Publié le 12 août 2026, mis à jour le 19 septembre 2026
Brexpiprazole dans la schizophrénie de l’adolescent : que vaut un résultat statistiquement positif sur la PANSS ?
The Lancet Psychiatry · 2025 ; 12 (5) : 345-354 · Ward C et al.
DOI 10.1016/S2215-0366(25)00043-4PMID 40209740
Scientifique 66
Éditorial 72
L’essentiel
Un essai de phase 3, randomisé 1:1:1, en double aveugle, conduit sur 62 sites ambulatoires dans dix pays, a comparé le brexpiprazole 2 à 4 mg par jour au placebo chez 316 adolescents de 13 à 17 ans pris en charge pour une schizophrénie diagnostiquée selon le DSM-5, avec un score PANSS total d’au moins 80 au dépistage et à l’inclusion. Un bras aripiprazole 10 à 20 mg par jour était inclus comme référence active, c’est à dire comme instrument de contrôle de la sensibilité du dispositif, et non comme comparateur d’efficacité formellement testé. Sur le critère principal, la variation du score PANSS total à la semaine 6, la différence entre brexpiprazole et placebo est de -5,33 points (IC 95 % -9,55 à -1,10 ; p = 0,014 ; modèle mixte à mesures répétées sur cas observés ; population d’efficacité de 314 patients, dont 110 sous brexpiprazole et 103 sous placebo). Le résultat est donc statistiquement significatif, mais son amplitude reste inférieure à l’effet que l’essai avait été dimensionné pour détecter, -7,4 points, et très inférieure à la différence minimale cliniquement importante que les auteurs eux mêmes rappellent pour la PANSS, de l’ordre de 15 points ou d’une réduction de 34 % du score initial. La réponse placebo est élevée, à -17,4 points. Le taux de répondeurs, critère secondaire non ajusté pour la multiplicité, est de 43,6 % contre 28,2 % (risque relatif 1,55 ; IC 95 % 1,09 à 2,20). Les symptômes négatifs, la rémission, le CGAS et le CGI-S ne diffèrent pas significativement du placebo. La fréquence des événements indésirables émergents est de 40 % sous brexpiprazole comme sous placebo, et de 52 % dans le bras de référence active. Sept des neuf auteurs sont ou étaient employés de l’un des deux promoteurs, qui ont participé à la conception, au recueil des données, à l’analyse, à l’interprétation et à la rédaction. La contribution de cet essai est réelle mais étroite : un signal d’efficacité modeste sur les symptômes positifs, complété par une analyse post hoc sur la psychopathologie générale, pas un bénéfice fonctionnel.
Le contexte
La schizophrénie à début précoce est une situation où la pression thérapeutique est forte et la base de preuves mince. Les essais contrôlés dédiés aux 13 à 17 ans sont peu nombreux, souvent de faible effectif, et la prescription se fait largement par extrapolation des données de l’adulte. Les auteurs rappellent d’ailleurs que l’approbation américaine du brexpiprazole chez l’adolescent reposait sur cette extrapolation, appuyée sur des données pharmacocinétiques et une analyse intermédiaire de sécurité en ouvert. Cette démarche n’est pas anodine : à cet âge, la sensibilité aux effets métaboliques, à la sédation, à l’hyperprolactinémie et aux effets moteurs est différente, et les conséquences d’un effet indésirable sur la scolarité, la socialisation et l’observance à long terme sont plus lourdes que chez l’adulte installé.
Le brexpiprazole appartient à la famille des agonistes partiels du récepteur D2, comme l’aripiprazole et la cariprazine. Ce rappel de pharmacologie se situe hors du champ de l’essai. L’argument de développement de cette classe porte moins sur un gain d’efficacité que sur un profil de tolérance, en particulier sur l’akathisie et sur la sédation. C’est une promesse plausible sur le plan pharmacologique, mais une promesse pharmacologique n’est pas un résultat clinique tant qu’un essai ne l’a pas mesurée directement.
