Publié le 13 août 2026, mis à jour le 18 septembre 2026
Troubles du neurodéveloppement : le type d’activité physique compte-t-il plus que la quantité ?
L’essentiel
Cette méta-analyse en réseau réunit 31 essais randomisés, 66 bras et 1 403 enfants et adolescents de 5 à 17 ans présentant un trouble du neurodéveloppement. Elle compare quatre catégories d’activité physique, exercice aérobie, jeux vidéo actifs, exercice corps-esprit et activité physique multicomposante, à l’intérieur d’un réseau de sept nœuds qui comprend aussi trois comparateurs, techniques de relaxation, neurofeedback et soins habituels. L’exercice corps-esprit, c’est-à-dire yoga, qigong, tai-chi et interventions corporelles à composante méditative, ressort en tête sur l’attention avec une différence moyenne standardisée de 1,91 (IC 95 % 0,57 à 3,25) contre les soins habituels, devant les jeux vidéo actifs à 1,58 (IC 95 % 0,14 à 3,02). L’activité physique multicomposante, qui associe au moins deux types d’activité comme les sports de raquette, obtient 0,79 (IC 95 % 0,48 à 1,11) sur les fonctions exécutives. L’exercice aérobie n’atteint la signification statistique sur aucun des trois domaines cognitifs et il est moins bien accepté que les soins habituels. Dans le sous-groupe du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité, l’activité physique multicomposante est la seule modalité significative sur les trois domaines à la fois. Les réserves sont posées par les auteurs eux-mêmes : niveau de confiance très faible à faible sur l’ensemble des comparaisons, essais de petite taille, intervalles très larges et population composée à 83,2 % de garçons.
Le contexte
L’activité physique figure dans presque tous les plans de soin en pédopsychiatrie, et elle y figure souvent sous une forme vague : bouger davantage. La question posée ici est plus précise et plus utile en consultation. À temps d’exercice équivalent, un contenu qui demande de la coordination, de l’anticipation ou une attention soutenue produit-il autre chose qu’un contenu purement cardiovasculaire.
L’hypothèse sous-jacente est que la sollicitation cognitive pendant l’effort engage des circuits que l’effort seul n’engage pas. Elle est plausible et déjà discutée dans d’autres populations. Le travail la teste dans un réseau qui combine les comparaisons directes disponibles entre modalités et les comparaisons indirectes reconstruites par l’intermédiaire des comparateurs communs, ce qui permet de classer des interventions rarement opposées deux à deux dans un même essai.
L’étude en un coup d’œil
| Question, population, mesure | |
|---|---|
| Population | |
| Enfants et adolescents de 5 à 17 ans avec un trouble du neurodéveloppement diagnostiqué. Trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité dans 18 des 31 essais, également trouble du spectre de l’autisme, trouble développemental de la coordination et trouble spécifique des apprentissages. 1 403 participants, âge moyen 10,0 ± 1,9 ans, 83,2 % de garçons. | |
| Interventions | |
| Quatre catégories d’activité physique : exercice aérobie, jeux vidéo actifs, exercice corps-esprit (yoga, qigong, tai-chi, interventions corporelles à composante méditative) et activité physique multicomposante (association d’au moins deux types d’activité, par exemple les sports de raquette). L’activité physique multicomposante est la modalité la plus représentée, dans 19 essais. Doses et durées variables d’un essai à l’autre. | |
| Comparateurs | |
| Trois nœuds comparateurs : soins habituels (absence de traitement, liste d’attente ou activités non classables dans les autres nœuds, par exemple des activités éducatives), techniques de relaxation et neurofeedback. Les estimations reprises ici sont celles rapportées contre les soins habituels. | |
| Critères | |
| Critères principaux : trois domaines cognitifs mesurés immédiatement après l’intervention, attention, mémoire et fonctions exécutives. Critère secondaire : acceptabilité, définie comme la proportion de participants ayant terminé le traitement assigné. Aucun critère comportemental ni aucune mesure de vitesse de traitement ne sont analysés. | |
| Design | |
| Revue systématique et méta-analyse en réseau fréquentiste, 31 essais randomisés, 66 bras, recherche dans sept bases de données jusqu’au 4 septembre 2023, différences moyennes standardisées, modèles à effets aléatoires, classement par la surface sous la courbe de rangs cumulés, gradation du niveau de confiance par le cadre CINeMA, protocole enregistré sur PROSPERO (CRD42023409606). |
