Publié le 31 août 2026, mis à jour le 16 septembre 2026
Schizophrénie : la perte synaptique est-elle indépendante de l’atrophie visible en IRM ?
Molecular Psychiatry · 2026 · Chopra et al.
DOI 10.1038/s41380-026-03717-x
PMID 42350786
Scientifique 77
Éditorial 82
L’essentiel
Vingt-neuf patients atteints de schizophrénie, quatre-vingt-treize témoins sains, et une caméra à positons capable de mesurer une protéine des vésicules synaptiques, donc d’estimer la densité des terminaisons présynaptiques du cerveau vivant. La liaison du traceur est réduite de façon diffuse, avec des tailles d’effet moyennes à grandes (D de Cohen de 0,58 à 1,47), et une prédominance nette à gauche (D = 1,14 ; p < 0,001). Le résultat qui intéresse le clinicien est ailleurs : cette réduction n’est pas corrélée à la perte de volume mesurée par IRM sur les mêmes cerveaux (r = 0,03 ; p = 0,496), ni aux cartes de perte volumique de quatre cohortes indépendantes. Autrement dit, ce que l’IRM montre et ce que la synapse subit ne sont pas la même chose. Dans le seul hémisphère gauche, la distribution spatiale de la perte s’aligne sur celle de plusieurs systèmes de neurotransmission, gabaergique, sérotoninergique et glutamatergique métabotropique, et non sur celle des cartes dopaminergiques. L’effectif est faible, l’étude transversale, la maladie chronique, et les patients exposés au long cours aux antipsychotiques.
Le contexte
Deux modèles cohabitent depuis longtemps. Le premier est dopaminergique, hérité de la pharmacologie : les antipsychotiques bloquent des récepteurs D2, donc la maladie aurait quelque chose à voir avec la dopamine. Le second est morphologique, hérité de l’imagerie structurelle : on observe une réduction de volume cortical, donc il y aurait une atrophie.
Aucun des deux ne dit ce qui se passe à l’échelle de la synapse, parce qu’aucune méthode ne le mesurait chez le vivant. C’est ce verrou que lève le traceur utilisé ici. Les auteurs rappellent d’ailleurs que les mesures morphométriques issues de l’IRM indexent un composite de propriétés tissulaires, myéline intracorticale, densité de neurites, densité gliale, fer, eau, vascularisation, et non les terminaisons synaptiques. La question devient alors vérifiable : la perte de volume que l’on voit en IRM est-elle le reflet d’une perte synaptique, ou bien les deux processus sont-ils distincts ?
Le mécanisme
La protéine ciblée, la protéine 2A des vésicules synaptiques, est présente dans la membrane des vésicules, de façon monodispersée dans l’ensemble des boutons présynaptiques chimiques. La quantité de traceur fixée dans une région donne donc une estimation de la densité des terminaisons présynaptiques qui s’y trouvent. C’est une mesure directe au sens où elle ne passe pas par un intermédiaire structurel, mais elle reste une estimation de population de synapses, pas un comptage.
Ce que la méthode ne mesure pas mérite d’être dit. Elle ne distingue pas les synapses excitatrices des synapses inhibitrices, elle ne dit rien de la fonction des synapses restantes, et elle ne permet pas de savoir si une densité basse résulte d’une élimination, d’un défaut de formation ou d’un remaniement. Les auteurs signalent eux-mêmes qu’un signal abaissé pourrait traduire une baisse de la protéine 2A ou du contenu vésiculaire sans réduction du nombre de terminaisons. La correspondance entre la carte de perte et les cartes de récepteurs est établie par comparaison avec des atlas construits sur d’autres cerveaux, ce qui ajoute une couche d’approximation.
