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Où en êtes-vous du suivi cardio-métabolique ?

Le calendrier de surveillance sous antipsychotique tient sur une page depuis 2010. Lors de l’expérimentation nationale de l’indicateur HAS, le score de conformité s’établissait à 10,5 %, et un quart des établissements restait sous 5,9 %. Cette page reconstitue le calendrier, situe la personne dedans et nomme ce qui manque.

Première question : qui êtes-vous ?

Calendrier ANSM, FFP, HASDonnées actualisées 2026

À lire avant de remplir le tableau

Cette page est un aide-mémoire de surveillance, pas une aide à la décision thérapeutique. Elle applique un calendrier réglementaire à une date d’instauration. Elle ignore tout du dossier : comorbidités, traitements associés, contexte clinique, contraintes du patient. Le rythme réel de surveillance se resserre selon les facteurs de risque retrouvés avant l’instauration, les signes cliniques apparus depuis et la molécule utilisée.

Le tableau ne préjuge de rien. Un paramètre passe au vert parce qu’il a été coché, pas parce qu’il a été fait. Aucun contrôle de cohérence n’est possible depuis une page web, et l’auto-déclaration reste le maillon faible de tout audit de pratique.

La mise en place et l’adaptation d’un traitement antipsychotique supposent une collaboration entre psychiatre et médecin traitant. C’est la première phrase encadrée de la mise au point de 2010, et c’est aussi la ligne où le suivi se perd le plus souvent : chacun suppose que l’autre l’a fait.

Deuxième question : depuis quand ?

Deux dates suffisent à dater tout le calendrier : le mois d’instauration, qui en est l’origine, et la date du jour, qui situe le patient dedans. Les échéances affichées plus bas sont donc à la fois exprimées en mois de traitement et converties en mois calendaires, ce qui les rend directement programmables. Le profil métabolique de la molécule est facultatif et sert à resserrer le rythme.

Aucune valeur par défaut : la date est l’origine de tout le calendrier.

Préremplie à la date du jour, modifiable pour projeter une échéance.

Molécule non préciséeSans molécule précisée, le calendrier de base s’applique. Le texte de 2010 ne distingue d’ailleurs pas les molécules dans son rythme de surveillance.

Saisie libre, en milligrammes par jour. Pour les formes retard, en milligrammes par période d’injection, par exemple 150 mg toutes les 4 semaines. Reprise telle quelle dans le document téléchargé.

Date manquante
Renseignez le mois et l’année d’instauration. Tout le tableau se calcule à partir de cette origine, aucune valeur n’est proposée par défaut pour éviter qu’une date arbitraire soit prise pour une donnée.
Avant T0avant la 1re prise · 9 échéances
T0 à M19 échéances
M1 à M31 échéance
M3 à M64 échéances
M6 à M121 échéance
1 à 2 ans7 échéances
2 à 5 ans7 échéances
5 ans +8 échéances

Les huit phases sont comptées à partir du mois d’instauration. Le nombre indiqué sous chacune est le nombre de paramètres dont l’échéance y tombe. La phase en surbrillance est celle où se situe la date du jour.

Votre tableau de suivi

Le tableau démarre en supposant que rien n’a été fait, et il ne suppose rien d’autre : cochez ce qui a été réalisé et tracé dans le dossier. Le statut des lignes non cochées se déduit du croisement entre le calendrier et la période choisie, une échéance récemment échue est à réaliser, une échéance échue de longue date est dépassée. Chaque ligne porte le mois calendaire correspondant.

Statut
Paramètre
Échéances, à compter de l’instauration
Fait
StatutEn attente de la dateRenseignez le mois d’instauration
Paramètre

Antécédents cardio-vasculaires et métaboliques

Antécédents personnels et familiaux : hypertension artérielle, diabète, dyslipidémie, décès cardiovasculaire précoce dans la famille. Traitements en cours susceptibles d’interférer avec les métabolismes glucidique et lipidique.

La recherche doit être tracée dans le dossier. La justification de son absence vaut conformité pour l’indicateur HAS, pas son oubli.

Échéances, à compter de l’instaurationT0, puis réévaluation annuelleANSM 2010 · FFP 2015 · HAS critère 1
Fait—
StatutEn attente de la dateRenseignez le mois d’instauration
Paramètre

Facteurs de risque thrombo-emboliques

Antécédent thrombo-embolique, immobilisation, contention, sédation profonde, contraception oestroprogestative, tabagisme, chirurgie récente.

