Publié le 13 août 2026, mis à jour le 19 septembre 2026

Analyse · TDAH · Méthodologie

Dans le TDAH de l’enfant, le type d’activité physique change-t-il le bénéfice cognitif ?

▬ Publication Frontiers in Psychiatry · 2026 ; 17 : 1824121 · Chen C. et al. DOI 10.3389/fpsyt.2026.1824121 PMID 42422527 Scientifique 66 Éditorial 73

L’essentiel

Vingt et un essais randomisés, 915 enfants avec un TDAH : les programmes d’activité physique améliorent les performances aux tests de fonctions exécutives par rapport à des groupes témoins le plus souvent laissés sans activité encadrée. L’effet le plus marqué concerne le contrôle inhibiteur après des activités que les auteurs qualifient d’ouvertes, avec un effet standardisé de 0,75. Les activités dites fermées devancent les ouvertes sur la flexibilité cognitive et sur la mémoire de travail, avec des effets plus modestes, 0,61 et 0,45. Le message pratique qui circule à partir de ce travail, à savoir qu’à chaque difficulté correspondrait un sport, ne résiste pas à l’examen du dispositif : aucun enfant n’a été tiré au sort entre le judo et la corde à sauter. Les modalités sont comparées entre sous-groupes d’essais différents, chacun opposé à sa propre condition témoin, et aucun test de différence entre sous-groupes n’est rapporté. Enfin, les critères de jugement sont des performances à des tests cognitifs, non des symptômes de TDAH ni un retentissement scolaire. Ce qui est solide ici, c’est le signal général en faveur d’une activité régulière. Ce qui ne l’est pas, c’est la hiérarchie entre disciplines.

Le contexte

La question arrive en consultation par les parents, presque toujours dans les mêmes termes : « on nous a dit de le mettre au sport, lequel ? ». La demande est légitime. L’activité physique est accessible, peu coûteuse, sans effet indésirable notable quand elle est adaptée, et elle est recommandée à tous les enfants indépendamment du TDAH. Elle est aussi, pour certaines familles, une façon d’aborder la prise en charge sans passer d’emblée par le médicament.

Jusqu’ici, la littérature soutenait un énoncé général : bouger améliore certaines performances cognitives chez l’enfant avec un TDAH. Le travail analysé ici tente d’aller plus loin en classant les activités selon leur caractère prévisible ou non, et en regardant si cette classification prédit le domaine exécutif amélioré. C’est cette promesse de différenciation qui fait l’intérêt de l’article, et c’est elle qui demande le plus de prudence.

Le mécanisme

Ce que suppose la distinction entre activités ouvertes et fermées

L’hypothèse est cognitive avant d’être biologique. Une activité dite ouverte se déroule dans un environnement changeant, imprévisible, qui oblige l’enfant à inhiber une réponse préparée, à réorienter son attention et à décider vite. Une activité dite fermée se déroule dans un environnement stable, sur un geste répété et auto-rythmé. On postule que la première sollicite davantage le contrôle exécutif en ligne, et que cette sollicitation répétée se transfère aux tests de laboratoire. C’est une hypothèse plausible. Elle n’est pas démontrée par ce travail, qui n’a mesuré ni la charge cognitive réelle des séances, ni le moindre médiateur.

Élément de l’hypothèseStatut dans ce travail
Sollicitation exécutive supposée par la modalitéPostulée, non testée
ConstatLa modalité est identifiée par le nom de la discipline, pas par une mesure de ce qu’elle demande à l’enfant. Deux séances portant la même étiquette peuvent avoir des exigences cognitives très différentes selon l’encadrement.
Frontière entre les deux catégoriesDéfinie par les auteurs
ConstatNeuf essais sont classés en activités fermées, exercice aérobie de type course, natation, corde à sauter et baduanjin, et douze en activités ouvertes, tennis de table, football, basket-ball, taekwondo, judo, patin en ligne, jeu structuré, exergaming et programme combiné. Le classement n’est pas stable à l’intérieur même de la publication : le tableau des caractéristiques range l’essai de football parmi les activités ouvertes et un essai d’exercice aérobie parmi les fermées, quand le texte des résultats fait l’inverse. Déplacer une discipline d’une catégorie à l’autre déplace l’effet attribué à la catégorie.
Dose : durée et intensitéApprochée par des sous-groupes
ConstatLes paramètres associés aux effets les plus nets, au moins six semaines et une intensité modérée à vigoureuse, proviennent de comparaisons entre sous-groupes d’essais et non d’une randomisation de la dose. Sur la flexibilité cognitive, les deux niveaux d’intensité donnent d’ailleurs exactement le même effet standardisé, 0,54.
Médiateurs biologiquesNon mesurés dans ce travail
ConstatLes seules données extraites des essais sont des performances aux tests exécutifs : aucune mesure de condition physique, d’imagerie ou de marqueur biologique. Les pistes dopaminergiques et le BDNF ne sont évoqués qu’en discussion, à partir d’autres travaux. Cette absence est une absence de mesure : elle ne dit rien, ni dans un sens ni dans l’autre, sur l’existence d’un médiateur.

