Publié le 25 septembre 2026
Antipsychotiques atypiques dans l’autisme de l’enfant : lire un classement en réseau face au seuil clinique
L’essentiel
Cette revue Cochrane, avec méta-analyse en réseau, regroupe 17 essais randomisés et 1 027 participants, dont 996 enfants et un seul essai chez l’adulte (31 personnes). Sur l’irritabilité de l’enfant autiste à court terme, mesurée par l’ABC-I (0 à 45), la rispéridone pourrait réduire le score de 7,89 points par rapport au placebo (IC à 95 % de -9,37 à -6,42) et l’aripiprazole de 6,26 points (de -7,62 à -4,91), avec une certitude faible ; la lurasidone entraîne probablement peu ou pas de différence (-1,30 ; de -5,46 à 2,86 ; certitude modérée). Les intervalles de confiance des deux premières croisent le seuil de différence minimale importante de 6,6 points retenu par les auteurs, et l’estimation de l’aripiprazole se situe sous ce seuil. Le classement place la rispéridone en tête (SUCRA 99,6 %), pour un écart de 1,63 point seulement avec l’aripiprazole. La prise de poids et les signes extrapyramidaux semblent plus fréquents sous traitement, avec une certitude très faible. Aucune donnée au-delà de six mois.
Le contexte
Les antipsychotiques atypiques sont largement prescrits pour des symptômes comportementaux de l’autisme, dont l’irritabilité et l’agressivité. Selon la revue, seuls l’aripiprazole et la rispéridone ont reçu l’autorisation de la FDA pour l’irritabilité de l’enfant et de l’adolescent autistes. Les comparaisons directes entre molécules sont rares : deux essais opposent la rispéridone à l’aripiprazole.
Une méta-analyse en réseau permet de classer des traitements qui n’ont pas été comparés face à face. Le classement, lui, se lit avec prudence : un rang très élevé peut recouvrir une différence cliniquement minime.
L’étude en un coup d’œil
| Élément | |
|---|---|
| Population | |
| Enfants (16 essais, 996 participants) et adultes (1 essai, 31 participants) avec un diagnostic clinique de trouble du spectre de l’autisme ; essais publiés de 1998 à 2019, États-Unis, Canada, Japon, Iran et Inde ; 11 à 105 participants randomisés par essai | |
| Intervention | |
| Antipsychotiques atypiques oraux : rispéridone, aripiprazole, lurasidone, olanzapine | |
| Comparateur | |
| Placebo, ou autre antipsychotique atypique (deux essais comparent la rispéridone à l’aripiprazole) | |
| Critères de jugement | |
| Irritabilité (ABC-I, 0 à 45), agressivité, prise de poids, effets extrapyramidaux, comportements obsessionnels-compulsifs, langage inapproprié ; critère principal à court terme (moins de trois mois), données à moyen terme (trois à six mois) limitées, aucune à long terme (plus de six mois) | |
| Design | |
| Revue systématique Cochrane avec méta-analyse en réseau pour l’irritabilité et méta-analyses par paires pour les autres critères ; protocole publié en 2022 | |
Le contrôle de qualité
| Élément | Jugement |
|---|---|
| Protocole publié | Publié en 2022 |
| ConstatProtocole publié en 2022 ; certaines méthodes ont été modifiées depuis, le détail figurant dans un matériel supplémentaire non consulté ici. | |
| Recherche bibliographique | 14 sources |
| ConstatRecherche dans 14 sources (12 bases de données, 2 registres d’essais), dernière recherche le 3 janvier 2024. | |
| Risque de biais des essais | Réserves |
| ConstatRoB 2 critère par critère ; un seul essai à faible risque global (Owen 2009) ; quatre essais à risque élevé pour la mesure du critère, un essai (DeVane 2019) à risque élevé pour les données manquantes. | |
| Transitivité et cohérence | Évaluées |
| ConstatÉvaluées ; réseau partiellement connecté, sans problème d’intransitivité ni d’incohérence globale rapporté ; intervalles de prédiction fournis. | |
| Certitude des preuves | GRADE et CINeMA |
| ConstatSeuil de différence minimale importante de 6,6 points utilisé pour juger l’imprécision ; ce seuil provient d’une estimation chez des personnes avec déficience intellectuelle et comportement agressif, non spécifique à l’autisme. | |