L’étude en un coup d’œil
| Population | |
| Vingt-neuf adultes répondant aux critères DSM-5 de schizophrénie, âge moyen 43,2 ans, 13,8 % de femmes, durée moyenne d’évolution de 15,2 ans, PANSS totale moyenne 68,4, exposition cumulée moyenne aux antipsychotiques de 2693 équivalents chlorpromazine et dose journalière moyenne de 443 équivalents chlorpromazine. Comparés à quatre-vingt-treize témoins sains issus d’autres protocoles du même centre, plus équilibrés en sexe (39,8 % de femmes ; p = 0,018). Recrutement sur un seul site universitaire. | |
| Mesure | |
| Tomographie par émission de positons au [11C]UCB-J, traceur de la protéine 2A des vésicules synaptiques, sur caméra à haute résolution, avec correction du mouvement image par image, correction de l’effet de volume partiel par la méthode de Müller-Gärtner, et quantification par potentiel de liaison à l’aide d’un modèle de tissu de référence simplifié, le centre semi-ovale servant de région de référence. IRM structurelle pondérée T1 acquise sur un aimant 3 teslas, utilisée pour la segmentation tissulaire et pour la morphométrie voxel à voxel. | |
| Comparateur | |
| Témoins sains pour la comparaison de groupe, puis dix-huit cartes normatives de récepteurs et de transporteurs issues d’une banque publique, vingt-quatre cartes de densités cellulaires déconvoluées de données transcriptomiques, et un connectome structurel de référence construit sur cent cinquante sujets sains du Human Connectome Project. | |
| Critères | |
| Différence de potentiel de liaison entre groupes, testée voxel à voxel avec correction familywise non paramétrique, puis parcellisation en 332 régions (300 corticales homotopiques, 32 sous-corticales) pour les analyses spatiales : asymétrie hémisphérique, corrélation avec la carte de perte de volume, corrélation canonique avec les cartes de récepteurs et de types cellulaires, identification des épicentres par un modèle de diffusion en réseau. | |
| Design | |
| Étude transversale cas-témoins, niveau de preuve Oxford 3b. Analyse de groupe, aucune donnée longitudinale, aucune inférence causale possible. |
Le contrôle de qualité
| Point contrôlé | Verdict |
|---|---|
| Nature de la mesure | Directe in vivo |
| ConstatLe traceur estime la densité de terminaisons présynaptiques sans passer par un marqueur structurel. Les auteurs rappellent que, chez le primate, les niveaux régionaux de la protéine cible sont fortement corrélés à la synaptophysine, marqueur ex vivo validé de la densité présynaptique. Aucune imagerie conventionnelle ne donne cette information, et c’est ce qui fait l’intérêt du travail. | |
| Effectif du groupe patient | Faible |
| ConstatVingt-neuf patients. Les auteurs justifient cet effectif à partir d’études antérieures avec le même traceur, qui estimaient neuf sujets par groupe suffisants pour une différence hippocampique et seize à vingt et un pour les effets frontaux et cingulaires antérieurs, en précisant qu’ils traitent ces chiffres comme des bornes basses puisque l’objet est ici un patron spatial et non une région d’intérêt. Une analyse exploratoire du lien entre densité synaptique et scores PANSS n’a fait survivre aucune association à la correction pour comparaisons multiples. | |
| Exposition aux antipsychotiques | Confondant majeur, partiellement testé |
| ConstatL’échantillon est chronique et lourdement exposé. Les auteurs ont répété l’analyse principale en ajustant sur l’exposition médicamenteuse, et retrouvent un patron très proche et significativement corrélé au patron initial. Un ajustement statistique ne remplace pas un groupe non exposé : ils écrivent qu’ils ne peuvent déterminer si les résultats reflètent la maladie, sa progression, l’exposition prolongée au traitement ou une combinaison de ces facteurs, et que des travaux longitudinaux chez des sujets naïfs seront nécessaires. La source ne précise pas si les vingt-neuf patients recevaient tous un antipsychotique au moment de l’examen. | |
| Traitement de l’image | Soigné |
