Publié le 10 septembre 2026, mis à jour le 17 septembre 2026

Analyse · Troubles anxieux et dépression · Exercice physique

Qigong, tai chi, yoga : que valent les exercices corps-esprit contre l’anxiété et la dépression ?

◆ Collection PeerJ · 2026 ; 14 : e20570 · Ye et al. DOI 10.7717/peerj.20570 PMID 41522512 Scientifique 72 Éditorial 75

L’essentiel

Cette méta-analyse réunit 15 essais randomisés et 1351 participants adultes, présentés comme déprimés ou anxieux mais comprenant aussi des étudiants et des femmes âgées en bonne santé, qui ont pratiqué le qigong, le tai chi ou le yoga pendant 8 à 24 semaines. Face à des groupes contrôles passifs (liste d’attente, observation ou absence d’intervention), les symptômes dépressifs baissent davantage (g de Hedges = −0,86, IC 95 % −1,24 à −0,48), mais l’hétérogénéité entre essais est massive (I² = 90 %) et la certitude est jugée faible. Pour l’anxiété, l’effet est plus modeste, faible à modéré selon la classification des auteurs, et beaucoup plus homogène (g = −0,38, IC 95 % −0,53 à −0,23, I² = 19 %), et les auteurs lui attribuent une certitude élevée. C’est ce contraste qui fait l’intérêt de l’étude. Il faut pourtant le lire avec deux limites en tête. Les essais à comparateur actif étaient exclus par construction : une partie de l’effet peut tenir au cadre, au groupe et à l’attente plutôt qu’à la pratique elle-même. Et les participants sous psychotropes étaient exclus : ces essais évaluent la pratique seule, pas son ajout à un traitement.

Le contexte

Beaucoup de patients anxieux ou déprimés demandent ce qu’ils peuvent faire en plus de leur traitement, et certains pratiquent déjà le yoga ou le tai chi. L’exercice physique en général a été largement méta-analysé, y compris sur ce site à propos de l’exercice physique dans le trouble bipolaire. Les pratiques corps-esprit ont une particularité : elles associent mouvement lent, respiration et attention, et leur effet propre est difficile à séparer de celui du cadre dans lequel on les pratique.

La question posée ici est donc précise. Chez des adultes présentant des symptômes dépressifs ou anxieux, les exercices corps-esprit réduisent-ils ces symptômes par rapport à l’absence d’intervention active, et selon quelles modalités ?

L’étude en un coup d’œil

Question (PICO)
Population
Adultes présentés par les auteurs comme diagnostiqués pour une dépression ou un trouble anxieux (CIM ou DSM), alors que le tableau des essais inclut aussi des étudiants, des femmes âgées en bonne santé ou des femmes enceintes, avec un niveau initial classé normal dans 4 comparaisons sur 15 pour la dépression et 2 sur 11 pour l’anxiété, et que les auteurs reconnaissent que la plupart des essais ne précisaient pas le statut diagnostique. Participants sous psychotropes exclus. Âges moyens de 20,29 à 66,64 ans selon le tableau des essais (21,1 à 66,64 ans selon le texte). 1351 participants, dont 787 dans les groupes d’exercice et 564 dans les groupes contrôles
Intervention
Qigong, tai chi ou yoga pratiqués seuls, séances de 20 à 90 minutes, d’une fois par semaine à tous les jours, pendant 8 à 24 semaines
Comparateur
Contrôles passifs uniquement : liste d’attente, observation ou absence d’intervention, sans exercice ni autre intervention thérapeutique
Critères
Symptômes dépressifs (CES-D, SDS, HAMD, DASS, HADS, SCL-90, POMS) et anxieux (SAS, STAI, DASS, HADS, SCL-90), selon les échelles du tableau des essais, exprimés en g de Hedges, modèle à effets aléatoires
Design
Revue systématique et méta-analyse de 15 essais randomisés publiés entre 2010 et 2023 selon le tableau des essais (2010 à 2024 selon le texte), protocole enregistré sur PROSPERO (CRD42024613769), recherche dans 7 bases jusqu’en juillet 2024 (le 1er ou le 6 selon les sections), qualité des essais évaluée par l’échelle PEDro, certitude par GRADE

