Publié le 2 septembre 2026, mis à jour le 20 septembre 2026
Pramipexole dans la dépression bipolaire résistante : un essai fermé à treize pour cent de sa cible, et un signal sur les symptômes hypomaniaques
Journal of Psychopharmacology · 2025 ; 39(2) : 106-120 · McAllister-Williams RH et al.
DOI 10.1177/02698811241309622
PMID 39829389
Scientifique 62
Éditorial 69
L’essai PAX-BD devait randomiser 290 patients en dépression bipolaire résistante. Il en a randomisé 39, et 36 ont fourni le critère principal. À douze semaines, le pramipexole ajouté à un thymorégulateur fait baisser le score QIDS-SR de 4,4 points contre 2,1 sous placebo, soit un écart ajusté de 2,9 points (IC 95 % de moins 0,4 à 6,3), p = 0,0865, d de Cohen 0,72. C’est un effet de taille moyenne qui n’atteint pas le seuil de significativité, et les auteurs le disent ainsi. Des différences statistiquement significatives apparaissent plus tard, sur une dizaine de patients par bras : 6,3 points de QIDS-SR et 5,36 points de fonctionnement psychosocial à trente-six semaines, 46 % de réponse contre 6 % à la sortie d’étude. Du côté de la tolérance, 44 % des patients sous pramipexole rapportent au moins un événement indésirable de type hypomaniaque ou maniaque contre 29 % sous placebo, et une rechute maniaque avec symptômes psychotiques a conduit à une hospitalisation chez un patient sur les dix-huit exposés, tous sous thymorégulateur. Non significatif ne veut pas dire inefficace : l’essai ne permet de conclure ni dans un sens ni dans l’autre, et ses auteurs le qualifient eux-mêmes de non concluant.
Le contexte
La dépression bipolaire résistante est une impasse thérapeutique de premier plan. Les auteurs rappellent que les recommandations britanniques du NICE ne retiennent que trois traitements pour la dépression bipolaire, la lamotrigine, la quétiapine et l’olanzapine associée ou non à la fluoxétine, la lurasidone s’y ajoutant dans les recommandations de la British Association for Psychopharmacology. Quand ces options ont échoué, le clinicien improvise. L’hypothèse dopaminergique, et plus précisément l’agonisme D3, a nourri l’idée que le pramipexole pourrait avoir sa place dans la dépression bipolaire.
Deux petits essais randomisés anciens, de 22 et 21 patients, avec un critère principal à six semaines, avaient donné des résultats positifs. PAX-BD devait trancher. Le recrutement a buté sur la pandémie, puis sur une exigence du financeur, présente dès l’ouverture de l’essai, d’exclure les patients prenant un antipsychotique. Cette exigence, décrite par les auteurs comme un obstacle majeur au recrutement, a été assouplie à mi-parcours par amendement. Le financeur a néanmoins fermé l’essai prématurément pour lenteur du recrutement, et l’équipe a publié l’essai tel quel, ce qui n’allait pas de soi.
L’étude en un coup d’œil
| Élément | |
|---|---|
| Population | |
| Adultes de plus de 18 ans avec trouble bipolaire de type I ou II selon le DSM-5, en épisode dépressif avec un QIDS-SR supérieur à 10, suivis en soins secondaires au Royaume-Uni. La résistance est définie de façon pragmatique : non-réponse, intolérance, contre-indication clinique ou refus d’au moins deux traitements parmi quétiapine, olanzapine associée ou non à la fluoxétine, lamotrigine et lurasidone. Sur 102 patients évalués, 51 sont entrés en phase de pré-randomisation et 39 ont été randomisés. | |
| Intervention | |
| Pramipexole titré par paliers de 0,25 mg tous les trois jours sur quatre semaines jusqu’à une cible de 2,5 mg par jour en poids de sel, en addition d’un thymorégulateur. Dose moyenne atteinte en fin de titration 2,18 mg par jour. Dix-huit patients. | |
| Comparateur | |
| Placebo d’apparence identique, fabriqué et livré en aveugle par un façonnier, en addition d’un thymorégulateur. Vingt et un patients. | |
| Critère de jugement principal | |
| Variation du QIDS-SR à douze semaines, analyse de covariance ajustée sur le score de randomisation, en intention de traiter. Critères secondaires : QIDS-SR à vingt-quatre, trente-six et quarante-huit semaines, réponse et rémission, SHAPS, WSAS, GAD-7, ASRM, QUIP-RS, TSQM, MADRS, QIDS-C et YMRS, événements indésirables et événements indésirables graves. Suivi prévu jusqu’à quarante-huit semaines. | |