L’étude en un coup d’œil

Ce que l’étude a fait
Population
DétailEnfants et adolescents de 6 à 18 ans porteurs d’un diagnostic clinique de TDAH, les moyennes d’âge des essais s’échelonnant de 7,7 à 14,5 ans. Ni la proportion d’enfants sous traitement médicamenteux, ni les sous-types de TDAH, ni la répartition par sexe ne sont analysés, les auteurs signalant eux-mêmes cette absence de stratification. Treize des vingt et un essais ont été conduits en Chine, les autres en Suisse, en Tunisie, aux États-Unis et en Iran.
Intervention
DétailProgrammes d’activité physique, tous de nature aérobie, classés par les auteurs en activités ouvertes et activités fermées, avec des sous-analyses opposant exercice aérobie isolé et programmes à composantes multiples, puis cinq familles de disciplines.
Comparateur
DétailConditions témoins hétérogènes : liste d’attente, absence d’intervention, activités sédentaires comme le visionnage de vidéos, mais aussi cours d’éducation physique habituels, ateliers d’art et jeux sportifs. Aucun essai n’oppose deux modalités d’activité physique entre elles, et aucune des conditions témoins décrites n’est un traitement médicamenteux.
Critères de jugement
DétailFonctions exécutives mesurées par tests, contrôle inhibiteur, flexibilité cognitive et mémoire de travail, au moyen de dix-huit instruments différents, agrégées en différences moyennes standardisées. Ni échelle de symptômes du TDAH, ni indicateur scolaire, ni mesure de fonctionnement quotidien.
Design et effectifs
DétailRevue systématique et méta-analyse de 21 essais randomisés, 915 enfants au total, soit moins de cinquante enfants par essai en moyenne. Les effectifs analysés diffèrent selon le domaine : 18 essais et 763 enfants pour le contrôle inhibiteur, 11 essais et 503 enfants pour la flexibilité cognitive, 13 essais et 578 enfants pour la mémoire de travail. Protocole enregistré sur PROSPERO (CRD420251080013), risque de biais évalué avec ROB 2, agrégation sous RevMan 5.4.
Sources bibliographiques
DétailSix bases interrogées jusqu’au 20 avril 2026 : PubMed, Cochrane Library, Embase, Web of Science, CNKI et Wanfang. Mille cinq cents références identifiées, 472 doublons retirés, 21 essais retenus. Recherche restreinte à l’anglais et au chinois, ce qui exclut les autres littératures.