La question posée est donc simple à formuler et difficile à trancher : chez l’adolescent, le brexpiprazole fait-il mieux que le placebo à six semaines, et de combien ? Un essai suffisamment grand détecte des différences que personne ne verrait en consultation. C’est précisément le cas de figure que cette publication met sur la table, et c’est ce qui en fait un objet d’apprentissage autant qu’une donnée clinique.
Le point de méthode
Ce qu’un bras de référence active autorise à dire, et ce qu’il n’autorise pas
Le troisième bras, aripiprazole 10 à 20 mg par jour, n’est pas là pour départager deux molécules. Il remplit une fonction précise et limitée, dite de sensibilité du dispositif : vérifier que l’essai, dans ses conditions concrètes de recrutement, d’évaluation et de suivi, est capable de détecter un effet là où l’on sait qu’il en existe un. Si le produit de référence ne se sépare pas du placebo, on apprend que l’essai était incapable de distinguer quoi que ce soit, et l’absence de résultat sur le produit testé devient ininterprétable. C’est un garde-fou méthodologique, pas une comparaison. Ici, le contrôle fonctionne : l’aripiprazole se sépare du placebo de -6,53 points (IC 95 % -10,8 à -2,21), avec une valeur de p nominale de 0,0032.
La conséquence est stricte, et c’est le piège le plus fréquent à la lecture de ce type d’essai. Toute comparaison chiffrée entre le brexpiprazole et l’aripiprazole, y compris sur l’akathisie ou sur la somnolence, est descriptive. Les auteurs écrivent explicitement que l’essai n’a été ni conçu ni dimensionné pour une comparaison directe entre les deux molécules et qu’aucune hiérarchie de tests n’était prévue. Écrire que le brexpiprazole donne moins d’akathisie que l’aripiprazole serait une faute d’inférence, même si les pourcentages bruts vont dans ce sens. La formulation acceptable est que, dans cet essai, les fréquences observées d’akathisie et de somnolence sont plus basses dans le bras brexpiprazole que dans le bras de référence, sans que cette différence ait été testée.
Significativité statistique et pertinence clinique sur la PANSS
Le second point de méthode est celui qui structure toute la lecture de cet article. La PANSS est une échelle en 30 items dont le score total varie de 30 à 210. Une différence de quelques points sur cette échelle n’a pas de traduction perceptible en consultation. Les auteurs rappellent eux mêmes, en justifiant le choix du critère principal, que les travaux d’ancrage sur l’échelle d’impression clinique globale situent la différence minimale cliniquement importante autour de 15 points, ou d’une réduction de 34 % par rapport au score initial. Deux réserves accompagnent ce repère. Il a été estimé chez des adultes atteints de schizophrénie chronique, dans la cohorte CATIE, et sa transposition à des adolescents n’a rien d’automatique. Surtout, il qualifie l’amélioration d’un patient donné, alors que -5,33 est une différence entre deux groupes : les deux quantités ne se superposent pas terme à terme.
Avec ces réserves, le constat tient, et il est même renforcé par un repère interne à l’essai. Le calcul d’effectif visait à détecter une différence de -7,4 points, avec 105 patients par groupe et une puissance d’au moins 80 %. L’effet observé, -5,33 points, est plus petit que l’effet attendu par les investigateurs eux mêmes, et environ trois fois inférieur au repère de pertinence clinique qu’ils citent. La borne la plus favorable de l’intervalle de confiance, -9,55 points, reste elle même en deçà de ce repère. Ce n’est pas un essai négatif : le critère principal est atteint, la direction de l’effet est constante et l’intervalle exclut le zéro. C’est un essai positif dont l’effet est petit, et les deux affirmations doivent tenir dans la même phrase.
La réponse placebo, à -17,4 points, explique une partie de cette compression. Les auteurs la situent au haut de la fourchette attendue par rapport aux essais antérieurs d’antipsychotiques atypiques chez l’adolescent, et avancent, à titre d’hypothèse, que le dispositif à trois bras a pu la majorer, le participant ayant deux chances sur trois de recevoir un traitement actif et recevant deux comprimés. Ils signalent aussi que l’idée d’une réponse placebo plus forte chez l’enfant et l’adolescent que chez l’adulte repose sur une littérature rare. Cette réponse placebo n’invalide pas le résultat, elle en limite l’amplitude mesurable.