| Schéma | |
| Essai randomisé de phase III, multicentrique, en groupes parallèles, en double insu contre placebo, randomisation 1:1, arrêté prématurément. Quatorze sites du NHS britannique ont recruté en pré-randomisation, douze ont randomisé. Minimisation centralisée sur neuf facteurs avec composante aléatoire de 20 %, les dix premiers patients étant alloués au hasard sans minimisation. Recrutement du 28 novembre 2019 au 5 avril 2022, suspendu du 18 mars au 25 octobre 2020, dernière visite le 29 octobre 2022. Analyses sous STATA 16. Niveau de preuve Oxford 2b. | |
Le contrôle de qualité
| Point contrôlé | Jugement |
|---|---|
| Enregistrement et plan d’analyse | Exemplaire |
| ConstatDouble enregistrement, ISRCTN72151939 et EudraCT 2018-2869-18, autorisation d’essai clinique MHRA et avis favorable du comité d’éthique cités avec leurs références. Protocole publié en 2021 dans BMC Psychiatry. Les auteurs indiquent que l’analyse a été gouvernée par un plan d’analyse statistique établi a priori, déposé dans le matériel supplémentaire, lequel n’a pas été consulté ici. | |
| Randomisation | Solide |
| ConstatMinimisation centralisée par système web sécurisé sur neuf facteurs pronostiques, avec élément aléatoire de 20 % pour empêcher la prédiction de l’attribution. | |
| Insu | Jamais vérifié |
| ConstatInsu des participants, des cliniciens et de l’équipe de recherche, placebo d’apparence identique fabriqué en aveugle. Mais les auteurs reconnaissent parmi leurs limites l’absence de tout contrôle de l’insu, par exemple en demandant aux participants dans quel bras ils se croyaient, et évoquent une levée possible de l’insu par le profil d’effets indésirables du produit. Ils relèvent à décharge que le nombre d’événements indésirables était comparable entre les bras, 128 sous pramipexole et 162 sous placebo. | |
| Effectif atteint | 13 % de la cible |
| ConstatTrente-neuf randomisés et trente-six analysés sur le critère principal, pour une cible de 290 randomisés et 414 recrutés en pré-randomisation. Les auteurs jugent cette cible initiale peut-être un peu trop ambitieuse et publient un calcul de puissance révisé, fondé sur une différence minimale cliniquement importante portée de 3 à 4 points et sur l’écart-type observé dans PAX-BD : 34 patients par bras, soit 68 randomisés et 95 recrutés en pré-randomisation, pour une puissance de 90 %. | |
| Temps d’analyse | Ajoutés a posteriori |
| ConstatLes analyses du QIDS-SR, du GAD-7 et de l’ASRM à vingt-quatre et trente-six semaines ont été ajoutées après observation des scores hebdomadaires, ce que les auteurs indiquent explicitement. Aux mêmes temps, en revanche, les analyses du WSAS et du QUIP-RS étaient bien prévues au plan d’analyse. Le résultat de dépression le plus cité de l’essai, celui de trente-six semaines, vient donc d’un temps ajouté après lecture des données. | |
| Correction de multiplicité | Aucune rapportée |
| ConstatLes auteurs déclarent un seuil bilatéral de 0,05 et précisent qu’en dehors du critère principal et des tests exacts de Fisher, ils rapportent des intervalles de confiance plutôt que des valeurs de p. Aucune correction pour la multiplicité des critères secondaires et des temps de mesure n’est décrite dans la publication. | |
| Financement et liens d’intérêts | Public, mais un point à noter |
| ConstatFinancement public par le programme HTA du National Institute for Health and Care Research britannique, molécule ancienne sans industriel du produit parmi les financeurs déclarés. Les liens d’intérêts sont déclarés de façon détaillée et abondante. Un point mérite d’être signalé au lecteur : l’avant-dernier auteur, Allan H Young, déclare être rédacteur en chef du Journal of Psychopharmacology, la revue qui publie l’essai. La publication ne précise pas quelle procédure éditoriale a été suivie de ce fait. | |
Les résultats
| Critère | Résultat |
|---|---|
| QIDS-SR à douze semaines | Écart ajusté 2,9 points (moins 0,4 à 6,3), p = 0,0865 |