Critère retenu par la HAS pour le périmètre ambulatoire. À réévaluer à chaque épisode d’immobilisation ou de contention, indépendamment du calendrier.

Échéances, à compter de l’instaurationT0, puis réévaluation annuelleHAS 2021 · FFP 2015 · HAS critère 2
Fait—
StatutEn attente de la dateRenseignez le mois d’instauration
Paramètre

Poids et indice de masse corporelle

Pesée à chaque contact la première année. La trajectoire d’IMC des douze premières semaines est, à ce jour, le facteur pronostique non génétique le plus robuste du gain pondéral à long terme.

Seuils de décision : 7 % du poids initial (ANSM 2010), 5 % (consensus ADA 2004). Au franchissement, vérifier l’absence de diabète et réévaluer le choix de la molécule.

Échéances, à compter de l’instaurationT0, 1 mois, 3 mois, puis tous les 3 moisANSM 2010 · ADA 2004 · HAS critère 4
Fait—
StatutEn attente de la dateRenseignez le mois d’instauration
Paramètre

Tour de taillenon obligatoire mais recommandé

Mesure du périmètre ombilical. L’adiposité viscérale prédit l’insulinorésistance parfois indépendamment de l’IMC, ce qui rend la mesure non redondante avec la pesée.

La mise au point de 2010 ne l’exige qu’à l’instauration. Le rythme annuel retenu ici suit le consensus ADA 2004 et l’indicateur HAS, qui l’inclut dans les paramètres anthropométriques.

Échéances, à compter de l’instaurationT0, puis annuelADA 2004 · HAS 2021 · HAS critère 4
Fait—
StatutEn attente de la dateRenseignez le mois d’instauration
Paramètre

Pression artérielle

Mesure en position assise, au calme, avec un brassard adapté à la circonférence du bras, mesures répétées, appareil régulièrement calibré.

Cibles tensionnelles identiques à celles de la population générale. La psychiatrie ne justifie aucune tolérance particulière sur ce point.

Échéances, à compter de l’instaurationT0, 3 mois, puis annuelANSM 2010 · HAS critère 3
Fait—
StatutEn attente de la dateRenseignez le mois d’instauration
Paramètre

Glycémie à jeun, et HbA1c si indiquée

Dosage à jeun. Interroger dans l’intervalle sur les signes évocateurs de diabète : polyurie, polydipsie, amaigrissement. Des dosages plus rapprochés se justifient selon la glycémie initiale et les antécédents familiaux.

La majorité des diabètes rapportés sous clozapine, olanzapine, rispéridone et quétiapine surviennent dans les six premiers mois, et la moitié chez des patients sans antécédent familial.

Échéances, à compter de l’instaurationT0, 3 mois, 12 mois, puis annuelANSM 2010 · HAS critère 6
Fait—
StatutEn attente de la dateRenseignez le mois d’instauration
Paramètre

Bilan lipidique à jeun

Cholestérol total, LDL, HDL, triglycérides. L’élévation des triglycérides et la baisse du HDL sont les modifications les plus précoces et les plus marquées sous antipsychotique.

L’intervalle de 5 ans de la mise au point de 2010 est le point faible du calendrier français. Sous olanzapine ou clozapine, un contrôle annuel est plus cohérent avec la cinétique connue des dyslipidémies.

Échéances, à compter de l’instaurationT0, 3 mois, puis tous les 5 ans si normalANSM 2010 · HAS critère 6
Fait—
StatutEn attente de la dateRenseignez le mois d’instauration
Paramètre

Électrocardiogramme et conclusion médicalenon obligatoire mais recommandé

Recherche d’un allongement du QTc, à interpréter avec les autres médicaments allongeant l’intervalle et avec la kaliémie.

L’indicateur HAS exige la trace d’une conclusion médicale, pas seulement celle d’un tracé rangé dans le dossier. La mise au point de 2010 exclut explicitement de son champ les troubles du rythme, d’où le recours à la recommandation FFP sur ce point.

Échéances, à compter de l’instaurationT0, puis à chaque changement de molécule ou de posologieFFP 2015 · HAS 2021 · HAS critère 5
Fait—
StatutEn attente de la dateRenseignez le mois d’instauration
Paramètre

Hygiène de vie et information du patient

Habitudes alimentaires, activité physique, alcool, tabac, autres substances. Information du patient et de l’entourage sur le risque métabolique et sur les signes devant faire consulter.

L’information de l’entourage figure explicitement dans la mise au point de 2010. Le gain pondéral est une cause fréquente d’arrêt de traitement, et l’arrêt une cause fréquente de rechute : l’aborder tôt relève de l’observance autant que de la prévention.