Le contrôle de qualité
| Point contrôlé | Jugement |
|---|---|
| Protocole enregistré avant analyse | Oui, PROSPERO CRD42023409606 |
| ConstatConduite déclarée selon la déclaration PRISMA et son extension aux méta-analyses en réseau. Transitivité examinée, cohérence globale et locale testées, analyses de sensibilité, méta-régressions et analyses en sous-groupes conduites. | |
| Niveau de confiance des résultats | Très faible à faible |
| ConstatGradation CINeMA défavorable pour l’attention, la mémoire et les fonctions exécutives. Les auteurs indiquent que la dégradation tient d’abord au risque de biais intra-essai, à l’imprécision et à l’hétérogénéité. Les estimations ponctuelles, même élevées, restent incertaines. | |
| Risque de biais des essais inclus | Modéré pour 26 essais |
| ConstatVingt-six essais sont classés en préoccupations modérées et cinq à risque élevé. Les auteurs citent le caractère ouvert des essais, des évaluateurs non aveugles et une gestion imparfaite des données manquantes. L’aveugle des participants est de toute façon impossible dans ce type d’intervention. Le détail domaine par domaine figure dans un fichier supplémentaire non joint au texte consulté. | |
| Densité du réseau | Réseau peu dense |
| ConstatLes auteurs signalent eux-mêmes des réseaux faiblement connectés et des estimations sous-puissantes pour détecter certaines différences. Le réseau de l’attention repose sur 10 essais et 441 participants, celui de la mémoire sur 11 essais et 484 participants, celui des fonctions exécutives sur 26 essais et 1 003 participants. | |
| Composition de l’échantillon | 83,2 % de garçons |
| ConstatLa transposition aux filles n’est pas soutenue par les données, et les auteurs le reconnaissent. La section des limites de la publication mentionne une proportion de garçons de 79,9 %, différente des 83,2 % rapportés dans les résultats, sans que l’écart soit expliqué. Attribuer ce déséquilibre au sous-diagnostic féminin relève de l’opinion et ne figure pas dans la publication. | |
| Origine géographique des essais | Douze pays et régions |
| ConstatLes essais viennent d’Iran, de Taïwan, de Hong Kong, de Corée du Sud, de Chine, de Suisse, d’Italie, des Pays-Bas, des États-Unis, du Brésil, de Tunisie et d’Égypte. Le recrutement n’est donc pas issu d’un contexte culturel unique, mais aucun essai n’a été conduit en France et les modalités d’encadrement scolaire et sportif diffèrent d’un pays à l’autre. | |
| Hétérogénéité | Modérée, τ² de 0,08 à 0,68 |
| ConstatLes auteurs qualifient eux-mêmes cette hétérogénéité de modérée. Les batteries cognitives varient fortement d’un essai à l’autre, ce qui pèse sur l’agrégation par domaine. Une asymétrie du graphique en entonnoir et le test d’Egger suggèrent un biais de publication pour les fonctions exécutives, pas pour l’attention ni pour la mémoire. | |
Les résultats
| Résultat | Valeur |
|---|---|
| Exercice corps-esprit, attention | 1,91 (IC 95 % 0,57 à 3,25) |
| LectureEffet le plus important du réseau et premier rang de classement, surface sous la courbe de rangs cumulés à 83,4 %. L’intervalle est très large. Une taille d’effet de cette ampleur dans un domaine cognitif appelle par elle-même la prudence. | |
| Jeux vidéo actifs, attention | 1,58 (IC 95 % 0,14 à 3,02) |
| LectureRésultat significatif, mais dont la borne basse frôle zéro. Dans le sous-groupe du trouble déficitaire de l’attention, cette supériorité sur les soins habituels n’est plus retrouvée, ni pour l’attention ni pour la mémoire. | |
| Jeux vidéo actifs, mémoire | 0,97 (IC 95 % 0,10 à 1,84) |
| LectureSeule comparaison significative contre les soins habituels sur la mémoire quand tous les troubles sont réunis, avec le meilleur rang de classement sur ce domaine, 88,0 %. | |
| Activité physique multicomposante, fonctions exécutives | 0,79 (IC 95 % 0,48 à 1,11) |
| LectureEffet plus modeste et estimation la plus précise du réseau. Sur ce même domaine, les jeux vidéo actifs, 0,94 (IC 95 % 0,42 à 1,45), et l’exercice corps-esprit, 0,92 (IC 95 % 0,21 à 1,62), sont eux aussi supérieurs aux soins habituels. | |
| Exercice aérobie | Aucune différence significative sur les trois domaines |