| LectureBaisse de 4,4 points (écart-type 4,8) contre 2,1 (écart-type 5,1), soit le double sous pramipexole. Taille d’effet d de Cohen 0,72. Critère principal non atteint. L’intervalle de confiance inclut zéro et englobe des effets cliniquement importants : l’essai ne tranche pas. | |
| MADRS et QIDS-C à douze semaines | Non significatifs |
| LectureMADRS 2,59 (moins 4,54 à 9,72), d = 0,65 ; QIDS-C 2,30 (moins 1,72 à 6,32), d = 0,34, sur 16 contre 19 patients. Le critère principal est auto-évalué et l’hétéro-évaluation ne le confirme pas au même temps. La discussion de l’article ne revient pas sur cette discordance. | |
| Réponse et rémission à douze semaines | 25 % contre 15 % et 12,5 % contre 15 % |
| LectureAucune différence significative. La rémission est la seule mesure de l’essai qui ne penche pas du côté du pramipexole. | |
| QIDS-SR à trente-six semaines | 6,3 points (1,85 à 10,71), sur neuf contre dix patients |
| LectureTemps d’analyse ajouté après observation des données, dix-neuf patients au total, aucune correction de multiplicité rapportée. À quarante-huit semaines, l’écart de 5,5 points n’est plus significatif (moins 0,045 à 11,0), sur huit contre huit patients. Ce chiffre de trente-six semaines ne se relaie pas sans ces précisions. | |
| Fonctionnement psychosocial WSAS | 5,36 points (0,38 à 10,34) à trente-six semaines |
| LectureAvantage au pramipexole, d = 0,80, sur huit contre neuf patients, puis 9,63 points (0,25 à 19,02), d = 0,98, à quarante-huit semaines sur sept contre cinq patients. Contrairement au QIDS-SR, ces temps de mesure étaient prévus au plan d’analyse. Aucune différence à six, douze et vingt-quatre semaines. Effectifs très faibles, et les auteurs signalent eux-mêmes un possible biais d’attrition sur tous les résultats tardifs. | |
| Réponse et rémission à la sortie d’étude | 46 % contre 6 % et 31 % contre 0 % |
| Lecturep = 0,026 et p = 0,030 au test exact de Fisher, sur treize contre seize patients, avec une cellule à zéro. La sortie d’étude a été redéfinie en cours de route comme la quarante-huitième semaine ou la dernière donnée disponible après la seizième pour les patients touchés par la fermeture anticipée, ce qui donne des durées de suivi hétérogènes de seize à quarante-huit semaines. Les auteurs reconnaissent un possible biais d’attrition. Chiffres spectaculaires et très peu robustes. | |
| Échelle d’auto-évaluation de la manie ASRM | +1,2 point (0,02 à 2,42) |
| LectureÀ douze semaines, seule différence significative sur la manie. Aux temps ultérieurs, l’écart est inférieur à un point et non significatif, et l’échelle hétéro-évaluée YMRS ne montre aucune différence à douze semaines, 1,16 point (moins 1,09 à 3,41). La proportion de temps passé sans symptôme maniaque est de 88 % contre 96 %. Les événements indésirables liés au contrôle des impulsions sont rapportés par 33 % des patients contre 19 %, mais l’échelle dédiée QUIP-RS ne met en évidence aucune différence entre les bras. Enfin, la satisfaction de traitement TSQM est significativement supérieure sous pramipexole à six semaines, 19,17 points (5,21 à 33,13), et les auteurs qualifient globalement la tolérance de bonne. | |
Lecture critique
| Domaine | Risque de biais |
|---|---|
| Processus de randomisation | Faible |
| ConstatMinimisation centralisée robuste. Réserve : les scores initiaux ne sont pas équilibrés, avec un QIDS-SR de départ de 15,2 sous pramipexole contre 17,6 sous placebo, et un écart de même sens sur le GAD-7, le SHAPS et le WSAS. Les auteurs attribuent ce déséquilibre au faible effectif, ajustent l’analyse principale dessus, et écrivent qu’une inquiétude subsiste quant à un biais possible, sans en préciser le sens. | |
| Écarts au protocole | Faible |
| ConstatInsu des trois parties, analyse en intention de traiter stricte sur le critère principal, les patients ultérieurement jugés inéligibles ou en violation de protocole restant dans leur bras d’attribution. Les analyses complémentaires du critère principal prévues au plan d’analyse, ajustées sur les facteurs de minimisation, n’ont pas été conduites en raison du faible effectif, ce que les auteurs déclarent. | |
| Données manquantes | Élevé |