Échéances, à compter de l’instaurationT0, puis au moins une fois par anANSM 2010 · Information
Fait—

Fait, à jour À réaliser sur cette période Échéance dépassée, à rattraper Suivi programmé, à venir

—Score de vigilance
—À rattraper sans attendre
—À réaliser sur cette période
—Prochaine échéance à programmer

Le score apparaît une fois le tableau renseigné. Il ne portera que sur les échéances déjà échues, selon la logique de l’indicateur HAS.

Synthèse
Le tableau se calcule dès que le mois d’instauration est renseigné.

Carnet de suivi, échéance par échéance

Le tableau précédent dit où en est chaque paramètre aujourd’hui. Celui-ci dit ce qui a été fait à chaque échéance depuis l’instauration, ce qui est la seule façon de voir un trou de suivi plutôt que de le déduire. Cochez à l’intersection du paramètre et de l’échéance : les deux tableaux partagent les mêmes cases et se mettent à jour ensemble. Au-delà de deux ans de traitement, le bloc d’installation se replie en une colonne de synthèse et une fenêtre de cinq années se déplace avec les flèches, ce qui maintient le carnet lisible quelle que soit l’ancienneté du suivi.

Années affichées : 2 à 6
ParamètreT0M1M3M6M9M12M182 ans3 ans4 ans5 ans6 ans
Antécédents cardio-vasculaires et métaboliquesT0, puis réévaluation annuelle·····
Facteurs de risque thrombo-emboliquesT0, puis réévaluation annuelle·····
Poids et indice de masse corporelleT0, 1 mois, 3 mois, puis tous les 3 mois
Tour de tailleT0, puis annuel·····
Pression artérielleT0, 3 mois, puis annuel····
Glycémie à jeun, et HbA1c si indiquéeT0, 3 mois, 12 mois, puis annuel····
Bilan lipidique à jeunT0, 3 mois, puis tous les 5 ans si normal·········
Électrocardiogramme et conclusion médicaleT0, puis à chaque changement de molécule ou de posologie···········
Hygiène de vie et information du patientT0, puis au moins une fois par an·····

Réalisé Échue, non renseignée À venir Sans objet pour ce paramètre

Deux régimes de temps, et une limite assumée. La première année et demie concentre des jalons rapprochés qui ne servent qu’une fois : ils forment le bloc d’installation, repliable en une colonne de synthèse une fois la période passée. Au-delà, le rythme devient annuel et le reste indéfiniment, d’où la fenêtre glissante de cinq années. Un patient suivi depuis quinze ans se lit donc sur six colonnes, pas sur soixante. La limite qui subsiste concerne la pesée trimestrielle : au-delà de dix-huit mois, le carnet ne conserve que son occurrence annuelle. Les pesées intermédiaires se notent dans le dossier, pas ici.

Le seuil qui déclenche une décision

Deux seuils coexistent dans la littérature. Le consensus ADA de 2004 retient 5 % du poids initial, la mise au point française de 2010 retient 7 %, surtout si la prise est rapide. Les deux imposent la même chose : vérifier l’absence de diabète et rediscuter la molécule.

Variation non calculée
Renseignez le poids à l’instauration et le poids actuel. En l’absence de poids de référence tracé, aucun des deux seuils de décision n’est opposable, ce qui est la première défaillance du suivi pondéral en pratique.

Le document à verser au dossier

Ces trois champs n’apparaissent que sur le formulaire téléchargé. Le contrôle ci-dessous signale ce qui manquera dans le fichier avant que vous ne l’ouvriez, le champ le plus souvent oublié étant le poids.

Utilisé uniquement pour titrer le formulaire téléchargé. Rien n’est enregistré ni transmis, la saisie disparaît à la fermeture de l’onglet.

Le titre est ajouté automatiquement : saisir « Martin » produit « Dr Martin » sur le document.

Le suivi cardio-métabolique se partage entre psychiatre et médecin traitant. Le nommer sur le document, c’est désigner l’interlocuteur plutôt que de supposer qu’il existe.

8 champs non renseignés
Le formulaire se téléchargera sans le mois d’instauration, la molécule, la posologie, le poids à l’instauration, le poids actuel, le nom du patient, le prescripteur et le médecin traitant. Ces lignes apparaîtront en pointillé, à compléter à la main.