L’étude en un coup d’œil
| Question (PICO) | |
|---|---|
| Population | |
| Adolescents de 13 à 17 ans, âge moyen 15,3 ans (ET 1,5), schizophrénie selon le DSM-5 confirmée par la K-SADS-PL, score PANSS total d’au moins 80 au dépistage et à l’inclusion, score PANSS moyen de départ voisin de 101. 62 sites ambulatoires, dix pays. 316 patients randomisés, 314 dans la population d’efficacité. | |
| Intervention | |
| Brexpiprazole 2 à 4 mg par jour, avec une titration jusqu’au jour 21, n = 110. Dose moyenne à la dernière visite 3,0 mg (ET 0,9). | |
| Comparateur | |
| Placebo, n = 104. Un bras aripiprazole 10 à 20 mg par jour, n = 102, dose moyenne 13,9 mg (ET 4,7), sert de référence active destinée à contrôler la sensibilité du dispositif, sans comparaison d’efficacité formellement testée. | |
| Critères de jugement | |
| Principal : variation du score PANSS total à la semaine 6. Secondaires : sous échelles positive et négative de la PANSS, taux de réponse défini par une réduction d’au moins 30 % du score PANSS total ou un score CGI-I de 1 ou 2, rémission, CGAS, CGI-S, CGI-I, tolérance. La sous échelle de psychopathologie générale a été analysée post hoc. Instruments de sécurité : C-SSRS, échelles d’effets extrapyramidaux, poids, biologie, ECG. | |
| Design | |
| Essai contrôlé randomisé de phase 3, allocation 1:1:1, double aveugle, contre placebo, avec référence active. Durée 6 semaines. Inclusions du 29 juin 2017 au 23 février 2023, essai clos le 3 avril 2023. Enregistrement ClinicalTrials.gov NCT03198078. Analyse principale par modèle mixte à mesures répétées sur cas observés. Niveau de preuve CEBM 1b. |
Le contrôle de qualité
| Critère | Statut |
|---|---|
| Randomisation et aveugle | Solide |
| ConstatAllocation 1:1:1 par système interactif, stratifiée par site, en double aveugle, avec double placebo, chaque patient recevant deux comprimés. Diagnostic établi par un entretien semi structuré, la K-SADS-PL, et non par la seule impression clinique. | |
| Effectif et puissance sur le critère principal | Réserve sur la puissance |
| Constat316 patients randomisés, 314 analysés, pour un effectif planifié de 315, soit 105 par groupe, calculé pour détecter une différence de -7,4 points (ET 19,0) avec une puissance d’au moins 80 %. L’effectif initial a été réduit par amendement au protocole, avec une baisse de puissance assumée par les auteurs, après accord du comité pédiatrique de l’Agence européenne des médicaments. La puissance ne couvrait ni les critères secondaires ni les comparaisons de tolérance. | |
| Gestion de la multiplicité | Réserve |
| ConstatAucune hiérarchie de tests n’était prévue. En dehors du critère principal à la semaine 6, toutes les valeurs de p sont nominales, sans ajustement formel pour la multiplicité, et doivent se lire comme descriptives. | |
| Conditions de recrutement | Réserve |
| ConstatRecrutement étalé sur environ six ans, traversé par la période COVID, avec une contribution très inégale des pays : Ukraine 102 patients (32 %), Mexique 95 (30 %), États-Unis 43 (14 %), Serbie 31 (10 %), la France et l’Espagne un patient chacune. Les analyses de sensibilité relatives à la pandémie ont été introduites par addendum mais leurs résultats ne sont pas présentés dans l’article. La transposition à une population suivie en France n’est pas immédiate. | |
| Durée d’observation | Courte |
| ConstatSix semaines, dont trois consacrées à la titration, ce que les auteurs reconnaissent comme une limite à l’interprétation des effets précoces. L’essai ne dit rien par lui même du maintien de l’effet, de la tolérance métabolique à moyen terme, ni de la trajectoire fonctionnelle sur une année scolaire. | |
| Indépendance et transparence | Faiblesse |
| ConstatSept des neuf auteurs sont ou étaient employés de l’un des deux promoteurs : trois sont employés d’Otsuka, deux l’étaient au moment de l’étude, deux sont employés de H Lundbeck. Les promoteurs sont intervenus dans la conception, le recueil des données, l’analyse, l’interprétation et la rédaction, et ont financé l’assistance rédactionnelle. Le dernier auteur déclare par ailleurs des liens industriels étendus. À l’inverse, le protocole, le plan d’analyse statistique et une procédure de partage des données individuelles sont mis à disposition. | |
Les résultats
Le critère principal est atteint, et l’intervalle de confiance borne l’ampleur du gain possible plus qu’il ne l’ouvre. Sur les critères secondaires, le taux de répondeurs, la sous échelle positive et l’impression clinique globale d’amélioration vont dans le sens du traitement, avec des valeurs de p nominales, tandis que les symptômes négatifs, la rémission, le fonctionnement global et la sévérité clinique globale ne se séparent pas du placebo. Le résultat favorable sur la psychopathologie générale provient d’une analyse post hoc et ne peut porter qu’une valeur exploratoire.
