Publié le 12 août 2026, mis à jour le 15 septembre 2026
Diabète et troubles mentaux : qui surveille, qui traite, et qui est oublié ?
L’essentiel
Quarante-neuf études, plus de 5,5 millions de personnes diabétiques, une seule question : à diabète égal, les personnes porteuses d’un trouble psychiatrique reçoivent-elles la même surveillance et les mêmes traitements que les autres ? Pour la surveillance, la réponse est non. Le critère principal, la réalisation d’au moins un acte de surveillance recommandé, donne un rapport de cotes de 0,81. Le fond d’œil est à 0,77, le dosage de l’hémoglobine glyquée à 0,81, le bilan rénal à 0,78, le bilan lipidique à 0,83, l’examen des pieds à 0,85. Pour le traitement, le tableau est différent : globalement aucun écart, davantage d’insuline, à 1,52, et beaucoup moins d’agonistes du récepteur au GLP-1, à 0,26, mais sur deux études seulement. Contrairement à ce que l’on attendrait, les écarts ne se creusent pas avec la sévérité du trouble : ils sont les plus nets pour la catégorie « tout trouble psychiatrique confondu » et pour la démence, et ils s’atténuent dans les sous-groupes schizophrénie et trouble bipolaire. Les données sont observationnelles et n’identifient pas la cause de l’écart.
Le contexte
Les personnes atteintes de troubles psychiatriques ont une mortalité cardiométabolique supérieure à celle de la population générale, et le diabète y est jusqu’à trois fois plus fréquent. Le diabète occupe une position particulière dans cette chaîne, parce que le psychiatre y intervient deux fois : il prescrit des molécules associées à un risque accru de syndrome métabolique et de diabète de type 2, et il est souvent le médecin que le patient voit le plus régulièrement.
La question posée ici n’est donc pas de savoir si les patients psychiatriques ont plus de diabète, ce qui est établi depuis longtemps. Elle est de savoir si, une fois le diabète installé et diagnostiqué, ils reçoivent les mêmes soins. Les auteurs signalent qu’aucune méta-analyse n’avait jusqu’ici quantifié cet écart en le rapportant à des référentiels établis, en l’occurrence les neuf indicateurs de suivi du diabète du NICE.
L’étude en un coup d’œil
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Population | Patients diabétiques, type 1 ou type 2, porteurs d’un trouble psychiatrique |
| Précision5 503 712 personnes diabétiques, dont 838 366, soit 15,2 %, avec un trouble psychiatrique diagnostiqué, défini selon la CIM 9 ou la CIM 10 dans 40 études. Âge moyen 61,4 ans, écart type 8,7, étendue 47 à 82 ans. Sous-groupes diagnostiques effectivement analysés : troubles de l’humeur, épisode dépressif caractérisé, schizophrénie, trouble bipolaire, troubles liés aux substances, démence, troubles anxieux, troubles de la personnalité. Aucun sous-groupe TDAH ni trouble de stress post-traumatique n’est rapporté. | |
| Exposition étudiée | Soins du diabète effectivement reçus, en surveillance et en traitement |
| PrécisionSurveillance : les neuf indicateurs NICE, ramenés à huit après fusion de la créatininémie et du rapport albumine sur créatinine urinaire en un indicateur rénal unique. Traitement : antidiabétique quelconque, insuline, antidiabétique non insulinique, agoniste du récepteur au GLP-1, hypolipémiants, antihypertenseurs, conseil diététique, orientation vers l’éducation thérapeutique, vaccination antigrippale, aide au sevrage tabagique. La metformine, les inhibiteurs de SGLT2 et les statines ne font pas l’objet d’une estimation chiffrée rapportée. | |
| Comparateur | Patients diabétiques sans trouble psychiatrique |
| PrécisionLa comparaison est faite à diagnostic de diabète établi, ce qui écarte la question de l’incidence et isole celle de la prise en charge. | |
| Critère de jugement | Critère principal composite binaire, recevoir au moins un acte de surveillance ou de traitement recommandé |
| PrécisionCritères secondaires : chaque indicateur pris isolément et chaque classe thérapeutique. Modèle à effets aléatoires avec estimation par maximum de vraisemblance restreint, méthode de Hartung, Knapp, Sidik et Jonkman lorsque le nombre d’études est compris entre trois et dix avec variance interétudes non nulle, hétérogénéité mesurée par I carré, analyses de sous-groupes par diagnostic et par pays, méta-régressions. | |