| LectureAttention 0,76 (IC 95 % -0,46 à 1,99), mémoire 0,01 (IC 95 % -0,68 à 0,69), fonctions exécutives 0,15 (IC 95 % -0,39 à 0,70). Il s’agit d’une absence de différence détectée, non d’une démonstration d’absence d’effet, dans un réseau que les auteurs décrivent comme sous-puissant. Deux modalités font toutefois significativement mieux que l’exercice aérobie sur les fonctions exécutives, les jeux vidéo actifs, 0,78 (IC 95 % 0,12 à 1,45), et l’activité physique multicomposante, 0,64 (IC 95 % 0,11 à 1,18). | |
| Sous-groupe trouble déficitaire de l’attention | Activité physique multicomposante significative sur les trois domaines |
| LectureAttention 1,87 (IC 95 % 0,61 à 3,14), mémoire 0,81 (IC 95 % 0,24 à 1,38), fonctions exécutives comprises dans un ensemble de différences allant de 0,57 à 1,82. L’exercice corps-esprit est significatif sur l’attention, 2,00 (IC 95 % 0,89 à 3,10), et sur les fonctions exécutives, mais pas sur la mémoire. Ces estimations proviennent de fichiers supplémentaires non joints au texte consulté et sont reprises telles que les auteurs les citent dans le corps de l’article. | |
| Acceptabilité | Exercice aérobie moins bien accepté que les soins habituels |
| LectureRapport de cotes 0,38 (IC 95 % 0,15 à 0,97). Aucune différence d’abandon n’est observée entre les autres modalités et les soins habituels. Le seul signal défavorable du travail porte donc sur l’adhésion à l’exercice aérobie isolé, pas sur sa tolérance. | |
Lecture critique
| Domaine | Jugement |
|---|---|
| Cohérence entre méthode et conclusion | Respectée |
| ConstatLes auteurs affichent eux-mêmes le faible niveau de confiance de leurs résultats, écrivent que leurs données suggèrent une efficacité sans la présenter comme établie, et appellent des essais en comparaison directe. La tentation de reprendre les tailles d’effet sans cette mention vient du lecteur, pas de la source. | |
| Ampleur des effets sur l’attention | Peu vraisemblable |
| ConstatOpinion de la rédaction : une différence standardisée proche de deux sur l’attention dépasse ce que produisent la plupart des interventions comportementales documentées. Les essais concernés sont de petite taille et l’évaluation n’y est pas systématiquement en aveugle, ce qui suffit à expliquer une partie de l’amplitude observée. | |
| Cohérence du réseau | Aucune incohérence détectée |
| ConstatLa cohérence globale et la cohérence locale ont été testées sans mettre en évidence de discordance entre preuve directe et preuve indirecte. Ce test a toutefois une faible puissance dans un réseau peu dense : il ne démontre pas l’absence de discordance. | |
| Portée clinique du critère | Intermédiaire |
| ConstatLes tests cognitifs sont des mesures intermédiaires, relevées immédiatement après l’intervention. Aucun critère de scolarité, d’autonomie ou de qualité de vie n’est évalué et aucun suivi à distance n’est rapporté. | |
| Balance bénéfice risque | Favorable |
| ConstatOpinion de la rédaction : les interventions étudiées sont peu risquées et ont un intérêt propre. L’incertitude sur l’ampleur cognitive ne constitue pas un argument pour s’en priver, à condition de ne rien promettre sur le versant cognitif. | |
Niveau de preuve
Méta-analyse en réseau d’essais randomisés, niveau 1a sur l’échelle d’Oxford pour le rang du design. Ce rang ne doit pas masquer la gradation, très faible à faible, que les auteurs appliquent eux-mêmes à l’ensemble de leurs comparaisons. Ce qui est démontré tient à deux comparaisons directes et significatives sur les fonctions exécutives : les jeux vidéo actifs et l’activité physique multicomposante font mieux que l’exercice aérobie isolé. Ce qui est suggéré, avec un niveau de confiance très faible à faible, est le classement entre modalités et toute valeur chiffrée. Relève de l’opinion d’expert l’idée que la sollicitation cognitive pendant l’effort explique cet écart, ainsi que la transposition à une fille suivie en France, qu’aucune donnée de ce travail ne soutient.
Le test du confrère
Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.
« Une taille d’effet de 1,91 sur l’attention avec un intervalle qui va de 0,57 à 3,25, dans des essais où personne ne peut être en aveugle, je n’y crois pas telle quelle. Mais l’idée que courir en rond n’apporte pas la même chose qu’une activité qui demande de réfléchir, ça, je veux bien la retenir. »
Traduction pour la pratique : orienter le conseil d’activité vers un contenu qui sollicite la coordination, l’anticipation ou l’attention plutôt que vers le seul volume d’effort, sans promettre de gain cognitif chiffré.