Le formulaire rempli reprend l’identité, les dates, le poids, la variation pondérale, l’ensemble des cases cochées et la liste des paramètres à programmer. Il est daté dans son nom de fichier, ce qui permet de le régénérer à chaque consultation et de remplacer la version précédente dans le dossier. Le formulaire vierge, lui, ne contient que la trame du calendrier, à remplir à la main. Dans les deux cas il s’agit d’un fichier autonome, sans script ni requête externe, au format paysage, imprimable ou enregistrable en PDF.

Ce qui a changé depuis 2024

Le calendrier de surveillance n’a pas bougé. Ce qui a changé, c’est ce qu’on peut proposer quand la surveillance détecte une prise de poids, et l’ordre dans lequel on le propose.

JAMA Psychiatry, 8 juillet 2026

Un classement enfin complet des traitements adjuvants

Méta-analyse en réseau de 95 essais, 5 898 patients, 39 interventions. Sémaglutide −10,98 kg (IC 95 % −13,33 à −8,62), liraglutide −5,43 kg, topiramate −3,95 kg, metformine −3,86 kg, exénatide −2,97 kg. Certitude modérée pour ces cinq molécules, très faible pour toutes les autres.

Seuls le sémaglutide et la metformine font perdre au moins 5 % du poids à une proportion significative de patients. L’estimation du sémaglutide repose sur trois essais seulement : l’intervalle est large, la place dans la stratégie n’est pas encore stabilisée.

Stogios N, Agarwal SM, Maksyutynska K et coll. doi:10.1001/jamapsychiatry.2026.1814

Deux essais randomisés dédiés

Le gain pondéral n’est plus considéré comme irréversible

HISTORI, 154 patients sous antipsychotique de seconde génération avec prédiabète, 30 semaines de sémaglutide jusqu’à 1 mg : HbA1c −0,46 %, poids −9,21 kg, retour sous 5,7 % d’HbA1c chez 81 % contre 19 % sous placebo, sans dégradation psychiatrique.

COaST, sous clozapine : −13,88 % contre −0,42 % à 36 semaines, sans modification des concentrations de clozapine et de norclozapine. Trente et un participants au lieu des quatre-vingts prévus, l’essai ayant été interrompu faute de produit disponible.

JAMA Psychiatry 2025 · Lancet Psychiatry 2025 ; 12 : 493-503

Prévention

La metformine se prescrit désormais plus tôt

Quatorze essais, 1 126 patients : instaurée en même temps que l’antipsychotique, la metformine limite la prise de poids de 3,12 kg (IC 95 % −4,22 à −2,01) et améliore glycémie à jeun, cholestérol total et triglycérides.

Un guide construit selon AGREE II et GRADE recommande depuis 2025 la co-instauration chez les sujets à risque. La logique n’est plus de traiter un gain constitué mais d’éviter qu’il se constitue.

Ther Adv Psychopharmacol 2024 ; 14 · Schizophr Bull 2025 ; 51 : 1193

Pronostic

La fenêtre utile dure douze semaines

La tendance d’évolution de l’IMC dans les douze premières semaines est le facteur pronostique non génétique le plus robuste du gain pondéral à long terme. C’est l’argument le plus solide en faveur d’une pesée mensuelle précoce plutôt que trimestrielle d’emblée.

Dans une cohorte de premiers épisodes, 6,1 % des patients naïfs prennent plus de 3,5 kg/m² dans les trois premiers mois. Ce sous-groupe est identifiable au premier contrôle, et lui seul justifie une intervention immédiate.

Eur Psychiatry 2023 ; 66 · Schizophrenia 2025

France, cadre 2026

AMM et remboursement ne recouvrent pas le même périmètre

AMM des analogues du GLP-1 dans le contrôle du poids (sémaglutide, tirzépatide, liraglutide) : IMC supérieur ou égal à 30 kg/m², ou compris entre 27 et 30 kg/m² avec au moins un facteur de comorbidité lié au poids, dont le prédiabète, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, la dyslipidémie, le syndrome d’apnées obstructives du sommeil et la maladie cardiovasculaire. Depuis juin 2025, l’ANSM ne réserve plus la primo-prescription aux spécialistes : dans ce cadre, tout médecin peut prescrire.

Remboursement à 65 % depuis le 15 juin 2026, périmètre nettement plus étroit : IMC initial supérieur ou égal à 40 kg/m² sans comorbidité, ou supérieur ou égal à 35 kg/m² avec une comorbidité figurant sur la liste de l’arrêté, où le prédiabète ne figure pas, et après échec d’une prise en charge nutritionnelle bien conduite, définie par moins de 5 % de perte de poids à six mois. La primo-prescription est réservée à des prescripteurs habilités exerçant en CSO, CHU ou SMR spécialisé, ou endocrinologues liés à un CSO par charte. Un justificatif est à établir via le téléservice de l’Assurance maladie et à remettre au patient.