| Design | Revue systématique et méta-analyse d’études observationnelles, conforme à MOOSE et à PRISMA 2020, protocole déposé sur OSF |
| Précision49 études, 42 de cohorte et 7 cas-témoins, recherche dans Scopus, Embase, MEDLINE et PsycINFO de l’origine des bases au 8 février 2025, sans restriction de langue. Données collectées entre 1990 et 2020. Qualité évaluée par l’échelle de Newcastle et Ottawa. Travail signé collectivement par le groupe PAN-Health de l’ECNP. | |
| Financement et liens d’intérêts | Aucun financement. Liens d’intérêts nombreux et déclarés |
| PrécisionLes auteurs déclarent l’absence de source de financement pour ce travail. Plusieurs coauteurs déclarent des honoraires, des activités de conseil ou des participations auprès de l’industrie pharmaceutique, en dehors du travail soumis. Les données sont disponibles auprès de l’auteur correspondant sur demande motivée. | |
Le contrôle de qualité
| Point contrôlé | Jugement |
|---|---|
| Protocole déposé | Déposé sur OSF |
| ConstatLe dépôt préalable limite la sélection après coup des critères rapportés. Les écarts au protocole sont documentés et justifiés dans le matériel supplémentaire, notamment l’alignement des indicateurs sur le référentiel NICE et l’ajout de modérateurs après lecture du corpus. | |
| Rapport standardisé | PRISMA 2020 et MOOSE |
| ConstatDiagramme de flux, grilles de conformité complètes et liste des études exclues avec motif, ce qui rend le travail reproductible. | |
| Qualité des études incluses | 41 études sur 49 de haute qualité |
| ConstatÉchelle de Newcastle et Ottawa, seuil de haute qualité fixé à 7 sur 9. Score médian 8, intervalle interquartile 7 à 9. La cotation étude par étude figure dans le matériel supplémentaire, avec des scores allant de 4 à 9. | |
| Puissance | Très élevée |
| Constat5 503 712 personnes diabétiques. La taille du corpus rend détectables des écarts modestes, mais les intervalles de confiance restent larges sur plusieurs indicateurs, parce que le modèle à effets aléatoires intègre une hétérogénéité majeure. | |
| Hétérogénéité | Extrême |
| ConstatI carré compris entre 92 et 100 % sur les analyses principales de surveillance. Les systèmes de santé, les modes de remboursement et les définitions des troubles psychiatriques varient d’un pays à l’autre. La moyenne agrège des réalités différentes, et les auteurs invitent eux-mêmes à la prudence sur ce point. | |
| Nature des données | Observationnelle |
| ConstatAucune inférence causale n’est possible. Le rapport de cotes mesure un écart, il n’en désigne pas l’origine. Seules 19 des 49 études fournissent des estimations ajustées. | |
| Biais de publication | Recherché, non détecté |
| ConstatEntonnoirs et test d’Egger réalisés lorsque au moins dix études étaient disponibles pour un critère. Aucun signe d’asymétrie sur la surveillance, sur le traitement, ni sur le recours aux soins somatiques. | |
| Applicabilité française | Une seule étude française |
| ConstatUne seule étude conduite en France figure dans le corpus, portant sur la démence, avec un rapport de cotes de surveillance de 0,61, intervalle de 0,59 à 0,62. Le résultat va dans le même sens que l’ensemble, mais il ne représente ni la population psychiatrique française dans son ensemble ni le système de soins actuel. | |
Les résultats
| Acte de soin | Rapport de cotes |
|---|---|
| Surveillance, critère composite principal | 0,81 [0,70 ; 0,94] · 29 études · I² 99 % · p = 0,0049 |
| LectureLe résultat central de l’étude. Il reste significatif après exclusion des études de faible qualité, des études cas-témoins, des estimations non ajustées et des populations de vétérans. Il devient non significatif lorsque l’on retire les populations hospitalisées ou mixtes, 11 études, p égal 0,12. | |
| Examen du fond d’œil | 0,77 [0,63 ; 0,95] · 21 études · I² 99 % · p = 0,013 |
| LectureL’écart le plus marqué parmi les actes de surveillance. Il s’agit d’un acte programmé, qui suppose une orientation et un rendez-vous tenus. | |
