulté. Le titre publié, les auteurs, l’année, le volume, le numéro, la pagination, le DOI, le PMID, le financement, la déclaration de liens d’intérêts, ainsi que chaque chiffre et chaque affirmation méthodologique de cet article ont été vérifiés sur le texte intégral de la version publiée, complété par la notice de l’éditeur et l’enregistrement bibliographique du DOI, consultés le 13 août 2026. Le matériel supplémentaire de la publication, un tableau d’extraction décrivant les 54 revues incluses et la stratégie de recherche complète, n’a pas pu être consulté : le recouvrement entre revues incluses et le détail des exclusions n’ont donc pas été contrôlés à cette source. Les éléments réglementaires français ont été vérifiés le 13 août 2026 sur la base de données publique des médicaments et sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Cet article fait l’objet d’une double lecture indépendante avant mise en ligne.
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