| ConstatCorrection du mouvement par suivi optique, correction de l’effet de volume partiel, correction familywise non paramétrique par permutation. La correction de volume partiel importe ici, puisqu’elle limite le risque que la perte de matière grise produise mécaniquement une baisse apparente du signal. Les auteurs montrent que le résultat principal tient également lorsque cette correction n’est pas appliquée. | |
| Site de recrutement | Unique |
| ConstatUn seul centre, une seule caméra, une seule équipe. Treize des vingt-neuf patients avaient déjà été inclus dans une publication antérieure du même groupe. Aucune réplication indépendante de la mesure synaptique n’accompagne le travail. En revanche, l’absence de correspondance avec la perte de volume a bien été confrontée aux cartes de quatre cohortes IRM indépendantes. | |
| Comparaison avec les atlas | Approximation |
| ConstatLes dix-huit cartes de récepteurs et de transporteurs proviennent de populations saines et d’autres cerveaux que ceux des participants. Les auteurs le posent explicitement comme une limite. Corréler une carte de perte à une carte de référence externe reste une comparaison de moyennes régionales, pas une mesure faite chez les mêmes personnes. | |
| Financement et liens d’intérêts | Académique |
| ConstatFinancements publics et de fondations, déclarés auteur par auteur. Les auteurs déclarent l’absence de conflit d’intérêts. Publication en accès ouvert. | |
Les résultats
| Résultat | Ce que montrent les données |
|---|---|
| Étendue de la réduction | D de Cohen de 0,58 à 1,47, prédominance gauche (D = 1,14 ; p < 0,001) |
| LectureLa réduction touche des aires frontales, temporales, cingulaires, thalamiques, striatales, hippocampiques et cérébelleuses. Une atteinte aussi diffuse oriente vers un processus généralisé plutôt que vers une lésion de circuit. Les auteurs ne rapportent pas de décompte de régions significatives : la significativité est établie au niveau du voxel, et la parcellisation en 332 régions ne sert qu’aux analyses spatiales qui suivent. L’asymétrie gauche est cohérente avec les travaux consortiaux sur l’amincissement cortical à prédominance gauche dans les régions du langage, sans que cette étude puisse l’établir. | |
| Lien avec le volume mesuré en IRM | Corrélation r = 0,03, p = 0,496 |
| LectureC’est le résultat le plus important de l’article. Une corrélation proche de zéro sur des mesures faites chez les mêmes patients ne se réduit pas facilement à un problème de puissance, d’autant que le résultat tient hémisphère par hémisphère, sans correction de volume partiel, et avec une morphométrie fondée sur les déformations plutôt que sur les voxels. Il tient aussi face aux cartes de quatre cohortes indépendantes couvrant plusieurs stades de la maladie, alors que ces cartes de volume, elles, corrèlent entre elles (0,33 < r < 0,41). Attention toutefois à la formulation : l’absence de corrélation entre deux mesures ne démontre pas que deux processus biologiques sont indépendants, elle montre qu’ils ne varient pas ensemble à l’échelle régionale examinée. Les auteurs écrivent eux-mêmes que cela n’exclut pas une convergence partielle dans certaines régions. | |
| Correspondance avec les systèmes de neurotransmission | Association multivariée dans l’hémisphère gauche, rcca = 0,68 ; p = 0,022 |
| LectureL’association a été testée par corrélation canonique entre la carte régionale de perte synaptique et dix-huit cartes normatives de récepteurs et de transporteurs. Quatre cartes portent des poids fiables après correction : le complexe gabaergique de type A et son site benzodiazépine, le récepteur sérotoninergique 2A, le récepteur métabotropique du glutamate de type 5 et le récepteur sérotoninergique 1B. La valeur de 0,68 est celle de la variable canonique dans son ensemble, pas celle d’un récepteur pris isolément : les corrélations récepteur par récepteur ne sont pas rapportées chiffrées dans le texte de l’article. Aucune association significative n’est retrouvée dans l’hémisphère droit, ni avec les densités de types cellulaires, dans aucun des deux hémisphères. Ce sont des corrélations spatiales entre cartes moyennes, pas des mesures individuelles de récepteurs. | |