| Bilan rénal | 0,78 [0,63 ; 0,96] · 16 études · I² 100 % · p = 0,022 |
| LectureCréatininémie et rapport albumine sur créatinine urinaire regroupés en un seul indicateur, faute de distinction dans les études d’origine. | |
| Dosage de l’hémoglobine glyquée | 0,81 [0,68 ; 0,97] · 24 études · I² 100 % · p = 0,024 |
| LectureLa surveillance la plus élémentaire du diabète, celle qui conditionne toutes les décisions suivantes, est moins souvent faite. | |
| Bilan lipidique | 0,83 [0,69 ; 0,99] · 20 études · I² 99 % · p = 0,043 |
| LectureÉcart de faible amplitude, dont la borne supérieure de l’intervalle frôle l’unité. | |
| Examen des pieds | 0,85 [0,76 ; 0,95] · 11 études · I² 92 % · p = 0,0044 |
| LectureAvec le fond d’œil, c’est l’un des deux actes purement spécifiques au diabète, sans recouvrement avec la surveillance des effets métaboliques des psychotropes. | |
| Tension artérielle, indice de masse corporelle, statut tabagique | 1,08 [0,77 ; 1,52], 1,01 [0,86 ; 1,19] et 1,09 [1,02 ; 1,17] |
| LectureAucun écart pour les deux premiers. Le relevé du statut tabagique est légèrement plus fréquent chez les patients psychiatriques, sur deux études seulement. | |
| Traitement du diabète, critère composite | 1,02 [0,84 ; 1,23] · 22 études · I² 97 % · p = 0,87 |
| LecturePoint capital. Sur le traitement pris globalement, aucun écart n’est mis en évidence. L’écart documenté par cette étude porte sur la surveillance, pas sur le fait d’être traité. | |
| Insuline | 1,52 [1,16 ; 1,99] · 10 études · I² 99 % · p = 0,0022 |
| LectureDavantage d’insuline, pas moins. Les auteurs y voient un possible marqueur de tableaux plus sévères au moment du diagnostic, donc d’un diabète non traité plus longtemps, ou une proportion plus élevée de diabète de type 1. Le tableau 2 de l’article imprime 1,50 pour cette même analyse, le texte, le résumé et le matériel supplémentaire donnent 1,52. | |
| Antidiabétiques non insuliniques | 1,00 [0,83 ; 1,20] · 11 études · I² 99 % · p = 0,99 |
| LectureStrictement aucun écart. | |
| Agonistes du récepteur au GLP-1 | 0,26 [0,13 ; 0,49] · 2 études · I² 0 % · p < 0,0001 |
| LectureC’est l’écart le plus large de l’étude, et il porte sur la classe la plus utile dans une population soumise à une prise de poids d’origine médicamenteuse. Deux études seulement, donc une estimation fragile malgré une hétérogénéité nulle. Les auteurs signalent par ailleurs des données quantitatives insuffisantes pour analyser cette classe par diagnostic. | |
| Hypolipémiants | 0,93 [0,73 ; 1,19] · 7 études · I² 96 % · p = 0,50 |
| LectureAucun écart significatif tous troubles confondus. Un écart apparaît dans le seul sous-groupe schizophrénie, 0,90 [0,84 ; 0,96], 4 études, p égal 0,003. Aucune analyse ne porte spécifiquement sur les statines. | |
| Antihypertenseurs | 0,72 [0,52 ; 0,98] · 5 études · I² 81 % · p = 0,044 |
| LectureLa prévention cardiovasculaire par le contrôle tensionnel est moins souvent engagée, sur un petit nombre d’études. | |
| Orientation vers l’éducation thérapeutique | 0,39 [0,27 ; 0,58] · 2 études · I² 0 % · p < 0,0001 |
| LectureDeux études, mais un écart considérable, et il porte sur l’acte qui conditionne l’autonomie du patient dans la gestion de sa maladie. | |
| Recours aux soins somatiques | 1,59 [1,30 ; 1,94] · 17 études · I² 99 % · p < 0,0001 |
| LectureRésultat contre-intuitif et central. Les patients psychiatriques consultent davantage en médecine somatique, sans que cela se traduise par une meilleure surveillance du diabète. Le déficit ne s’explique donc pas simplement par une absence de contact avec le système de soins. | |
Le gradient par diagnostic ne suit pas la sévérité du trouble psychiatrique. C’est même l’inverse de l’intuition clinique : l’écart le plus net s’observe pour la catégorie large « tout trouble psychiatrique » et pour la démence, tandis qu’il s’atténue et cesse d’être significatif dans les sous-groupes schizophrénie et trouble bipolaire. Les auteurs le relèvent explicitement et avancent une hypothèse, non testée, selon laquelle la prescription de psychotropes entraînerait par elle-même un surcroît de surveillance métabolique qui compenserait partiellement le désavantage.