| ConstatLes effectifs fondent avec le temps : seize contre vingt à douze semaines, treize contre dix-sept à vingt-quatre, neuf contre dix à trente-six, huit contre huit à quarante-huit, et sept contre cinq pour le WSAS en fin de suivi. Quatorze patients ont dû sortir avant la quarante-huitième semaine du seul fait de la fermeture anticipée. Tout ce qui est rapporté au delà de vingt-quatre semaines repose sur une dizaine de patients par bras au plus. | |
| Mesure du critère de jugement | Élevé |
| ConstatCritère principal auto-évalué, insu jamais vérifié, hétéro-évaluation muette au même temps. La combinaison de ces trois éléments empêche d’attribuer avec certitude l’écart observé au seul produit. Les auteurs formulent d’ailleurs eux-mêmes l’hypothèse d’une levée d’insu liée aux effets indésirables comme explication possible de l’amélioration précoce du plaisir. | |
| Sélection du résultat rapporté | Préoccupations |
| ConstatTemps d’analyse du QIDS-SR ajoutés après lecture des données et aucune correction de multiplicité rapportée. À décharge, les auteurs le déclarent explicitement, distinguent ce qui était pré-spécifié de ce qui ne l’était pas, et qualifient leur essai de non concluant. | |
| Définition de la résistance | Permissive |
| ConstatElle inclut l’intolérance, la contre-indication et le refus. Les auteurs le reconnaissent dans leurs limites et le chiffrent : 24 % des patients randomisés n’avaient échoué à aucun des quatre traitements recommandés dans l’épisode en cours, et 41 % à un seul, soit 65 % de l’effectif ayant échoué à zéro ou un traitement, contre 6 % à trois ou quatre. La population n’est donc pas celle que le mot résistance laisse imaginer, mais elle reflète un problème clinique réel, ce que revendiquent les auteurs. | |
Niveau de preuve
Niveau de preuve Oxford 2b. La confiance est élevée sur la conduite formelle de l’essai et sur l’honnêteté du compte rendu : les auteurs qualifient eux-mêmes leur différence principale de non significative, leurs résultats de non concluants, signalent l’origine post hoc de certains temps d’analyse, le biais d’attrition possible et l’absence de contrôle de l’insu, et concluent que des essais randomisés plus larges sont nécessaires. Leur propre lecture est que PAX-BD apporte des éléments supplémentaires suggérant que le pramipexole pourrait être efficace dans cette indication, et qu’il faut des essais plus grands pour trancher. La confiance est faible sur l’efficacité, faute d’effectif. Elle est modérée sur le signal de tolérance, qui repose sur de petits nombres mais qui converge : surcroît d’événements hypomaniaques ou maniaques, élévation significative de l’échelle d’auto-évaluation de la manie à douze semaines, un événement grave jugé lié au traitement, et davantage d’événements liés au contrôle des impulsions. Ce signal est cohérent avec la pharmacologie connue des agonistes dopaminergiques, ce qui lui donne du poids sans le démontrer. À l’inverse, l’échelle hétéro-évaluée de la manie et l’échelle d’impulsivité ne montrent aucune différence, et les auteurs jugent la tolérance globalement bonne : le signal existe, il n’est pas univoque.
Le test du confrère
Ce que dirait un psychiatre habitué aux essais, à qui l’on présente PAX-BD entre deux consultations.
« L’essai est bien fait et il a été tué par le contexte, pas par les investigateurs. Ils ont eu le courage de le publier sans résultat significatif sur leur critère principal, ce qui est rare. Mais on ne relaie pas 46 % contre 6 % sans dire que cela porte sur vingt-neuf patients et sur un critère de sortie redéfini en cours de route. Ce que je retiens, c’est la fréquence des symptômes hypomaniaques. »
Traduction pour la pratique : rien ne change dans la prescription, et un chiffre de sécurité s’ajoute au dossier de tout agoniste dopaminergique envisagé chez un patient bipolaire.
Ce que vous pouvez en faire
- Un essai qui n’atteint pas la significativité avec une taille d’effet de 0,72 et un intervalle de confiance allant de moins 0,4 à 6,3 ne démontre pas l’inefficacité du produit. Il démontre qu’il n’avait pas les moyens de répondre. La distinction se rappelle en consultation comme en réunion de service.