| Financement | Aucun financement dédié |
| ConstatAucun financement dédié à la revue ; soutiens internes (salaire, soutien en nature) de trois institutions ; liens d’intérêts déclarés par auteur dans la publication. | |
Les résultats
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Rispéridone contre placebo | -7,89 |
| ConstatIC à 95 % de -9,37 à -6,42 ; intervalle de prédiction de -9,63 à -6,15 ; certitude faible. | |
| Aripiprazole contre placebo | -6,26 |
| ConstatIC à 95 % de -7,62 à -4,91 ; intervalle de prédiction de -7,86 à -4,67 ; certitude faible. | |
| Lurasidone contre placebo | -1,30 |
| ConstatIC à 95 % de -5,46 à 2,86 ; certitude modérée : probablement peu ou pas de différence. | |
| Classement (SUCRA) | 99,6 ; 66,4 ; 24,4 |
| ConstatRispéridone, aripiprazole, lurasidone. Écart entre rispéridone et aripiprazole : 1,63 point (IC à 95 % de 0,34 à 2,93). | |
| Prise de poids (seuils prédéfinis) | RR 2,40 |
| ConstatIC à 95 % de 1,25 à 4,60 ; 7 essais, 434 participants ; 123 contre 51 pour 1 000 ; certitude très faible. En kilogrammes : +1,22 kg (IC à 95 % de 0,55 à 1,88 ; 3 essais, 297 participants), certitude très faible. | |
| Effets extrapyramidaux | RR 2,36 |
| ConstatIC à 95 % de 1,22 à 4,59 ; 6 essais, 511 participants ; 121 contre 51 pour 1 000 ; certitude très faible. | |
Lecture critique
| Élément | Jugement |
|---|---|
| Méthodologie Cochrane | Complète |
| ConstatProtocole publié, 14 sources, RoB 2 par critère, transitivité et cohérence évaluées, intervalles de prédiction, CINeMA et GRADE, seuil clinique de 6,6 points. | |
| Conclusions des auteurs | Au niveau de la certitude |
| ConstatFormulations prudentes (peut-être, probablement, très incertain) ; conclusions formulées molécule par molécule contre placebo, sans recommandation de choix entre molécules. | |
| Corps de preuves | Faible |
| ConstatEssais petits (11 à 105 participants), un seul à faible risque de biais global, réseau partiellement connecté avec deux essais directs entre molécules. | |
| Adulte et long terme | Quasi absents |
| ConstatUn seul essai chez l’adulte, 31 personnes, suivi à moyen terme ; aucune donnée au-delà de six mois. | |
| Libellés dans le texte | À corriger côté auteurs |
| ConstatAu moins deux qualificatifs du corps du texte ne correspondent pas à l’intervalle chiffré (stéréotypies, rispéridone contre aripiprazole : « favorable » pour -0,80, IC de -3,09 à 1,49 ; adaptation sociale chez l’adulte : « nul » pour -0,47, IC de -0,81 à -0,13). Les chiffres retenus ici sont ceux des estimations, pas des qualificatifs. | |
Niveau de preuve
Le niveau de preuve est celui d’une revue systématique d’essais randomisés avec méta-analyse en réseau (niveau 1a de l’Oxford CEBM). La confiance est élevée dans la qualité de la synthèse et dans la transparence du processus Cochrane.
Elle est plus limitée pour la décision clinique : essais petits, réseau partiellement connecté, un seul essai chez l’adulte, aucune donnée au long cours, certitude faible pour les deux résultats principaux et très faible pour la prise de poids et les effets extrapyramidaux. Le classement mesure une probabilité, pas la taille d’un avantage.
Le test du confrère
Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.
« Chez l’enfant autiste, rispéridone et aripiprazole pourraient réduire l’irritabilité à court terme de 6 à 8 points sur 45, autour du seuil clinique, avec une certitude faible ; les essais rapportent aussi plus de sédation et, avec une certitude très faible, plus de prise de poids. La première place de la rispéridone tient à 1,63 point. »
Traduction pour la pratique : le classement ne suffit pas à choisir une molécule ; on pèse un bénéfice possible, proche du seuil clinique, contre des effets indésirables fréquents, sur la seule durée des essais.