Le contrôle de qualité

Point vérifiéJugement
Enregistrement du protocoleEnregistré, puis modifié
ConstatLe dépôt initial date du 24 juin 2025, avant la recherche documentaire, ce qui est le bon ordre. Mais l’enregistrement a été révisé le 14 mai 2026, après la clôture des recherches le 20 avril 2026, et cette révision a ajouté après coup le titre définitif, la restriction aux publications en anglais et en chinois et les bornes de date de recherche. Le protocole déposé annonçait par ailleurs qu’aucune synthèse quantitative n’était prévue : la méta-analyse publiée s’écarte donc de ce qui était enregistré.
Évaluation du risque de biaisUn seul essai à risque élevé
ConstatROB 2 est l’outil de référence pour les essais randomisés. Vingt-quatre pour cent des essais sont classés à faible risque, 71 % en préoccupations et 5 %, soit un essai, à risque élevé. Les réserves portent d’abord sur le processus de randomisation, rarement décrit. Aucune analyse de sensibilité n’exclut les essais les moins solides : la robustesse n’a été testée qu’en retirant les essais un à un.
Hétérogénéité entre essaisFaible à modérée, rapportée
ConstatContrairement à ce que laissait craindre la diversité des programmes, l’hétérogénéité est faible : I carré de 38 % pour le contrôle inhibiteur, 0 % pour la flexibilité cognitive, 23 % pour la mémoire de travail, avec un modèle à effets fixes dans les trois cas. Les auteurs qualifient pourtant de significative une hétérogénéité de 38 % et de modérée une hétérogénéité nulle, ce qui n’aide pas le lecteur. Certains sous-groupes restent très dispersés, jusqu’à 85 % pour les sports de ballon.
Certitude des preuvesAucune évaluation formelle
ConstatAucune gradation de la confiance de type GRADE n’accompagne les estimations. L’absence était annoncée : le protocole enregistré indiquait explicitement que la certitude des résultats ne serait pas évaluée. Le lecteur reçoit donc des chiffres sans le degré de confiance que les auteurs leur accordent.
Comparateur des essais inclusHétérogène, rarement actif
ConstatComparer un programme encadré à une liste d’attente ou à du visionnage de vidéos mesure l’ensemble du dispositif : l’exercice, mais aussi le temps d’adulte, le cadre, le groupe et l’attente des familles. Quelques essais ont toutefois offert au groupe témoin des cours d’éducation physique, des ateliers d’art ou des jeux sportifs, ce qui rend la condition de contrôle inégale d’un essai à l’autre et rend les effets moins directement comparables entre sous-groupes.
Indépendance et financementFinancement public déclaré
ConstatLe travail est financé par le Fonds national des sciences sociales de Chine, projet 23BTY078, et par un fonds de recherche de l’université Fudan. Les auteurs déclarent l’absence de relation commerciale ou financière constitutive d’un conflit d’intérêts, ce qui est cohérent avec un sujet non médicamenteux. L’enregistrement PROSPERO mentionnait à l’inverse une revue sans financement externe.

Les résultats

−0,75
Effet standardisé sur le contrôle inhibiteur pour les dix essais d’activités classées comme ouvertes, IC 95 % [−0,97 ; −0,52], p < 0,00001. Un effet de cette taille est important en recherche cognitive, mais il est obtenu sur des tests, face à des enfants le plus souvent sans activité encadrée, et dans des essais de petite taille.

Sur l’ensemble des essais, sans distinction de modalité, l’activité physique améliore les trois domaines exécutifs, avec une hétérogénéité faible.

Domaine exécutifEssaisEffet standardisé, IC 95 %I carré
Contrôle inhibiteur18−0,69 [−0,84 ; −0,54]38 %
Flexibilité cognitive11−0,53 [−0,71 ; −0,35]0 %
Mémoire de travail13−0,43 [−0,59 ; −0,26]23 %

Le classement des modalités qui a fait la réputation de ce travail apparaît quand on découpe ces mêmes essais en sous-groupes. Présentés côte à côte, les intervalles se recouvrent largement.

Modalité et domaine exécutifEssaisEffet standardiséIC 95 %
Activités ouvertes, contrôle inhibiteur10−0,75[−0,97 ; −0,52]
Activités fermées, contrôle inhibiteur8−0,64[−0,84 ; −0,45]
Activités fermées, flexibilité cognitive6−0,61[−0,84 ; −0,38]
Activités ouvertes, flexibilité cognitive5−0,40[−0,69 ; −0,12]
Activités fermées, mémoire de travail6−0,45[−0,68 ; −0,23]
Activités ouvertes, mémoire de travail7−0,40[−0,65 ; −0,15]

Les valeurs négatives correspondent, dans la convention retenue par les auteurs, à un résultat favorable à l’activité physique : les mesures dont un score élevé signifie une moins bonne performance, temps de réaction ou nombre d’erreurs, ont été recodées avant l’agrégation. Les intervalles excluent le zéro : l’existence d’un effet moyen sur ces performances est cohérente d’un domaine à l’autre. Leur largeur, en revanche, rappelle que la taille de cet effet reste imprécise.

Les analyses de sous-groupes situent les résultats les plus nets pour des programmes d’au moins six semaines et d’intensité modérée à vigoureuse. Cet ordre de grandeur est cohérent avec les recommandations générales d’activité physique de l’enfant, ce qui est rassurant, mais il ne provient pas d’une comparaison randomisée de durées ou d’intensités, et la supériorité de l’intensité la plus élevée disparaît sur la flexibilité cognitive, où les deux niveaux donnent le même chiffre.