En pratique libérale, l’écart est là : un patient à 32 kg/m² sous olanzapine relève de l’AMM et pas du remboursement. Restent la prescription hors remboursement, à la charge du patient, de l’ordre de 147 à 195 euros par mois pour le sémaglutide selon le dosage, ou l’orientation vers un centre spécialisé quand les seuils sont atteints. Le renouvellement, lui, peut être assuré par tout médecin.

Arrêtés des 23 mai et 10 juin 2026 · avis HAS WEGOVY et MOUNJARO · ANSM, juin 2025

Réserve de lecture

Ce que les classements ne disent pas

Certaines méta-analyses placent encore la sibutramine en tête des tailles d’effet. Elle est retirée du marché européen depuis 2010 pour surrisque cardiovasculaire. Un classement par taille d’effet n’est pas une hiérarchie de prescription.

Metformine et topiramate restent hors AMM dans cette indication. Les analogues du GLP-1 ne disposent d’aucune indication spécifique au gain pondéral induit par les antipsychotiques : l’indication mobilisée reste celle de l’obésité, avec ses propres critères.

À vérifier molécule par molécule avant toute prescription

Opinion analytique. Le calendrier français est le plus ancien des référentiels encore appliqués, et son point faible est identifiable : un bilan lipidique à 5 ans si le premier est normal. Sous olanzapine ou clozapine, l’élévation des triglycérides et la baisse du HDL sont précoces et documentées, et un intervalle de cinq ans revient à découvrir la dyslipidémie par sa complication. Le second point faible n’est pas dans le texte mais dans son application : avec un score de conformité de 10,5 % à l’expérimentation nationale, le problème n’est pas de savoir quoi surveiller, il est de savoir qui le fait. La question à poser en consultation de liaison n’est donc pas « le bilan est-il normal ? », mais « qui l’a demandé, et qui a lu le résultat ? ».

Questions fréquentes

Les réponses ci-dessous reprennent le calendrier réglementaire et les sources citées plus bas. Elles ne remplacent aucun avis médical.

En quoi consiste le suivi cardio-métabolique sous traitement psychiatrique ?

Il porte sur six paramètres, mesurés selon un calendrier qui démarre à l’instauration du traitement : le poids et l’indice de masse corporelle, le tour de taille, la pression artérielle, la glycémie à jeun, le bilan lipidique et, selon la molécule et le terrain, l’électrocardiogramme. En France, le texte opposable reste la mise au point de l’Afssaps, devenue ANSM, de mars 2010 : poids au premier et au troisième mois puis tous les trimestres, glycémie à jeun au troisième mois et au douzième puis annuellement, bilan lipidique au troisième mois puis tous les cinq ans s’il est normal, pression artérielle au troisième mois puis annuellement. La Fédération française de psychiatrie a précisé en 2015 la place de l’électrocardiogramme. Ce calendrier est un plancher : il se resserre selon les facteurs de risque, les signes cliniques et la molécule, jamais l’inverse.

À quelle fréquence faut-il doser le cholestérol sous antipsychotique ?

Selon la mise au point ANSM de 2010, un bilan lipidique complet, cholestérol total, LDL, HDL et triglycérides, est réalisé avant l’instauration puis au troisième mois. S’il est normal et en l’absence de facteur de risque, il est ensuite renouvelé tous les cinq ans. Cet intervalle de cinq ans surprend souvent, et il est plus large que ce que proposent d’autres textes : le consensus américain publié dans Diabetes Care en 2004 retient un rythme annuel, et beaucoup d’équipes s’alignent sur ce dernier. Dès qu’une anomalie apparaît, ou en présence d’un facteur de risque cardiovasculaire, d’une prise de poids rapide ou d’une molécule à haut risque métabolique, le rythme se resserre et la question n’est plus celle du calendrier mais celle de la prise en charge du trouble lipidique.

Quel bilan sanguin faut-il sous traitement psychiatrique ?