- Si vous envisagez un agoniste dopaminergique chez un patient bipolaire, ce travail fournit un ordre de grandeur de la fréquence des symptômes hypomaniaques ou maniaques sous thymorégulateur, et elle n’est pas négligeable. Les auteurs notent que, dans leur essai, les patients ayant présenté ces événements sous pramipexole ne prenaient pour la plupart pas d’antipsychotique, mais les effectifs interdisaient toute analyse statistique de ce point.
- Les troubles du contrôle des impulsions font partie du tableau attendu sous agoniste dopaminergique. Ici, ils ressortent des déclarations spontanées d’événements indésirables, 33 % contre 19 %, alors que l’échelle dédiée ne différencie pas les bras. Ils se recherchent activement, y compris auprès de l’entourage, car le patient les rapporte rarement spontanément.
- Sur le statut du produit, la publication n’indique qu’une chose : le pramipexole dispose d’une autorisation de mise sur le marché dans la maladie de Parkinson en Europe et aux États-Unis, et aucune indication psychiatrique n’y est mentionnée. Les indications précisément autorisées en France, et donc le statut exact d’une prescription en psychiatrie au regard de l’autorisation, n’ont pas pu être vérifiés à partir des documents consultés ici : ce point se contrôle sur les sources réglementaires en vigueur avant toute prescription.
- Ce qu’on peut dire à un patient qui demande s’il existe autre chose : les options validées dans la dépression bipolaire résistante n’ont pas changé, et cet essai ne permet pas d’en ajouter une.
- La conduite à tenir est détaillée dans l’arbre décisionnel du trouble bipolaire.
Questions fréquentes
Un p à 0,087 avec une taille d’effet de 0,72, cela veut-il dire que le pramipexole marche presque ?
Cela veut dire que l’essai n’a pas eu les moyens de répondre. Avec trente-six patients analysés au lieu des 290 randomisés visés, l’intervalle de confiance est trop large pour exclure aussi bien l’absence d’effet qu’un effet important. On ne conclut ni à l’efficacité, ni à l’inefficacité. C’est aussi l’interprétation que retiennent les auteurs.
Pourquoi ne pas retenir les 46 % de réponse à la sortie d’étude ?
Parce qu’ils portent sur vingt-neuf patients, avec une cellule à zéro, sans correction de multiplicité, sur un critère de sortie redéfini en cours d’essai avec des durées de suivi allant de seize à quarante-huit semaines, et parce que les auteurs signalent eux-mêmes un possible biais d’attrition. Un chiffre juste dans son calcul peut être ininterprétable dans son contexte.
Le chiffre de 44 % d’événements hypomaniaques ou maniaques est-il fiable ?
Il repose sur dix-huit patients exposés, ce qui rend l’estimation imprécise, et il s’agit d’événements indésirables déclarés, pas de virages maniaques confirmés par une évaluation standardisée. Sa cohérence interne le rend cependant crédible comme signal : il s’accompagne d’une élévation significative de l’échelle d’auto-évaluation de la manie à douze semaines et d’un cas grave documenté. À l’inverse, l’échelle hétéro-évaluée YMRS ne montre pas de différence. Cela justifie la prudence sans faire de 44 % une valeur de référence.
Faut-il refaire cet essai ?
Les auteurs publient un calcul de puissance révisé qui chiffre l’essai définitif à 34 patients par bras, soit 68 randomisés et 95 recrutés en amont, un ordre de grandeur bien plus atteignable que la cible initiale. C’est peut-être l’apport le plus durable de cette publication.