Le point décisif tient en une phrase : les modalités n’ont jamais été comparées entre elles. Chaque catégorie d’activité a été confrontée à sa propre condition témoin, dans des essais distincts, puis les résultats de ces essais ont été rassemblés par catégorie. La différence apparente entre activités ouvertes et fermées est donc une comparaison indirecte entre sous-groupes d’essais, exposée à tout ce qui distingue ces essais par ailleurs : âge, sévérité, traitement en cours, tests utilisés, pays, qualité de l’encadrement. Aucun test de différence entre sous-groupes n’est d’ailleurs rapporté, et les intervalles se chevauchent presque entièrement, 0,45 contre 0,40 sur la mémoire de travail. Un sous-groupe n’est pas un essai. Tant qu’aucun essai n’aura randomisé des enfants entre deux disciplines, la hiérarchie entre modalités reste une hypothèse à tester, pas un résultat à appliquer.

Lecture critique

DomaineJugement
Comparaison entre modalitésIndirecte, entre sous-groupes
ConstatC’est la limite principale, et elle porte précisément sur ce qui fait l’intérêt de l’article. La randomisation protège la comparaison entre exercice et absence d’exercice, pas la comparaison entre deux types d’exercice. Aucun test formel de différence entre sous-groupes n’est rapporté.
Cohérence interne de la publicationRésumé et tableaux discordants
ConstatLe résumé annonce un effet standardisé de 0,81 sur le contrôle inhibiteur pour les activités ouvertes, quand le tableau de résultats donne 0,75 avec le même intervalle de confiance, seule valeur compatible avec cet intervalle. La conclusion attribue par ailleurs aux sports de ballon le meilleur effet sur la flexibilité cognitive, là où le résumé et le tableau désignent la course et le vélo. Les chiffres repris ici sont ceux des tableaux de résultats.
Nature du critère de jugementCritère de substitution
ConstatUne performance à un test exécutif n’est pas un symptôme, ni une note, ni un devoir rendu. Le transfert du laboratoire à la classe n’est pas établi ici, et l’histoire récente de la remédiation cognitive dans le TDAH invite à ne pas le présumer.
Aveugle et effet du dispositifAveugle impossible
ConstatEnfants et familles savent dans quel groupe ils se trouvent. La revue ne rapporte pas si les évaluateurs des tests étaient en aveugle dans les essais inclus : le domaine ROB 2 correspondant, la mesure du critère de jugement, est jugé sans réserve majeure dans la plupart des essais, ce qui n’équivaut pas à une procédure d’aveugle documentée. Face à des témoins laissés à leurs activités habituelles, une part de l’effet mesuré revient à l’attention reçue et à la familiarisation avec les tests, non à l’exercice lui-même.
Taille des essais inclusEssais de petite taille
ConstatMoins de cinquante enfants par essai en moyenne, le plus petit n’en comptant que seize. Les petits essais produisent des estimations dispersées et, lorsqu’ils sont publiés sélectivement, tirent la moyenne vers le haut.
Classification des activitésFrontière discutable
ConstatLa répartition des disciplines entre catégories relève d’un jugement, et ce jugement conditionne le résultat. Deux essais changent d’ailleurs de camp entre le tableau des caractéristiques et le texte des résultats. Toute conclusion pratique fondée sur l’étiquette d’une discipline hérite de cette fragilité.
Risque de biais de publicationLittérature régionale dominante
ConstatLe test d’Egger ne détecte pas d’asymétrie, avec des valeurs de p de 0,103 pour le contrôle inhibiteur, 0,769 pour la flexibilité cognitive et 0,299 pour la mémoire de travail. Ce résultat rassure modérément : le test est peu puissant sur une dizaine d’essais, et treize des vingt et un essais viennent d’un même pays, où la littérature sur l’exercice est réputée peu favorable à la publication de résultats nuls.
Précision des estimationsIntervalles larges
ConstatLe sens de l’effet est constant et l’hétérogénéité globale faible, mais les intervalles des sous-groupes restent larges, jusqu’à [−1,80 ; −0,15] pour les quatre essais de sports de ballon sur le contrôle inhibiteur, avec un I carré de 85 %. C’est précisément sur ces sous-groupes que reposent les recommandations par discipline.

Niveau de preuve

Scientifique66
Éditorial73

Le design correspond au niveau 1a de l’échelle CEBM, revue systématique d’essais randomisés avec protocole enregistré. Ce niveau qualifie l’architecture du travail, pas la certitude de chacune de ses conclusions, et l’écart entre les deux est ici l’essentiel.