Cette dernière série mérite une formulation prudente. L’essai n’était pas dimensionné pour ces critères et le seuil de rémission est exigeant à six semaines. Ce qui est établi, c’est que l’essai n’a pas démontré d’effet sur ces dimensions, ce qui n’est pas la même chose que d’avoir démontré qu’il n’y en a pas. La distinction détermine ce qu’un essai plus long, dimensionné pour le fonctionnement, pourrait encore montrer.
| Critère de jugement | Lecture |
|---|---|
| PANSS total à la semaine 6 | Résultat central |
| ConstatVariation de -22,8 points (ES 1,5) sous brexpiprazole contre -17,4 points (ES 1,6) sous placebo, soit une différence de -5,33 points, IC 95 % -9,55 à -1,10, p = 0,014. Réponse placebo élevée, que les auteurs situent au haut de la fourchette attendue dans cette population. | |
| Taux de réponse, réduction d’au moins 30 % ou CGI-I de 1 ou 2 | Secondaire |
| Constat43,6 % contre 28,2 %, risque relatif 1,55, IC 95 % 1,09 à 2,20, p = 0,011. Valeur nominale, non ajustée pour la multiplicité. | |
| Symptômes positifs et psychopathologie générale | Secondaire et post hoc |
| ConstatSous échelle positive, différence de -1,44 point, IC 95 % -2,65 à -0,22, p = 0,021, nominal. Sous échelle de psychopathologie générale, différence de -2,89 points, IC 95 % -5,08 à -0,70, p = 0,0098, mais l’analyse est post hoc et ne vaut que comme piste. | |
| Impression clinique globale d’amélioration | Secondaire |
| ConstatDifférence de -0,29 point en faveur du brexpiprazole, IC 95 % -0,56 à -0,03, p = 0,029, nominal. La sévérité clinique globale, elle, ne se sépare pas du placebo, p = 0,36. | |
| Symptômes négatifs | Non conclusif |
| ConstatDifférence de -0,88 point, IC 95 % -2,04 à 0,28, p = 0,14. Absence de démonstration sur une dimension pour laquelle l’essai n’était pas dimensionné, et non démonstration d’une absence d’effet. | |
| Rémission et fonctionnement global | Non conclusif |
| ConstatRémission 29,1 % contre 23,3 %, risque relatif 1,18, IC 95 % 0,77 à 1,81, p = 0,44. Gain de 2,48 points sur le CGAS, IC 95 % -0,35 à 5,31, p = 0,085. Qualité de vie mesurée par le P-Q-LES-Q sans différence, p = 0,67. Aucun bénéfice fonctionnel n’est établi à six semaines. | |
| Tolérance | Lecture |
|---|---|
| Événements indésirables émergents, toutes causes | Rassurant |
| Constat40 % sous brexpiprazole et 40 % sous placebo, 52 % dans le bras de référence active. Un événement grave sous brexpiprazole (1 %) contre trois sous placebo (3 %), aucun décès, aucun arrêt de traitement pour effet indésirable dans le bras brexpiprazole. Les événements jugés potentiellement liés au traitement sont un peu plus fréquents que sous placebo, 22 % contre 16 %. La superposition globale avec le placebo est l’élément le plus solide du versant tolérance. | |
| Akathisie et somnolence | Descriptif |
| ConstatAkathisie chez 4 % des patients sous brexpiprazole, 3 % sous placebo, 7 % sous référence active. Somnolence chez 5 %, 5 % et 11 % respectivement. Autrement dit, aucun excès net par rapport au placebo sur ces deux effets, et des fréquences plus basses que dans le bras de référence, mais ces écarts ne sont pas issus d’une comparaison prévue au protocole et ne constituent pas une différence démontrée entre les deux molécules. | |
| Poids et paramètres métaboliques | À surveiller |
| ConstatPrise de poids moyenne de 0,8 kg (ET 2,6) sous brexpiprazole contre 0,0 kg (ET 2,2) sous placebo à la dernière visite. Une prise de poids d’au moins 7 % concerne 8 % des patients sous brexpiprazole contre 5 % sous placebo. Le score Z de poids ajusté sur l’âge et le sexe reste inchangé dans les trois bras. Glycémie à jeun en hausse de 1,1 mg/dL (ET 12,2) contre 0,7 mg/dL sous placebo. Sur six semaines, ces mouvements sont faibles, et cette durée ne dit rien du risque métabolique ultérieur. | |