Ce que vous pouvez en faire
- Ce que vous pouvez comprendre : un SUCRA de 99,6 % ne dit pas que la rispéridone est nettement supérieure, seulement qu’elle est la plus probable d’être la meilleure ; l’écart avec l’aripiprazole est de 1,63 point sur une échelle de 45.
- Ce que vous pouvez répondre aux parents : la rispéridone et l’aripiprazole pourraient réduire l’irritabilité à court terme, de 6 à 8 points sur 45 environ, avec une certitude faible ; la prise de poids et les effets moteurs semblent plus fréquents, avec une certitude très faible, et il n’existe pas de donnée au-delà de six mois.
- Ce que vous pouvez surveiller : le poids, la sédation, les signes extrapyramidaux et la persistance du bénéfice, puisque les essais n’en disent rien au long cours.
- Cadre d’exercice en France, d’après les résumés des caractéristiques du produit consultés dans la base publique des médicaments de l’ANSM le 25 septembre 2026 : la rispéridone est indiquée chez l’enfant à partir de 5 ans dans l’agressivité persistante du trouble des conduites avec fonctionnement intellectuel inférieur à la moyenne ou retard mental, pour six semaines au plus ; l’aripiprazole n’a pas d’indication dans le trouble du spectre de l’autisme. L’irritabilité de l’autisme n’est donc pas, en tant que telle, l’indication libellée. Aux États-Unis, la revue rapporte une approbation de la FDA pour l’irritabilité associée à l’autisme (aripiprazole de 6 à 17 ans, rispéridone de 5 à 16 ans) ; le libellé varie selon les pays et se vérifie dans le résumé des caractéristiques du produit local.
- Chez l’adulte : un seul essai de 31 personnes, sans analyse en réseau ; les données sont trop rares pour orienter la pratique.
- La surveillance pratique est outillée par le simulateur de suivi cardio-métabolique.
Questions fréquentes
Quel antipsychotique choisir pour l’irritabilité de l’enfant autiste ?
La revue ne conclut pas en faveur d’une molécule. La rispéridone et l’aripiprazole pourraient réduire l’irritabilité de 6 à 8 points sur 45 environ, avec une certitude faible ; l’écart entre elles est de 1,63 point (IC à 95 % de 0,34 à 2,93), inférieur au seuil de 6,6 points.
Que veut dire un SUCRA de 99,6 % ?
C’est la probabilité relative d’être le meilleur traitement du réseau, pas la mesure d’un avantage. Il faut le lire avec la différence de score, ici 1,63 point sur une échelle de 45.
La lurasidone est-elle efficace dans l’irritabilité de l’autisme ?
Dans cette revue, elle entraîne probablement peu ou pas de différence par rapport au placebo (-1,30 ; IC à 95 % de -5,46 à 2,86), avec une certitude modérée.
Ces molécules sont-elles sûres ?
Les données ne permettent pas de conclure à l’innocuité. La prise de poids (123 contre 51 pour 1 000) et les effets extrapyramidaux (121 contre 51 pour 1 000) sont plus fréquents que sous placebo dans les essais, mais les auteurs jugent ces effets très incertains (certitude très faible). La sédation (RR 3,55 ; IC à 95 % de 2,09 à 6,02 ; 8 essais, 673 participants) et la somnolence (RR 4,68 ; de 2,65 à 8,24) sont aussi plus fréquentes, pour des critères absents des tableaux de synthèse GRADE. Aucune donnée n’est disponible au-delà de six mois.
Ces résultats valent-ils pour l’adulte autiste ?
La revue ne permet pas de conclure pour l’adulte : un seul essai, 31 participants, suivi à moyen terme, et aucune analyse en réseau possible.