Ce qui est raisonnablement établi : chez des enfants avec un TDAH, un programme d’activité physique encadré s’accompagne d’une amélioration des performances aux tests de fonctions exécutives par rapport aux conditions témoins, avec des effets standardisés de 0,69 sur le contrôle inhibiteur, 0,53 sur la flexibilité cognitive et 0,43 sur la mémoire de travail. La direction de l’effet est constante sur les trois domaines et résiste au retrait de n’importe quel essai.

Ce qui est seulement suggéré : que certaines modalités agissent préférentiellement sur certains domaines exécutifs, et qu’une durée d’au moins six semaines à intensité modérée à vigoureuse soit préférable. Ce sont des hypothèses engendrées par des comparaisons entre sous-groupes, sans test de différence, cohérentes avec un raisonnement cognitif plausible, mais non testées par un essai.

Ce qui n’est pas abordé : l’effet sur les symptômes du TDAH, sur la scolarité, sur la vie familiale, la durabilité des gains après l’arrêt du programme, l’influence du traitement médicamenteux en cours et des sous-types de TDAH, et toute comparaison avec les traitements existants. Le silence de l’étude sur ces points n’est pas un résultat négatif : c’est une absence d’analyse.

Le test du confrère

Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.

« Que le sport fasse du bien à ces enfants, je le crois et je le conseille déjà, donc là je ne change rien. Ce que je ne vais pas faire, c’est dire à une mère que le judo travaille l’inhibition et la corde à sauter la mémoire de travail. Personne n’a tiré au sort entre les deux, on compare des essais différents. Et puis ce sont des tests, pas les devoirs du soir. Moi je conseille une activité régulière, celle que l’enfant tiendra deux mois, et je ne touche à rien d’autre dans la prise en charge. »

Traduction pour la pratique : le conseil d’activité physique régulière est légitime, utile pour la santé générale et sans risque quand il est adapté. Le choix de la discipline, lui, se décide sur le plaisir et l’assiduité de l’enfant, pas sur un tableau de correspondance entre un sport et une fonction cognitive.

Ce que vous pouvez en faire

  • Conseiller une activité régulière et durable. Le paramètre le mieux soutenu par ce travail est la persistance : au moins six semaines, au moins deux séances par semaine, à une intensité modérée à vigoureuse, dans un cadre encadré. Cet ordre de grandeur rejoint les recommandations générales d’activité physique de l’enfant, ce qui rend le conseil facile à tenir.
  • Laisser le choix de la discipline à l’enfant et à la famille. Ce que l’enfant acceptera de poursuivre pèse davantage que la catégorie à laquelle appartient son sport. Orienter vers une discipline précise sur la foi de ce travail reviendrait à traiter une comparaison entre sous-groupes comme un essai comparatif.
  • Nommer clairement ce qui a été mesuré. Des performances à des tests de laboratoire, pas des symptômes ni des résultats scolaires. C’est une phrase utile en consultation, elle évite une déception à deux mois.
  • Situer l’activité physique dans l’ensemble de la prise en charge. Elle vient en complément de la guidance parentale, des aménagements scolaires et, lorsqu’il est indiqué, du traitement médicamenteux. Rien dans ce travail ne permet de la présenter comme une alternative, aucune des conditions témoins décrites n’étant un traitement du TDAH.
  • Savoir répondre au parent qui apporte l’article. Oui, le signal en faveur de l’activité physique est réel et convergent. Non, il ne permet pas encore de prescrire un sport plutôt qu’un autre selon la difficulté de l’enfant.
  • La conduite à tenir est détaillée dans l’arbre décisionnel du TDAH de l’enfant.

Questions fréquentes

Faut-il orienter un enfant impulsif vers le judo et un enfant qui oublie les consignes vers la corde à sauter ?

Ce serait aller au-delà de ce que le dispositif autorise. Les catégories d’activité ont chacune été comparées à leur propre condition témoin, dans des essais distincts, jamais l’une à l’autre chez les mêmes enfants, et aucun test de différence entre catégories n’est rapporté. La correspondance entre un type de sport et un domaine exécutif est une piste de recherche, pas une règle d’orientation.

Quelle durée et quelle intensité recommander concrètement ?

Les effets les plus nets s’observent au-delà de six semaines, avec au moins deux séances hebdomadaires, à une intensité modérée à vigoureuse. À prendre comme un ordre de grandeur, puisque ces paramètres proviennent d’analyses de sous-groupes. Il se trouve qu’ils coïncident avec ce que l’on conseille déjà à tout enfant, ce qui simplifie le message.