| Prolactine, ECG, effets moteurs, cognition | Sans signal majeur |
| ConstatLes auteurs ne rapportent aucune différence cliniquement significative entre groupes sur les paramètres biologiques moyens, les constantes, l’ECG, les échelles d’effets extrapyramidaux et les effets cognitifs. La prolactine augmente légèrement chez les filles traitées par brexpiprazole, augmentation jugée non cliniquement significative, et un cas de galactorrhée d’intensité légère, résolutif le jour même, est survenu chez un garçon dont la prolactinémie restait normale. Le détail de ces analyses figure dans un appendice qui n’a pas été consulté. | |
Lecture critique
| Domaine | Jugement |
|---|---|
| Adéquation entre la revendication et la preuve | Réserve |
| Lecture PEBLe critère principal est atteint et la démonstration statistique tient. L’amplitude de l’effet reste inférieure à celle que l’essai visait à détecter et au repère de pertinence clinique cité par les auteurs eux mêmes. La revendication soutenable est celle d’un effet réel et petit, porté par les symptômes positifs, l’appui sur la psychopathologie générale relevant d’une analyse post hoc. | |
| Statut du bras aripiprazole | À ne pas surinterpréter |
| Lecture PEBRéférence active destinée au contrôle de sensibilité, pas comparateur d’efficacité. Le contrôle est réussi, ce qui valide la lecture du bras brexpiprazole. Toute lecture en tête à tête entre les deux agonistes partiels, y compris sur les effets moteurs, sort de ce que l’essai autorise. | |
| Réponse placebo | Réserve |
| Lecture PEBAmélioration de 17,4 points sous placebo, que les auteurs situent au haut de la fourchette attendue. Elle comprime l’écart mesurable et rappelle le poids du cadre de soins dans l’évolution à six semaines d’un adolescent inclus dans un protocole. L’explication avancée, un dispositif à trois bras avec deux chances sur trois de recevoir un traitement actif, reste une hypothèse des auteurs. | |
| Indépendance | Faiblesse majeure |
| Lecture PEBSept des neuf auteurs sont ou étaient employés d’Otsuka ou de H Lundbeck, les deux financeurs, qui ont pris part à la conception, au recueil des données, à l’analyse, à l’interprétation et à la rédaction, et ont financé l’assistance rédactionnelle. Le risque d’allégeance porte moins sur les chiffres, contrôlés par la revue, que sur le cadrage : le choix des critères secondaires mis en avant et la formulation des conclusions. | |
| Validité externe | Limitée |
| Lecture PEBPopulation sélectionnée par un score PANSS d’au moins 80, avec exclusion des comorbidités instables, de la résistance thérapeutique et du risque suicidaire élevé, et restrictions sur les traitements associés, limites que les auteurs reconnaissent. Recrutement sur environ six ans, concentré à 62 % sur l’Ukraine et le Mexique, période COVID incluse. Le patient de la consultation française, souvent comorbide, parfois consommateur de cannabis, n’est pas exactement celui de l’essai. | |
| Horizon temporel | Court |
| Lecture PEBSix semaines dont trois de titration. Sur la question qui compte réellement chez l’adolescent, la tolérance métabolique et le devenir fonctionnel à un an, cet essai ne fournit aucune donnée. Une extension en ouvert est en cours, mais ses résultats intermédiaires relèvent d’un autre protocole, sans groupe contrôle. | |
Et en France ?