Le socle commun à tous les antipsychotiques est métabolique : glycémie à jeun et bilan lipidique, selon le calendrier ci-dessus. À ce socle s’ajoutent des examens propres à certaines molécules, qui ne s’y substituent pas. Sous clozapine, la numération des polynucléaires neutrophiles est obligatoire et conditionne la délivrance du traitement, selon un calendrier réglementaire distinct et bien plus rapproché (le calendrier de surveillance de la clozapine). Sous lithium, la lithiémie, la créatininémie et la TSH. Sous valproate, la numération plaquettaire et les transaminases. Sous carbamazépine, la numération et le bilan hépatique. Aucune de ces surveillances ne dispense des autres : elles répondent à des risques différents.

Pourquoi prend-on du poids sous traitement psychiatrique ?

Le mécanisme principal est pharmacologique et non comportemental. Le blocage des récepteurs histaminiques H1 et sérotoninergiques 5-HT2C augmente l’appétit et modifie la satiété, et c’est l’affinité pour ces récepteurs qui explique l’essentiel des différences entre molécules. La sédation, la baisse d’activité physique liée à la maladie et les conditions de vie s’y ajoutent, mais elles n’expliquent ni la rapidité ni l’ampleur du phénomène. Deux points comptent en pratique. D’abord, la variabilité individuelle est considérable : sous une même molécule, certaines personnes ne prennent rien et d’autres beaucoup plus que la moyenne publiée. Ensuite, la trajectoire des douze premières semaines est le facteur pronostique non génétique le plus robuste du gain à long terme, ce qui justifie une pesée mensuelle précoce plutôt qu’un contrôle trimestriel d’emblée.

Quels antipsychotiques font le plus prendre de poids ?

La méta-analyse en réseau de référence porte sur 18 antipsychotiques, 100 essais randomisés et 25 952 patients. Sur six semaines de traitement aigu et par rapport au placebo, les différences moyennes de poids vont de −0,23 kg pour l’halopéridol à +3,01 kg pour la clozapine, et la variation d’indice de masse corporelle de −0,25 kg/m² pour l’halopéridol à +1,07 kg/m² pour l’olanzapine. La clozapine et l’olanzapine ont les profils les plus défavorables, l’aripiprazole, le brexpiprazole, la cariprazine, la lurasidone et la ziprasidone les plus favorables. Deux réserves de lecture s’imposent. Six semaines ne renseignent pas sur le long terme, et ces chiffres sous-estiment le gain observé en pratique. Et beaucoup de molécules très prescrites en France, dont la cyamémazine, le tiapride et la plupart des neuroleptiques anciens, ne figurent dans aucune de ces méta-analyses : pour elles, l’absence de chiffre n’est pas un chiffre rassurant.

Que faire en cas de prise de poids sous antipsychotique ?

La première chose à ne pas faire est d’arrêter le traitement, seul et sans avis : le risque de rechute à l’arrêt est bien documenté et se paie plus cher que les kilos (poids et psychotropes, les deux courbes côte à côte). Trois leviers existent, à discuter avec le prescripteur. Le changement de molécule, quand la situation psychiatrique le permet. La metformine, qui limite le gain de 3,12 kg (intervalle de confiance 95 % −4,22 à −2,01) quand elle est instaurée en même temps que l’antipsychotique dans quatorze essais et 1 126 patients, et dont l’usage se déplace de la correction vers la prévention. Les analogues du GLP-1 enfin, dont le sémaglutide, qui portent la plus grande taille d’effet publiée dans cette indication mais reposent sur un petit nombre d’essais, ne disposent d’aucune AMM spécifique au gain pondéral induit par les antipsychotiques, et relèvent en France d’un périmètre de remboursement nettement plus étroit que leur périmètre d’AMM.

Sources

Les quatre premières références fixent le calendrier applicable en France. Les suivantes documentent ce qui a bougé depuis, et ne modifient pas le rythme de surveillance : elles modifient ce qu’on fait quand la surveillance détecte quelque chose.