Le contrôle de qualité

CritèreStatut
Protocole enregistréOui
ConstatPROSPERO CRD42024613769, recherche dans 7 bases
Qualité des essaisMoyenne
ConstatScore PEDro de 6 à 9 (moyenne 6,33) ; aveugle des participants, des thérapeutes et des évaluateurs dans 1 essai sur 15, allocation dissimulée dans 2 ; mesures majoritairement autoévaluées
ComparateurPassif seulement
ConstatLes essais à comparateur actif étaient exclus : aucun ne compare à une activité de groupe, à un autre exercice ou à un contrôle d’attention
Biais de publicationTesté
ConstatTest d’Egger non significatif et méthode trim-and-fill stable, ce qui ne suffit pas à exclure un biais avec si peu d’essais
Validité externeRéserve
Constat12 essais sur 15 conduits en Chine, dont 2 à Hong Kong (2 aux États-Unis, 1 en Inde) ; populations disparates (étudiants, femmes âgées, femmes enceintes, détenues en centre de sevrage, patients après un AVC) ; participants sous psychotropes exclus
Financement et liens d’intérêtsAucun déclaré
ConstatLes auteurs déclarent n’avoir reçu aucun financement et n’avoir aucun lien d’intérêts ; article en accès libre

Les résultats

g = −0,38Effet sur l’anxiété (IC 95 % −0,53 à −0,23), homogène entre essais (I² = 19 %) : plus modeste que l’effet sur la dépression, mais nettement plus solide.
CritèreRésultat
Symptômes dépressifs (14 essais)g = −0,86 (IC 95 % −1,24 à −0,48), I² = 90 %, 15 comparaisons, 1311 participants, certitude GRADE faible
Lecture PEBEffet large, peu fiable l’hétérogénéité n’est expliquée ni par les sous-groupes ni par la méta-régression (R² = 5,9 %)
Symptômes anxieux (10 essais)g = −0,38 (IC 95 % −0,53 à −0,23), I² = 19 %, 11 comparaisons, 1012 participants, certitude GRADE élevée selon les auteurs
Lecture PEBEffet faible à modéré, cohérent contre un contrôle passif, ce qui plafonne notre confiance
Sous-groupe qigongDépression g = −1,228 (IC 95 % −1,805 à −0,650 ; 8 comparaisons, I² = 93 %) ; anxiété g = −0,439 (IC 95 % −0,634 à −0,245 ; 5 comparaisons)
Lecture PEBExploratoire comparaison indirecte entre pratiques, pas un classement ; pour l’anxiété, le type de pratique n’est pas un modérateur significatif (p = 0,365)
Sous-groupes de dose, dépression3 séances par semaine : g = −2,045 (IC 95 % −3,070 à −1,020 ; 2 comparaisons) ; séances de 31 à 60 minutes : g = −1,315 (IC 95 % −1,874 à −0,755 ; 8 comparaisons)
Lecture PEBHypothèse, pas posologie un g supérieur à 2 sur deux comparaisons signale surtout la fragilité, et la méta-régression ne retrouve d’effet ni de la durée des séances, ni de la fréquence, ni de la période

Le résultat sur l’anxiété est le plus utile, et le mieux construit. Il faut cependant être clair sur ce que « certitude élevée » veut dire ici : il y a vraisemblablement une différence avec le fait de ne rien faire. Ce que la méta-analyse ne dit pas, c’est si ces pratiques font mieux qu’une marche en groupe, un cours de relaxation ou n’importe quelle activité régulière et encadrée. Et les sous-groupes de fréquence ou de durée ne sont pas une posologie : ils comparent des essais différents entre eux, avec d’autres populations et d’autres pratiques.

Lecture critique

DomaineJugement
Recherche et sélectionCorrecte, rapport incohérent
ConstatProtocole enregistré, 7 bases, méthode PRISMA, mais date de fin de recherche variable (1er ou 6 juillet 2024), 13 891 ou 13 901 références identifiées selon le texte ou le diagramme, participants dits diagnostiqués alors que plusieurs populations ne le sont pas, et groupe contrôle de l’essai à deux bras de Hua et Sun (2021) compté deux fois dans les analyses
Effets non spécifiquesNon contrôlés
ConstatAttente, contact social, structure hebdomadaire : tout ce qui accompagne la pratique est inclus dans l’effet
Mesure des symptômesRéserve
ConstatÉchelles majoritairement autoévaluées (les auteurs écrivent toutes, mais 3 essais utilisent la HAMD), remplies par des participants qui savent ce qu’ils pratiquent
Hétérogénéité, dépressionTrès élevée
ConstatI² = 90 %, non résolu par les sous-groupes (I² jusqu’à 95 % à l’intérieur de certains) ni par la méta-régression (R² = 5,9 %, I² résiduel = 88 %)
Certitude pour l’anxiétéÉlevée, discutable
ConstatAucun abaissement retenu malgré l’absence d’aveugle dans 14 essais sur 15 et des mesures majoritairement autoévaluées, limites que les auteurs relèvent eux-mêmes
SuiviNon analysé
ConstatLa plupart des essais n’avaient pas de suivi après la fin des programmes, et la méta-analyse n’étudie pas le maintien de l’effet
Adéquation de la conclusionSurinterprétée
ConstatLe résumé parle de preuves robustes pour la dépression malgré une certitude faible ; la conclusion attribue les effets aux paramètres de pratique alors que la méta-régression est négative, et recommande pour l’anxiété le qigong pendant au moins 16 semaines chez les plus anxieux, quand le résumé désigne le tai chi, 8 semaines ou moins et un niveau initial normal, sans aucun modérateur significatif