Bibliographie commentée
Étude source. Meza N, Franco JVA, Sguassero Y, Núñez V, Escobar Liquitay CM, Rees R, Williams K, Rojas V, Rojas F, Pringsheim T, Madrid E. Atypical antipsychotics for autism spectrum disorder: a network meta-analysis. Cochrane Database of Systematic Reviews 2025 ; (5) : CD014965. DOI 10.1002/14651858.CD014965.pub2. PMID : 40396498. Financement : la revue n’a reçu aucun financement dédié ; sources internes : l’Instituto Universitario Hospital Italiano de Buenos Aires (salaire de C. M. Escobar Liquitay pour la conduite de revues Cochrane), l’Universidad de Valparaíso (soutien en nature à N. Meza et E. Madrid), l’Université Heinrich Heine de Düsseldorf (soutien en nature à J. V. A. Franco) ; aucune source externe. Liens d’intérêts tels que déclarés : Meza, Núñez, Escobar Liquitay, Rees et Rojas F. : aucun. Franco : Contact Editor de Cochrane Urology et Managing Editor de Cochrane Metabolic and Endocrine Disorders, non impliqué dans le processus éditorial de cette revue. Sguassero : travaille à temps partiel pour Cochrane Response, éditrice de Cochrane Developmental, Psychosocial and Learning Problems (DPLP) et de Cochrane Clinical Answers, non impliquée dans le processus éditorial. Williams : subvention en cours (depuis le 1er janvier 2020) d’Epsilon Healthcare (anciennement THC Global Group Ltd) pour développer un produit expérimental et un placebo destinés à l’enfant dans un essai multisite de phase III financé par le MRFF, versée au Murdoch Children’s Research Institute ; subvention de Tilray (28 novembre 2018 au 27 novembre 2019) pour un essai pilote de cannabidiol dans les troubles sévères du comportement de l’enfant avec déficience intellectuelle, avec ou sans autisme ; subvention du NHMRC (1er juin 2020 au 31 mai 2023), dont elle est investigatrice principale, pour un essai de phase III de cannabidiol, versée à des institutions ; participation à une étude en cours sur les prédicteurs de l’évolution de l’autisme, financée par le NHMRC, dont les résultats pourraient être éligibles à cette revue ; éditrice de DPLP ; membre non rémunérée d’un comité de surveillance des données pour un essai d’inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine ; investigatrice principale d’un essai randomisé financé au Monash Children’s Clinical Trials Team (ACADIA) et d’un essai financé (Axial Therapeutics) ; honoraires de consultation comme membre du Scientific Committee (Human Health) ; co-autrice d’un ouvrage donnant lieu à des droits d’auteur ; une subvention de l’Australian Medical (libellé tel que publié). Rojas V. : neurologue pédiatre à l’hôpital Dr Gustavo Fricke et à l’Universidad de Valparaíso. Pringsheim : neurologue à l’Alberta Children’s Hospital et au Foothills Medical Centre ; déclare avoir exprimé des opinions sur le sujet dans ses travaux universitaires ; subventions d’Azrieli Accelerator (Université de Calgary) et des Canadian Institutes of Health Research. Madrid : contributrice du Cochrane Sustainable Healthcare Group, a publié des opinions sur le sujet, dont un éditorial Cochrane de 2021 sur les soins de faible valeur pendant la pandémie de COVID-19. Matériel supplémentaire : parmi les neuf matériels supplémentaires de la publication, ont été consultés en partie les caractéristiques des études incluses, exclues, en attente de classement et en cours (matériels 2 à 5, sans lecture exhaustive) et le paquet de données (matériel 8, fichiers CSV et JSON). Les matériels supplémentaires 1 (stratégies de recherche), 6 (risque de biais), 7 (analyses) et 9 (différences avec le protocole) n’ont pas été consultés, et aucune donnée qui n’y figure que là n’est reprise ici.
Référence de contexte. Hassiotis A, Melville C, Jahoda A, Strydom A, Cooper SA, Taggart L et al. Estimation of the minimal clinically important difference on the Aberrant Behaviour Checklist-Irritability (ABC-I) for people with intellectual disabilities who display aggressive challenging behaviour: a triangulated approach. Research in Developmental Disabilities 2022 ; 124 : 104202. DOI 10.1016/j.ridd.2022.104202. Cette référence, citée par la revue, est la source du seuil de 6,6 points de l’ABC-I utilisé pour juger l’imprécision ; elle porte sur une population avec déficience intellectuelle et comportement agressif, non spécifique à l’autisme.
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Cette analyse s’adresse à des professionnels de santé. Elle ne remplace ni l’évaluation clinique individuelle, ni les recommandations en vigueur, et ne constitue pas un conseil thérapeutique.
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