Un rappel préalable, situé hors du champ de cet essai. Les auteurs indiquent que le brexpiprazole est approuvé dans la schizophrénie de l’adulte et de l’adolescent à partir de 13 ans aux États-Unis et dans d’autres pays, dont Singapour, les Émirats arabes unis et le Brésil. Ils ne font état d’aucune approbation européenne dans cette tranche d’âge. Le statut du brexpiprazole en France, c’est à dire son autorisation de mise sur le marché, sa commercialisation effective et son remboursement, en particulier chez l’adolescent, est à vérifier auprès des sources officielles avant toute décision de prescription. Cet essai, quelle que soit sa qualité, ne constitue pas une autorisation et ne préjuge d’aucune décision d’une agence, française ou européenne.
Si la question d’une prescription en dehors des indications de l’autorisation se posait, elle relève en France d’un cadre juridique explicite. L’article L. 5121-12-1 du code de la santé publique subordonne la prescription hors autorisation de mise sur le marché à l’absence d’alternative appropriée disposant d’une autorisation, et l’assortit d’obligations d’information du patient, de mention sur l’ordonnance et de traçabilité dans le dossier. Cette rédaction est à vérifier dans sa version en vigueur, le texte ayant été modifié à plusieurs reprises. La démonstration d’un effet dans un essai ne dispense d’aucune de ces obligations.
Sur le fond clinique, cet essai ne modifie pas les lignes. Il ne fournit aucune comparaison formelle avec les molécules utilisées en première intention chez l’adolescent en France, et l’amplitude de l’effet mesuré ne fournit aucun argument pour déplacer un patient stabilisé. Ce qu’il apporte, c’est une donnée de tolérance à court terme cohérente, sans excès d’événements indésirables par rapport au placebo sur six semaines, dans une classe où la question de l’akathisie et de la sédation pèse lourd sur l’observance d’un jeune scolarisé. De l’avis de PEB, cette donnée peut légitimement entrer dans une discussion de deuxième ou de troisième ligne, chez un patient dont le problème principal est la tolérance et non l’efficacité, une fois le statut réglementaire vérifié. Il s’agit d’une opinion, pas d’un résultat de l’essai, qui n’a testé aucune séquence thérapeutique.
Un mot enfin sur la surveillance. Six semaines ne disent rien du risque métabolique, qui est le point sensible chez l’adolescent traité au long cours : la surveillance du poids, du périmètre abdominal et du bilan lipidique et glucidique reste la règle, et cet essai n’apporte aucun élément permettant de l’alléger.
Niveau de preuve
Appréciation PEB : la confiance est élevée sur l’existence d’un effet du brexpiprazole supérieur au placebo sur le score PANSS total à six semaines chez l’adolescent, et sur le fait que cet effet est de faible amplitude. Le design, l’aveugle, l’effectif et le contrôle de sensibilité réussi soutiennent cette conclusion, de même que la superposition du profil d’événements indésirables avec celui du placebo sur cette durée.