Niveau de preuve

Scientifique72/100
Éditorial75/100

Appréciation PEB : confiance correcte pour l’anxiété, faible pour la dépression, faible pour les modalités. Ce qui est démontré, avec les réserves du comparateur passif, c’est une réduction faible à modérée des symptômes anxieux par rapport à l’absence d’intervention. Ce qui est suggéré, c’est une réduction des symptômes dépressifs, dont l’ampleur réelle est inconnue. Ce qui reste une hypothèse, c’est la supériorité du qigong sur les autres pratiques et l’existence d’une fréquence ou d’une durée optimales, que la méta-régression ne confirme pas. Sur ce point, nous sommes plus prudents que les auteurs.

Le test du confrère

Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.

« Pour l’anxiété, je veux bien le proposer, l’effet tient d’un essai à l’autre. Pour la dépression, en complément et sans rien promettre. Par contre les contrôles, c’est la liste d’attente ou rien : je ne sais pas si c’est la pratique ou le fait d’aller à un cours plusieurs fois par semaine. Et je ne vais pas prescrire trois séances de 31 à 60 minutes comme une posologie. »

Traduction pour la pratique : une pratique corps-esprit régulière est une proposition raisonnable en complément, surtout dans l’anxiété, à condition de la présenter pour ce qu’elle est et de ne pas la substituer à un traitement établi. Les essais inclus portaient sur des participants sans psychotropes : l’intérêt de l’ajout à un traitement médicamenteux n’a pas été testé ici.

Ce que vous pouvez en faire

  • Proposer à un patient anxieux une pratique corps-esprit régulière en complément de sa prise en charge, en choisissant celle qu’il a le plus de chances de tenir, en sachant que les essais ont évalué la pratique seule, chez des participants sans psychotropes.
  • Dans la dépression, la présenter comme un complément possible, jamais comme une alternative au traitement, et surveiller l’évolution comme d’habitude.
  • Répondre à un patient qui demande si le yoga « soigne l’anxiété » : pour les pratiques corps-esprit prises ensemble, il y a un effet mesurable par rapport à ne rien faire, d’ampleur faible à modérée ; pour le yoga seul, les 3 comparaisons disponibles ne montrent pas d’effet significatif (g = −0,205, IC 95 % −0,495 à 0,084), ce qui ne prouve pas son absence ; et on ignore si ces pratiques font mieux qu’une autre activité encadrée.
  • Se méfier des programmes vendus avec une posologie précise : les données de fréquence et de durée de cette méta-analyse sont exploratoires.

Questions fréquentes

Faut-il préférer le qigong au yoga ou au tai chi ?

Pas sur la base de cette étude. L’avantage du qigong dans la dépression vient d’une comparaison entre sous-groupes d’essais différents, pas d’essais qui opposent les pratiques entre elles. Dans l’anxiété, le type de pratique n’est pas un modérateur significatif.

Que veut dire « certitude élevée » pour l’anxiété ?

Que les auteurs jugent très peu probable que de nouveaux essais contre des contrôles passifs changent beaucoup le résultat. Cela ne dit rien de la comparaison avec une autre activité de groupe.

Ces résultats valent-ils pour des patients français ?

Avec prudence. Douze essais sur quinze ont été conduits en Chine, dont deux à Hong Kong, dans des contextes où ces pratiques sont culturellement plus familières.

L’effet dure-t-il après l’arrêt ?

On ne sait pas. Selon les auteurs, la plupart des essais inclus n’avaient pas de suivi après la fin des programmes, et la méta-analyse n’analyse pas le maintien de l’effet.

Bibliographie commentée

Étude source. Ye Z, Xu Z, Wang X. A systematic review and meta-analysis of the effects of mind-body exercise on depressed and anxious individuals. PeerJ. 2026 ; 14 : e20570. DOI 10.7717/peerj.20570 · PMID 41522512, identifiant établi au registre PubMed le 10 septembre 2026. Publié en ligne le 6 janvier 2026. Financement : les auteurs déclarent n’avoir reçu aucun financement pour ce travail. Liens d’intérêts : les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêts. Enregistrement : PROSPERO CRD42024613769. Matériel supplémentaire consulté : données brutes par comparaison (effectifs, moyennes et écarts types des variations, dépression et anxiété) et liste de contrôle PRISMA 2020.

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