| Sous-groupe diagnostique | Surveillance, critère composite |
|---|---|
| Démence | 0,60 [0,30 ; 1,21] · 4 études · p = 0,10 |
| LectureLe point estimé le plus bas du corpus, non significatif sur le composite mais significatif acte par acte : fond d’œil 0,60 [0,52 ; 0,69], hémoglobine glyquée 0,63 [0,43 ; 0,91], bilan rénal 0,69 [0,67 ; 0,71]. | |
| Troubles liés aux substances | 0,75 [0,50 ; 1,12] · 8 études · p = 0,13 |
| LectureNon significatif. Une association positive apparaît même sur le bilan rénal, 1,13 [1,07 ; 1,20], 3 études. | |
| Schizophrénie | 0,85 [0,70 ; 1,04] · 10 études · p = 0,12 |
| LectureLa schizophrénie n’est significativement associée à aucun des indicateurs de surveillance pris isolément. Les écarts significatifs qui subsistent portent sur le traitement : antidiabétiques non insuliniques 0,60 [0,46 ; 0,78], hypolipémiants 0,90 [0,84 ; 0,96], orientation vers l’éducation thérapeutique 0,42 [0,25 ; 0,69], avec à l’inverse davantage d’antidiabétiques tous types confondus, 1,27 [1,19 ; 1,35]. | |
| Épisode dépressif caractérisé | 0,86 [0,74 ; 1,00] · 7 études · p = 0,049 |
| LectureLe seul sous-groupe atteignant le seuil de significativité sur le composite de surveillance, et de justesse. Sur les actes isolés, seul l’examen des pieds est significatif, 0,84 [0,72 ; 0,98]. | |
| Trouble bipolaire | 0,87 [0,67 ; 1,12] · 6 études · p = 0,22 |
| LectureAucune association significative avec un quelconque indicateur de qualité des soins du diabète, en surveillance comme en traitement. | |
| Trouble mental sévère, catégorie regroupée | 0,94 [0,82 ; 1,07] · 20 études · p = 0,33 |
| LectureSchizophrénie, trouble bipolaire et dépression caractérisée regroupés. Non significatif sur le composite. Deux actes restent significativement moins réalisés, le fond d’œil 0,76 [0,62 ; 0,94] et l’examen des pieds 0,82 [0,70 ; 0,95]. | |
| Troubles anxieux et troubles de la personnalité | Une seule étude par catégorie, pas de composite |
| LectureTroubles anxieux, une étude : hémoglobine glyquée 0,81 [0,79 ; 0,83], bilan lipidique 0,92 [0,89 ; 0,95], mais fond d’œil 1,09 [1,04 ; 1,13], soit un écart en faveur des patients. Troubles de la personnalité, une étude : fond d’œil 0,89 [0,84 ; 0,93], hémoglobine glyquée 0,73 [0,68 ; 0,79], bilan lipidique 0,75 [0,69 ; 0,81]. Ces résultats reposent sur une source unique et doivent être tenus pour préliminaires. | |
Une lecture est possible et une autre doit être écartée. Celle qui est possible : l’accès aux classes récentes pourrait être plus inégal que l’accès aux classes anciennes. Les auteurs eux-mêmes n’écrivent pas plus fort que « suggérant des disparités d’accès aux traitements nouveaux », et l’argument repose sur deux études pour les agonistes du GLP-1, contre onze pour les antidiabétiques non insuliniques où l’écart est nul. Celle qui doit être écartée : rien dans ces données ne permet de désigner un responsable. La sous-réalisation des actes de surveillance peut refléter une réticence du prescripteur, une difficulté d’accès au spécialiste, une moindre observance anticipée, un renoncement aux soins, ou l’absence de médecin traitant. Le rapport de cotes ne fait pas la différence entre ces mécanismes.