Bibliographie commentée
Étude source. McAllister-Williams RH, Goudie N, Azim L, Bartle V, Berger M, Butcher C, Chadwick T, Clare E, Courtney P, Dixon L, Duffelen N, Fouweather T, Gann W, Geddes J, Gupta S, Hall B, Helter T, Hindmarch P, Holstein EM, Lawrence W, Mawson P, McKinnon I, Milne A, Molloy A, Moore A, Morriss R, Nakulan A, Simon J, Smith D, Stokes-Crossley B, Stokes PRA, Swain A, Taiwo A, Walmsley Z, Weetman C, Young AH, Watson S. A randomised double-blind, placebo-controlled trial of pramipexole in addition to mood stabilisers for patients with treatment-resistant bipolar depression (the PAX-BD study). Journal of Psychopharmacology. 2025 ; 39(2) : 106-120. DOI 10.1177/02698811241309622. Trente-sept auteurs. Essai enregistré sous ISRCTN72151939 et EudraCT 2018-2869-18, autorisation d’essai clinique MHRA CTA 31857/0003/001-0001, avis éthique 19/NE/0233, promoteur Cumbria, Northumberland, Tyne and Wear NHS Foundation Trust (référence RES-17-031). Financement par le programme HTA du National Institute for Health and Care Research britannique ; le premier auteur déclare être également soutenu par le NIHR Newcastle Biomedical Research Centre (NIHR203309). Liens d’intérêts déclarés de façon détaillée par de nombreux auteurs ; à signaler, l’avant-dernier auteur, Allan H Young, déclare être rédacteur en chef de la revue qui publie l’essai. PMID 39829389. Aucun matériel supplémentaire n’accompagnait le document consulté : les figures et les tableaux supplémentaires de cette publication n’ont pas été consultés, et aucune donnée qui n’y figure que là n’est reprise ici.
Protocole de l’essai. Azim L, Hindmarch P, Browne G, et al. Study protocol for a randomised placebo-controlled trial of pramipexole in addition to mood stabilisers for patients with treatment resistant bipolar depression (the PAX-BD study). BMC Psychiatry. 2021 ; 21 : 334. Référence telle que citée par la publication source ; DOI et identifiant PubMed non vérifiables à partir des documents consultés ici.
Monographie jumelle. McAllister-Williams RH, et al. Health Technology Assessment, NIHR Journals Library. Les auteurs la citent comme sous presse, sans volume, pagination ni identifiant. L’évaluation économique conduite en parallèle est également annoncée comme publiée séparément, sans référence utilisable dans le document consulté.
Les deux essais randomisés antérieurs. Goldberg JF, Burdick KE, Endick CJ. Preliminary randomized, double-blind, placebo-controlled trial of pramipexole added to mood stabilizers for treatment-resistant bipolar depression. American Journal of Psychiatry. 2004 ; 161 : 564-566. Et Zarate CA, Payne JL, Singh J, et al. Pramipexole for bipolar II depression: a placebo-controlled proof of concept study. Biological Psychiatry. 2004 ; 56 : 54-60. Vingt-deux et vingt et un patients, critère principal à six semaines, tous deux positifs. Références telles que citées par la publication source, dont l’existence, la revue, l’année, le volume et la pagination ont été confirmées auprès des registres bibliographiques le 2 septembre 2026.
Les référentiels cités pour les options de traitement. National Institute for Health and Care Excellence. Bipolar disorder: assessment and management. NICE Clinical Guideline CG185, 2014. Et Goodwin GM, Haddad PM, Ferrier IN, et al. Evidence-based guidelines for treating bipolar disorder: revised third edition recommendations from the British Association for Psychopharmacology. Journal of Psychopharmacology. 2016 ; 30 : 495-553. Ce sont ces deux textes qui fondent la liste des quatre traitements servant à définir la résistance dans PAX-BD. Référence telle que citée par la publication source, confirmée auprès des registres bibliographiques le 2 septembre 2026.
Le fond pharmacologique du signal d’impulsivité. Rizos A, Sauerbier A, Antonini A, et al. A European multicentre survey of impulse control behaviours in Parkinson’s disease patients treated with short- and long-acting dopamine agonists. European Journal of Neurology. 2016 ; 23 : 1255-1261. Référence telle que citée par la publication source, confirmée auprès des registres bibliographiques le 2 septembre 2026.
Statut réglementaire. La publication indique seulement que le pramipexole dispose d’une autorisation de mise sur le marché dans la maladie de Parkinson en Europe et aux États-Unis. Les indications autorisées en France et le statut d’une prescription en psychiatrie au regard de l’autorisation n’ont pas pu être établis à partir des documents consultés : ce point reste à vérifier sur les sources réglementaires en vigueur et à dater.
À lire aussi
La fiche PEB du référentiel français de repérage du trouble bipolaire, la fiche mémo de la Haute Autorité de santé de juin 2015, lue avec la grille AGREE II. Elle dit quand évoquer le diagnostic et qui adresser au psychiatre. Elle ne dit rien du traitement, qu’elle exclut explicitement de son champ, et n’attribue de grade à aucune de ses recommandations.
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Cette analyse s’adresse à des professionnels de santé. Elle ne remplace ni l’évaluation clinique individuelle, ni les recommandations en vigueur, et ne constitue pas un conseil thérapeutique.
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