  1. Calendrier de référence français. Afssaps, devenue ANSM. Suivi cardio-métabolique des patients traités par antipsychotiques. Mise au point, mars 2010. Poids à 1 et 3 mois puis trimestriel, glycémie à 3 et 12 mois puis annuelle, bilan lipidique à 3 mois puis à 5 ans si normal, pression artérielle à 3 mois puis annuelle. Seuil d’alerte : prise de poids de 7 %.
  2. Recommandation de bonne pratique. Fédération Française de Psychiatrie. Comment améliorer la prise en charge somatique des patients ayant une pathologie psychiatrique sévère et chronique. 2015. Voir également Saravane D et coll., Élaboration de recommandations pour le suivi somatique des patients atteints de pathologie mentale sévère, L’Encéphale 2009 ; 35 : 330-339.
  3. Indicateur qualité. Haute Autorité de Santé. Vigilance sur l’état cardio-vasculaire et métabolique chez les patients adultes, psychiatrie et santé mentale, périmètre ambulatoire, version 2021. Six critères, objectif de performance 80/100. Lors de l’expérimentation de 2019 dans 72 établissements volontaires, le score de conformité était de 10,5 % et un quart des établissements se situait sous 5,9 %.
  4. Consensus fondateur. American Diabetes Association, American Psychiatric Association, AACE, NAASO. Consensus development conference on antipsychotic drugs and obesity and diabetes. Diabetes Care 2004 ; 27 : 596-601. Origine du seuil de 5 % du poids initial et du rythme semaines 4, 8 et 12.
  5. Hiérarchie métabolique, première génération et long terme. Burschinski A, Schneider-Thoma J, Chiocchia V et coll. Metabolic side effects in persons with schizophrenia during mid- to long-term treatment with antipsychotics: a network meta-analysis of randomized controlled trials. World Psychiatry 2023 ; 22 : 116-128. doi:10.1002/wps.21036. Essais de plus de 13 semaines, durée médiane 45 semaines, 110 essais et 28 antipsychotiques pour le critère pondéral. Chlorpromazine +5,13 kg contre placebo (ICr 95 % 1,98 à 8,30), clozapine +4,21 kg (3,03 à 5,42), olanzapine +3,82 kg (3,15 à 4,50), perphénazine +0,61 kg (−0,76 à 2,01), flupentixol +0,10 kg (−3,08 à 3,35), fluphénazine orale −1,30 kg (−4,45 à 1,93), halopéridol oral −0,01 kg (−0,81 à 0,80). C’est la source des molécules de première génération de cette page. Les auteurs signalent que la confiance CINeMA est faible pour la majorité des comparaisons, et que les estimations du pimozide et de la fluspirilène sont trop incertaines pour être utilisées.
  6. Ce que ces deux méta-analyses ne couvrent pas. Cyamémazine, tiapride, lévomépromazine, sulpiride, zuclopenthixol, loxapine, propériciazine, pipampérone et penfluridol n’apparaissent dans aucune estimation pondérale exploitable. Pour le tiapride, la revue systématique dédiée (Zangani C et coll., Efficacy of tiapride in the treatment of psychiatric disorders: a systematic review, Hum Psychopharmacol 2022 ; 37(5), doi:10.1002/hup.2842) ne rapporte aucun critère métabolique, les essais disponibles étant trop courts pour en mesurer un. Pour la cyamémazine, le RCP français rattache explicitement les effets métaboliques mentionnés à la classe des phénothiazines et non à la molécule. Ces lignes sont donc classées « données limitées », et le simulateur affiche pourquoi.
  7. Hiérarchie métabolique, seconde génération et traitement aigu. Pillinger T, McCutcheon RA, Vano L et coll. Comparative effects of 18 antipsychotics on metabolic function in patients with schizophrenia, predictors of metabolic dysregulation, and association with psychopathology: a systematic review and network meta-analysis. The Lancet Psychiatry 2020 ; 7 : 64-77. doi:10.1016/S2215-0366(19)30416-X. 100 essais randomisés, 25 952 patients, durée médiane 6 semaines. Poids contre placebo de −0,23 kg pour l’halopéridol à +3,01 kg pour la clozapine ; IMC de −0,25 kg/m² pour l’halopéridol à +1,07 kg/m² pour l’olanzapine. Cette méta-analyse ne contient ni chlorpromazine, ni perphénazine, ni pimozide, et aucune des molécules françaises absentes de la littérature internationale. Voir également Flamand-Villeneuve J, Les perturbations métaboliques liées à la prise d’antipsychotiques de seconde génération, Pharmactuel 2010 ; 43 : 91-101 pour la physiopathologie.
  8. Comparaison des traitements adjuvants. Stogios N, Agarwal SM, Maksyutynska K et coll. Pharmacological interventions for weight reduction in patients with schizophrenia treated with antipsychotics: a systematic review and network meta-analysis. JAMA Psychiatry, en ligne le 8 juillet 2026. 95 essais, 5 898 patients, 39 interventions. Sémaglutide −10,98 kg (IC 95 % −13,33 à −8,62 ; k = 3), liraglutide −5,43 kg, topiramate −3,95 kg, metformine −3,86 kg, exénatide −2,97 kg, certitude modérée pour ces cinq molécules.
  9. Essai randomisé, prédiabète. Ganeshalingam AA et coll. Semaglutide treatment of antipsychotic-treated patients with schizophrenia, prediabetes and obesity : the HISTORI randomized clinical trial. JAMA Psychiatry, en ligne le 3 septembre 2025. 154 adultes, 30 semaines, sémaglutide jusqu’à 1 mg par semaine : HbA1c −0,46 % (IC 95 % −0,56 à −0,36), poids −9,21 kg (IC 95 % −11,68 à −6,75), HbA1c inférieure à 5,7 % chez 81 % contre 19 %, sans dégradation des symptômes psychotiques.
  10. Essai randomisé, clozapine. Siskind D et coll. Efficacy and safety of semaglutide versus placebo for people with schizophrenia on clozapine with obesity (COaST). The Lancet Psychiatry 2025 ; 12 : 493-503. 31 participants au lieu des 80 prévus, recrutement interrompu faute de produit : −13,88 % contre −0,42 % à 36 semaines, sans modification des concentrations de clozapine et de norclozapine ni du score PANSS.
  11. Metformine en co-instauration. Yu O, Lu M, Lai TKY et coll. Metformin co-commencement at time of antipsychotic initiation for attenuation of weight gain. Therapeutic Advances in Psychopharmacology 2024 ; 14 : 20451253241255476. 14 essais, 1 126 patients, −3,12 kg (IC 95 % −4,22 à −2,01). Voir également Metformin for the prevention of antipsychotic-induced weight gain: guideline development and consensus validation, Schizophrenia Bulletin 2025 ; 51 : 1193, premier guide construit selon AGREE II et GRADE sur cette question.
  12. Valeur pronostique des douze premières semaines. Fitzgerald I et coll. Predicting antipsychotic-induced weight gain in first episode psychosis : a field-wide systematic review and meta-analysis of non-genetic prognostic factors. European Psychiatry 2023 ; 66. La tendance d’évolution de l’IMC dans les douze premières semaines est le facteur pronostique le plus robuste du gain pondéral à long terme.
  13. Cadre français de prescription et de remboursement. AMM des analogues du GLP-1 dans le contrôle du poids : IMC supérieur ou égal à 30 kg/m², ou de 27 à 30 kg/m² avec au moins un facteur de comorbidité lié au poids. ANSM, décision du 20 juin 2025 : la primo-prescription n’est plus réservée aux spécialistes dans le cadre de l’AMM. Remboursement : avis de la Commission de la transparence WEGOVY (23 octobre 2024) et MOUNJARO (19 novembre 2025), arrêtés du 23 mai 2026 publiés au Journal officiel du 28 mai 2026, modifiés par les arrêtés du 10 juin 2026, prise en charge effective au 15 juin 2026. Remboursement à 65 % pour un IMC initial supérieur ou égal à 40 kg/m² sans comorbidité, ou supérieur ou égal à 35 kg/m² avec une comorbidité listée, après échec d’une prise en charge nutritionnelle bien conduite. Les deux périmètres ne se recouvrent pas, et c’est l’écart entre les deux qui structure la conduite à tenir en pratique de ville.