Un enfant qui progresse aux tests ira-t-il mieux en classe ?

Non démontré ici, et la prudence s’impose. Les interventions d’entraînement cognitif dans le TDAH ont montré des gains sur les tâches entraînées sans amélioration correspondante des symptômes évalués en aveugle. Le passage du test à la vie quotidienne demande sa propre démonstration.

Ces effets sont-ils comparables à ceux d’un traitement du TDAH ?

La question n’est pas tranchée par ce travail, et les chiffres ne sont pas convertibles : les essais médicamenteux se jugent sur des échelles de symptômes, ceux-ci sur des tests cognitifs. Aucune des conditions témoins décrites n’est un traitement médicamenteux, et la revue ne stratifie pas selon le traitement pris par les enfants inclus. L’activité physique s’ajoute à la prise en charge, elle ne s’y substitue pas.

Y a-t-il des enfants chez qui il faut se retenir de conseiller le sport ?

Peu, et pour des raisons somatiques plutôt que psychiatriques : pathologie cardiaque ou respiratoire connue, contexte orthopédique, situation où l’échec répété dans une activité compétitive risque d’aggraver l’estime de soi. Dans ces cas, l’adaptation du format, plutôt que le renoncement, reste la règle.

Bibliographie commentée

Étude source. Chen C, Fan M, Yu C, Wan S. Effects of different physical activity modalities on executive function in children with attention deficit hyperactivity disorder: a systematic review and meta-analysis. Frontiers in Psychiatry, 2026 ; 17 : 1824121. DOI 10.3389/fpsyt.2026.1824121, PMID 42422527. Protocole PROSPERO CRD420251080013. Apport : quantifie l’effet des programmes d’activité physique sur trois domaines exécutifs et propose une lecture par modalité d’activité. Limites : comparaisons entre modalités non randomisées et sans test de différence, classification des disciplines instable d’un tableau à l’autre, absence d’évaluation formelle de la certitude, essais de petite taille et littérature d’origine peu diversifiée.

Sonuga-Barke EJS et al. Nonpharmacological interventions for ADHD: systematic review and meta-analyses of randomized controlled trials of dietary and psychological treatments. American Journal of Psychiatry, 2013 ; 170(3) : 275-289. Apport : montre que l’effet des interventions non médicamenteuses s’effondre lorsque l’évaluation est confiée à un évaluateur en aveugle. C’est l’argument de référence pour lire avec prudence un effet obtenu contre un groupe sans intervention. Limites : ne porte pas sur l’activité physique et précède la plupart des essais inclus ici.

Cortese S et al. Cognitive training for attention-deficit/hyperactivity disorder: meta-analysis of clinical and neuropsychological outcomes from randomized controlled trials. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 2015 ; 54(3) : 164-174. Apport : illustre précisément le risque de substitution, avec des gains sur les tâches de mémoire de travail sans effet correspondant sur les symptômes évalués en aveugle. Limites : porte sur l’entraînement cognitif informatisé, non transposable trait pour trait à l’exercice physique.

Cortese S et al. Comparative efficacy and tolerability of medications for attention-deficit hyperactivity disorder in children, adolescents, and adults: a systematic review and network meta-analysis. The Lancet Psychiatry, 2018 ; 5(9) : 727-738. Apport : cadre de référence pour la prise en charge médicamenteuse, utile pour situer l’activité physique comme complément et non comme substitut. Limites : critères de jugement symptomatiques, sans aucune comparaison directe avec des interventions d’exercice.

Haute Autorité de santé. Trouble du neurodéveloppement, TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et des adolescents. Recommandation de bonne pratique, validée le 18 juillet 2024 et mise en ligne le 23 septembre 2024, qui prolonge la recommandation de 2014 consacrée au repérage. Apport : cadre français du diagnostic et du parcours de soins, à connaître avant d’ajouter un conseil d’hygiène de vie à une prise en charge. Limites : rappel de contexte réglementaire, sans rapport avec les données de la présente étude.

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Vérification effectuée le 13 août 2026 sur le texte intégral de la publication et sur son matériel supplémentaire lorsque celui-ci est disponible. Cette analyse a fait l’objet d’une double lecture indépendante. Comment nous vérifions ce que nous publions.
Cette analyse est destinée aux professionnels de santé. Elle ne constitue ni une recommandation de prescription, ni un avis médical individuel, et ne se substitue pas au jugement clinique ni aux recommandations en vigueur.
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