Ce que vous pouvez en faire
- Quand vous conseillez une activité, préciser le contenu et pas seulement la fréquence : sports de raquette, arts martiaux, jeux de ballon, parcours moteurs ou pratiques corps-esprit, plutôt que course seule. Ce sont les contenus que rassemblent les essais les mieux classés.
- Ne pas présenter cette activité comme un traitement du trouble ni comme une alternative à la prise en charge en place. Rien ici ne soutient une telle substitution, aucun essai n’ayant comparé l’activité physique à un traitement médicamenteux.
- Annoncer l’incertitude à la famille : la direction du résultat est plausible, l’ampleur ne l’est pas. Une promesse chiffrée serait démentie par la largeur des intervalles de confiance eux-mêmes.
- Tenir compte de ce que la famille peut réellement mettre en place. Dans ce travail, la seule modalité moins bien acceptée que les soins habituels est l’exercice aérobie isolé, ce qui rejoint l’observation clinique sur la monotonie de ce type de proposition.
- Chez une fille, considérer que la question reste ouverte, l’échantillon étant très majoritairement masculin.
Questions fréquentes
L’activité physique peut-elle remplacer un traitement médicamenteux dans le TDAH ?
Cette étude ne le teste pas et ne permet pas de l’affirmer. Les essais combinant activité physique et traitement médicamenteux ou psychologique ont d’ailleurs été exclus. Le travail compare des modalités d’activité entre elles, à des techniques de relaxation, à du neurofeedback et à des soins habituels.
Pourquoi l’exercice aérobie seul ne ressort-il pas ?
Aucune différence significative n’est détectée contre les soins habituels sur l’attention, la mémoire ou les fonctions exécutives. Cela peut refléter une absence d’effet, un manque de puissance ou une mesure inadaptée, et l’étude ne permet pas de trancher. En revanche, deux autres modalités lui sont significativement supérieures sur les fonctions exécutives, ce qui est un résultat positif de comparaison, pas une simple absence.
Les jeux vidéo actifs sont-ils vraiment utiles ?
Le signal existe sur l’attention, la mémoire et les fonctions exécutives quand tous les troubles sont réunis, avec un niveau de confiance très faible à faible. Il disparaît pour l’attention et la mémoire dès que l’analyse se restreint au trouble déficitaire de l’attention. À proposer comme une option, pas comme une recommandation.
Une différence standardisée de 1,91, est-ce beaucoup ?
Ce serait considérable, une valeur de 0,8 étant déjà qualifiée de grande dans la convention utilisée par les auteurs. C’est précisément ce qui justifie la prudence, d’autant que l’intervalle de confiance associé va de 0,57 à 3,25. De telles valeurs proviennent souvent d’essais de petite taille sans évaluation en aveugle.
Ces résultats sont-ils applicables en France ?
Avec réserve. Cinq essais ont été conduits en Europe, en Suisse, en Italie et aux Pays-Bas, mais aucun en France, et la majorité des essais viennent d’Asie et du Moyen-Orient. Le contexte scolaire, l’encadrement et les habitudes d’activité diffèrent.
Bibliographie commentée
Étude source. Tao R, Yang Y, Wilson M, Chang JR, Liu C, Sit CHP. Comparative effectiveness of physical activity interventions on cognitive functions in children and adolescents with Neurodevelopmental Disorders: a systematic review and network meta-analysis of randomized controlled trials. International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 2025;22(1):6. DOI 10.1186/s12966-024-01702-7. PMID 39806448.
Enregistrement du protocole. PROSPERO, CRD42023409606.
Financement. Travail soutenu par le Research Grants Council de Hong Kong, General Research Fund (14612122) et Research Impact Fund (R4035-22F).
Liens d’intérêts. Le professeur Cindy H. P. Sit est membre du comité de rédaction de l’International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity et n’a participé ni à l’évaluation par les pairs ni aux décisions concernant ce manuscrit. Les auteurs déclarent n’avoir aucun autre lien d’intérêts.
Ce qui a été consulté. Vérification effectuée sur le texte intégral de la publication, tableaux 1 à 5 et figures 1 et 2 compris, ainsi que sur les sections financement, liens d’intérêts et références. La notice bibliographique, DOI et PMID, a été confrontée à l’enregistrement PubMed. Les seize fichiers supplémentaires cités par les auteurs, dont la stratégie de recherche, l’évaluation du risque de biais essai par essai, les classements par surface sous la courbe et les résultats par type de trouble, ne figurent pas dans le document consulté, qui n’en contient que le lien de téléchargement : les chiffres issus de ces fichiers sont ici repris uniquement tels que les auteurs les citent dans le corps de l’article et n’ont pas pu être contrôlés à la source. Article soumis à une double lecture indépendante.
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