Ce que cette page ne fait pas. Elle ne calcule aucun risque individuel, ne pose aucun diagnostic et ne remplace aucun examen. Elle rapproche un calendrier réglementaire d’une date d’instauration, ce qui suffit à faire apparaître les trous d’un suivi mais ne dit rien de l’état de santé d’une personne. Un tableau intégralement vert décrit une surveillance conforme, pas un patient en bonne santé.

Sur la liste des molécules. Elle reprend l’annexe de la mise au point ANSM de 2010, dont sont retirées les spécialités qui ne sont plus commercialisées en France, la pipotiazine ayant été retirée en 2015 et le sertindole n’ayant jamais été commercialisé, et elle est complétée des molécules arrivées depuis. La disponibilité d’une spécialité ancienne se vérifie au répertoire de l’ANSM avant prescription. La mention « données limitées » ne signifie pas risque faible : elle signale l’absence d’essai comparatif dédié, situation fréquente pour les molécules de première génération, et cette incertitude ne justifie aucun allègement de la surveillance.

Sur les lignes marquées « non obligatoire mais recommandé ». Elles ne figurent pas telles quelles dans la mise au point de 2010, qui reste le texte opposable en France. Elles proviennent du consensus ADA de 2004, des recommandations de la Fédération Française de Psychiatrie ou de la littérature postérieure. Le marquage sert à garder la part réglementaire et la part argumentée distinguables : ce qui est marqué se défend, ce qui ne l’est pas s’impose.

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