Lecture critique
| Domaine | Jugement |
|---|---|
| Design et niveau de preuve | Le meilleur disponible sur la question |
| ConstatRevue systématique avec méta-analyse, protocole déposé, double rapport standardisé, évaluation formelle de la qualité des études incluses. Le socle reste observationnel : le niveau de preuve plafonne à celui de ses sources, quelle que soit l’ampleur de l’agrégation. Les auteurs n’ont pas conduit d’évaluation formelle du degré de certitude, de type GRADE, et l’indiquent. | |
| Pertinence de la question | Directement clinique |
| ConstatLa question se pose à l’interface entre psychiatrie et médecine somatique, exactement là où la surmortalité se construit. | |
| Cohérence interne | Constante sur la surveillance |
| ConstatLes cinq indicateurs de surveillance significatifs vont tous dans le même sens, sur des actes de nature très différente, de la prise de sang au fond d’œil. En revanche, il n’existe pas de gradient régulier par sévérité du trouble : le sens de variation entre sous-groupes est contraire à l’intuition et les auteurs ne l’expliquent pas. | |
| Hétérogénéité | Non expliquée |
| ConstatAucune méta-régression n’explique la variabilité du critère de surveillance : ni la proportion d’hommes, ni l’âge moyen, ni le type de diabète, ni l’origine ethnique, ni la période d’observation. Un seul modérateur ressort, et sur le traitement seulement, la proportion d’hommes, coefficient de moins 0,011, p égal 0,021. L’hétérogénéité persiste dans les analyses de sensibilité et de sous-groupes. | |
| Robustesse | Une exclusion renverse le résultat |
| ConstatLe résultat principal résiste à cinq analyses de sensibilité sur six. Il s’effondre quand on restreint aux populations strictement ambulatoires, 11 études, p égal 0,12. La significativité dépend donc en partie du cadre de soins étudié, ce qui pèse sur la transposition à une patientèle de ville. | |
| Causalité | Non établie |
| ConstatConfusion résiduelle probable : précarité, tabagisme, densité médicale, comorbidités concurrentes. Seules 19 des 49 études fournissent des estimations ajustées, et le degré d’ajustement varie de l’une à l’autre. | |
| Représentativité | Corpus à dominante américaine |
| ConstatL’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie sont absentes ou sous-représentées. Les auteurs écrivent que leurs résultats reflètent surtout les processus de soins des États-Unis. En analyse par pays, l’écart de surveillance n’est d’ailleurs pas significatif aux États-Unis, 15 études, p égal 0,15, ni au Royaume-Uni, 5 études, p égal 0,61. | |
| Biais de publication | Recherché, non détecté |
| ConstatEntonnoirs et test d’Egger sur les critères comportant au moins dix études. Aucune asymétrie mise en évidence. Les auteurs signalent en revanche l’absence d’ajustement pour la multiplicité des tests. | |
Niveau de preuve
La confiance est élevée sur l’existence d’un écart de surveillance, moins sur son amplitude exacte. La puissance est considérable, l’écart se retrouve sur cinq actes de nature très différente, aucun biais de publication n’est détecté, et le résultat résiste à la plupart des analyses de sensibilité. Elle est tempérée par une hétérogénéité extrême qu’aucune méta-régression n’explique, par la disparition de la significativité en population strictement ambulatoire, et par le fait que plusieurs bornes d’intervalle frôlent l’unité. La confiance est faible sur l’origine de cet écart, et nulle sur son caractère modifiable par une intervention donnée : aucune étude d’intervention n’est incluse ici, et les auteurs appellent explicitement à des essais randomisés.
Ce qui est établi avec le plus de solidité : les personnes suivies en psychiatrie et atteintes de diabète reçoivent moins souvent les actes de surveillance recommandés, alors même qu’elles consultent davantage en médecine somatique. Ce qui n’est pas établi : un écart sur le traitement pris globalement, qui est nul dans cette méta-analyse. Ce qui est suggéré, sur deux études : un accès très inférieur aux agonistes du récepteur au GLP-1. Ce qui est contredit par les données : l’idée d’un gradient croissant avec la sévérité du trouble psychiatrique. Ce qui relève de l’interprétation : les mécanismes invoqués par les auteurs, fragmentation des systèmes de soins, stigmatisation, occultation diagnostique, barrières liées au patient, rareté des recommandations intégrées.
Le test du confrère
Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.
« Ce n’est pas une surprise, mais voir le chiffre écrit fait un effet. Le plus troublant, ce n’est pas qu’ils soient moins traités, c’est qu’ils consultent plus et qu’on les surveille moins. Le fond d’œil, la créatinine, ça se perd en route. Ça, je ne peux pas le mettre sur le compte du patient. »
Traduction pour la pratique : la conséquence n’est pas que le psychiatre prenne en charge le diabète, ce n’est pas son métier. Elle est qu’il cesse de tenir la surveillance pour acquise. Vérifier qu’un dosage récent existe, savoir qui suit le patient sur le plan métabolique, et écrire au médecin traitant lorsque personne ne le suit, sont trois gestes de consultation.