Elle est faible, en revanche, sur trois points. D’abord sur toute traduction clinique de l’effet mesuré : rien n’indique qu’un écart de cet ordre soit perceptible pour le patient, sa famille ou le clinicien. Ensuite sur les critères secondaires favorables, non ajustés pour la multiplicité, et plus encore sur l’analyse post hoc de la psychopathologie générale, qui relèvent de l’exploratoire. Enfin sur la tolérance comparative avec les autres agonistes partiels, que l’essai n’a pas testée. Les critères qui ne se séparent pas du placebo, symptômes négatifs, rémission et fonctionnement, ne concluent pas et ne doivent pas être présentés comme un échec démontré. La faiblesse d’indépendance, avec sept auteurs sur neuf employés ou anciens employés des deux promoteurs, ne modifie pas les données publiées mais justifie une lecture attentive du cadrage des conclusions.
Le test du confrère
Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.
« Donc c’est positif, d’accord, mais cinq points de PANSS sur une échelle qui va de trente à deux cent dix, je ne les vois pas en consultation. Ce que je retiens, c’est qu’ils n’ont pas trouvé de signal de tolérance en six semaines et que les effets indésirables sont au niveau du placebo. Le reste, les symptômes négatifs, la rémission, ça ne bouge pas, et de toute façon six semaines c’est trop court pour la question qui m’intéresse. Et quand je vois que sept auteurs sur neuf travaillent ou ont travaillé chez les laboratoires qui financent, je lis les conclusions deux fois. »
Traduction pour la pratique : un essai qui documente correctement un effet petit et un profil de tolérance à court terme acceptable, sans fournir d’argument pour modifier une stratégie de première intention chez l’adolescent.
Ce que vous pouvez en faire dès lundi matin.
- Ne changez rien à votre première intention chez l’adolescent : l’essai ne compare le brexpiprazole à aucune stratégie de référence sur l’efficacité.
- Si un jeune patient est en échec de tolérance, akathisie ou sédation invalidantes, cet essai fournit tout au plus un argument de discussion, fondé sur l’absence d’excès d’effets indésirables par rapport au placebo sur six semaines, et non sur une comparaison entre molécules, à condition d’avoir vérifié le statut réglementaire et de remboursement en France dans cette tranche d’âge.
- Devant une famille qui vous cite un essai positif, disposez de la phrase juste : le résultat est statistiquement établi, son ampleur reste inférieure à ce que les auteurs eux mêmes retiennent comme cliniquement important sur cette échelle.
- N’annoncez pas de bénéfice sur les symptômes négatifs ni sur le fonctionnement scolaire : ces critères ne concluent pas dans cet essai.
- Maintenez la surveillance métabolique habituelle : six semaines d’observation ne permettent aucun allègement, et le poids monte déjà un peu plus que sous placebo sur cette courte durée.
- Si la prescription envisagée sort du cadre de l’autorisation, documentez l’absence d’alternative appropriée autorisée, informez le patient et son représentant légal, et tracez la décision, conformément au cadre de l’article L. 5121-12-1 du code de la santé publique, dont la rédaction en vigueur est à vérifier.
- La surveillance pratique est outillée par le simulateur de suivi cardio-métabolique.
Questions fréquentes
Cet essai est il positif ou négatif ?
Positif sur son critère principal, avec un intervalle de confiance qui exclut l’absence d’effet. La nuance porte sur l’amplitude : -5,33 points, alors que l’essai était dimensionné pour détecter -7,4 points et que les auteurs citent un repère de pertinence clinique de l’ordre de 15 points. Un essai peut être statistiquement positif et cliniquement peu parlant, sans devenir pour autant un essai négatif.
Le brexpiprazole donne il moins d’akathisie que l’aripiprazole ?
Cet essai ne permet pas de l’affirmer. Le bras aripiprazole est une référence active destinée à vérifier que le dispositif détecte bien un effet, pas un comparateur formellement testé. Les fréquences rapportées, 4 % sous brexpiprazole, 3 % sous placebo et 7 % sous aripiprazole, sont descriptives.
Faut il conclure que la molécule est inefficace sur les symptômes négatifs ?
Non. L’essai n’a pas démontré d’effet sur cette dimension, ce qui n’équivaut pas à démontrer qu’il n’y en a pas. L’étude n’était pas dimensionnée pour ce critère et six semaines constituent un horizon court pour observer un mouvement sur les symptômes négatifs.