Ce que vous pouvez en faire
- Faire figurer la date du dernier dosage d’hémoglobine glyquée dans le dossier de tout patient sous antipsychotique, au même titre que la date du dernier électrocardiogramme.
- Identifier nommément qui assure le suivi métabolique. Si la réponse est incertaine, considérer que personne ne l’assure. Le fait que le patient consulte souvent ne garantit pas que la surveillance soit faite.
- Adresser un courrier au médecin traitant lors de l’instauration ou du changement d’un antipsychotique, en mentionnant le risque métabolique attendu de la molécule choisie.
- Vérifier que le fond d’œil, l’examen des pieds et le bilan rénal figurent bien dans le parcours du patient, ce sont les actes les plus souvent perdus lorsque le suivi est fragmenté.
- Savoir que l’orientation vers l’éducation thérapeutique du diabète est, dans les rares études qui la mesurent, l’acte le plus inégalement proposé. La demander explicitement au confrère qui suit le diabète relève de la coordination, pas de la prescription.
- La surveillance pratique est outillée par le simulateur de suivi cardio-métabolique.
Questions fréquentes
Est-ce que ce sont les patients qui ne viennent pas aux rendez-vous ?
C’est une des explications possibles, et ces données ne permettent ni de la confirmer ni de l’exclure. Elle s’accorde mal avec un résultat de l’étude : le recours aux soins somatiques est plus élevé chez les patients psychiatriques, rapport de cotes de 1,59, sans que la surveillance du diabète en bénéficie.
Les patients psychiatriques sont-ils moins traités pour leur diabète ?
Pas selon cette étude. Sur le critère composite de traitement, aucun écart n’apparaît, 22 études, rapport de cotes de 1,02, p égal 0,87. Ils reçoivent même plus souvent de l’insuline, 1,52. Le déficit documenté porte sur les actes de surveillance et, sur deux études seulement, sur les agonistes du récepteur au GLP-1.
Le psychiatre doit-il prescrire les traitements du diabète ?
Non. L’étude ne porte pas sur la répartition des rôles et ne recommande rien à ce sujet. Ce qui relève du psychiatre est la surveillance des effets métaboliques des traitements qu’il prescrit et la coordination avec le médecin qui suit le diabète.
Ces chiffres s’appliquent-ils à la France ?
Ils ne peuvent pas être transposés tels quels. Le corpus est international, à dominante américaine, et l’hétérogénéité entre systèmes de santé est extrême. Une seule étude française figure dans le corpus, portant sur des personnes âgées atteintes de démence, avec un rapport de cotes de surveillance de 0,61. Le sens de l’écart y est le même, son amplitude dans la population psychiatrique française reste à établir.
Le désavantage est-il plus marqué dans la schizophrénie ?
Non, et c’est un des résultats les plus inattendus. La schizophrénie n’est significativement associée à aucun indicateur de surveillance, pas plus que le trouble bipolaire. Les écarts les plus importants s’observent pour la démence et pour la catégorie large « tout trouble psychiatrique ». Les auteurs avancent l’hypothèse, non testée, que la prescription de psychotropes s’accompagne d’une surveillance métabolique qui compense en partie le désavantage.
Bibliographie commentée
Étude source. Wagner E, Højlund M, Fiedorowicz JG, Nielsen RE, Østergaard SD, Høye A, Heiberg IH, Poddighe L, Delogu M, Holt RIG, Correll CU, Cortese S, Carvalho AF, Boyer L, Dragioti E, Du Rietz E, Firth J, Fusar-Poli P, Hartman CA, Larsson H, De Giorgi R, Lehto K, Lindgren P, Manchia M, Nordentoft M, Skonieczna-Żydecka K, Veroniki AA, Marx W, Campana M, Mortazavi M, Hasan A, Stubbs B, Taipale H, Vancampfort D, Vieta E, Solmi M ; ECNP PAN-Health Group. Disparities in diabetes treatment and monitoring for people with and without mental disorders: a systematic review and meta-analysis. The Lancet Psychiatry, 2026 ; 13(2) : 112-124. Publication en ligne le 5 janvier 2026. DOI 10.1016/S2215-0366(25)00332-3. PMID 41506273. Accès ouvert sous licence Creative Commons. Aucun financement déclaré pour ce travail. Protocole et annexes méthodologiques déposés sur OSF.
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