La réponse placebo élevée disqualifie t elle l’essai ?
Non, elle en réduit la marge de démonstration. Une amélioration de 17,4 points sous placebo se situe, selon les auteurs, au haut de la fourchette attendue au regard des essais antérieurs chez l’adolescent, et rappelle qu’une part de l’amélioration observée en pratique tient au cadre de soins.
Les liens d’intérêts remettent ils en cause les résultats ?
Sept des neuf auteurs sont ou étaient employés d’Otsuka ou de H Lundbeck, les deux financeurs, qui ont participé à la conception, au recueil des données, à l’analyse, à l’interprétation et à la rédaction. Ce fait ne modifie pas les chiffres publiés, contrôlés par le processus éditorial de la revue, mais il justifie une attention particulière au cadrage : quels critères secondaires sont mis en avant, et comment la conclusion est formulée.
Peut on le prescrire chez un adolescent en France ?
La réponse dépend du statut réglementaire, qui est à vérifier auprès des sources officielles et ne peut pas être déduit de cet essai. Les auteurs mentionnent une approbation chez l’adolescent à partir de 13 ans aux États-Unis et dans quelques autres pays, sans faire état d’une approbation européenne. En cas de prescription hors autorisation, le cadre français de l’article L. 5121-12-1 du code de la santé publique s’applique, avec la condition d’absence d’alternative appropriée autorisée et les obligations d’information et de traçabilité qui l’accompagnent.
Bibliographie commentée
Étude source. Ward C, Pejović Milovančević M, Kohegyi E, Hefting N, Aurang C, Chen D, Groes Larsen K, Hobart M, Correll CU. Efficacy and safety of brexpiprazole in adolescents with schizophrenia: a multicountry, randomised, double-blind, placebo-controlled, phase 3 trial with an active reference. The Lancet Psychiatry, 2025 ; 12 (5) : 345-354. DOI 10.1016/S2215-0366(25)00043-4 · PMID 40209740. Enregistrement NCT03198078. Financement : Otsuka Pharmaceutical Development & Commercialization et H Lundbeck. Apport : selon les auteurs, premier essai randomisé contrôlé évaluant le brexpiprazole chez l’adolescent atteint de schizophrénie, et premier essai contre placebo dans cette population à inclure une référence active. Limites : effet plus petit que celui recherché et inférieur au repère de pertinence clinique cité par les auteurs, critères secondaires non ajustés pour la multiplicité, sous échelle de psychopathologie générale analysée post hoc, majorité d’auteurs liés aux promoteurs, horizon de six semaines.
Repère de pertinence clinique sur la PANSS. Hermes EDA, Sokoloff D, Stroup TS, Rosenheck RA. Minimum clinically important difference in the Positive and Negative Syndrome Scale with data from the Clinical Antipsychotic Trials of Intervention Effectiveness (CATIE). J Clin Psychiatry, 2012 ; 73 : 526-532. Référence citée par les auteurs de l’essai à l’appui du repère de 15 points ou de 34 % de réduction, non consultée directement pour cette analyse. Elle porte sur une population adulte, ce qui limite sa transposition à l’adolescent.
Références de contexte citées par les auteurs, non consultées directement. Findling RL, Robb A, Nyilas M, et al. A multiple-center, randomized, double-blind, placebo-controlled study of oral aripiprazole for treatment of adolescents with schizophrenia. Am J Psychiatry, 2008 ; 165 : 1432-1441, essai dont l’effet observé a servi d’hypothèse au calcul d’effectif. Atkinson SD, Shah A, Burgess MV, Hefting N, Chen D, Ward CL. Safety and tolerability of brexpiprazole in adolescents with schizophrenia: a long-term, open-label study. JAACAP Open, 2024, publication en ligne du 26 mai, DOI 10.1016/j.jaacop.2024.04.005, extension en ouvert sans groupe contrôle.
Cadre réglementaire français. Le statut du brexpiprazole en France et la rédaction en vigueur de l’article L. 5121-12-1 du code de la santé publique relèvent de sources officielles, hors du champ de la publication analysée, et doivent être vérifiés avant toute application.
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