| Correspondance avec le système dopaminergique | Aucune association avec les récepteurs ni le transporteur dopaminergiques |
| LectureCe résultat mérite d’être lu avec précaution. Les auteurs eux-mêmes proposent une explication technique : leur analyse spatiale porte sur l’ensemble du cerveau et se trouve dominée par la variation corticale, qui recouvre mal la distribution essentiellement striatale des cartes dopaminergiques. Ils rappellent en outre que les anomalies dopaminergiques de la schizophrénie sont plutôt tenues pour une dérégulation fonctionnelle présynaptique que pour une perte régionale de récepteurs ou de synapses. L’absence de correspondance spatiale ne dit donc rien de l’implication fonctionnelle de la dopamine dans la maladie, ni de l’efficacité des antipsychotiques. Une correspondance spatiale et un mécanisme d’action sont deux choses distinctes. | |
| Épicentres du réseau | Opercule frontal et insula antérieure à gauche (rmax = 0,54), gyrus temporal moyen gauche (rmax = 0,53) |
| LectureUn modèle de diffusion en réseau identifie les régions dont la position dans la connectivité rend le mieux compte de la distribution observée. Ces deux régions sont les seules à survivre à la correction familywise contre deux modèles nuls, l’un fondé sur la rotation spatiale des cartes, l’autre sur le recâblage du connectome. Une variante exploratoire, où la diffusion est pondérée par la similarité de composition en récepteurs, désigne à nouveau la région frontale operculo-insulaire gauche. C’est un modèle, pas une observation. Rien n’indique que la perte ait commencé là, et les auteurs parlent de sources potentielles. | |
Lecture critique
| Domaine | Jugement |
|---|---|
| Sélection des participants | Sélective |
| ConstatParticiper à une étude par tomographie à émission de positons suppose une stabilité clinique et une capacité de coopération. La PANSS totale moyenne est de 68,4, et seuls 24 % des patients sont décrits comme en phase aiguë ou d’intensité modérée selon le seuil retenu par les auteurs. Les patients les plus sévèrement atteints sont donc probablement peu représentés. | |
| Facteurs de confusion | Partiellement traités |
| ConstatL’exposition aux antipsychotiques et l’usage de substances ont fait l’objet d’analyses de sensibilité, ajustement pour l’une, exclusion de sept sujets pour l’autre, avec des résultats stables. Restent le déséquilibre de sexe entre les groupes, 13,8 % de femmes chez les patients contre 39,8 % chez les témoins, que les auteurs reconnaissent comme une limite malgré l’ajustement sur le sexe, et la chronicité de la maladie, quinze ans d’évolution en moyenne. Un devis transversal ne peut pas démêler maladie, durée d’évolution et traitement. | |
| Analyse statistique | Appropriée |
| ConstatModèles linéaires généraux ajustés sur l’âge et le sexe, correction familywise non paramétrique au niveau du voxel sur cinq mille permutations, modèles nuls préservant l’autocorrélation spatiale pour toutes les comparaisons entre cartes, correction de Bonferroni, corrélation canonique non paramétrique robuste avec estimation des erreurs types par bootstrap, deux modèles nuls indépendants pour le modèle de diffusion. La correction retenue est de type familywise, plus conservatrice qu’un contrôle du taux de fausses découvertes. La méthode statistique n’est pas le point faible du travail. | |
| Adéquation entre revendication et preuve | Mesurée |
| ConstatLa dissociation entre signal synaptique et volume est directement mesurée, et les auteurs ne la présentent pas comme la preuve de deux maladies distinctes : ils écrivent que les deux mesures indexent des processus liés mais non équivalents, dissociables à l’échelle du cerveau entier. Les corrélations aux atlas sont annoncées pour ce qu’elles sont, et le modèle de diffusion est qualifié de simulation nominant des sources potentielles. | |
| Validité externe | Restreinte |
| ConstatVingt-neuf patients d’un seul centre, chroniques, majoritairement des hommes, exposés au long cours aux antipsychotiques. Le résultat demande une réplication indépendante, en particulier chez des patients au premier épisode et non exposés aux antipsychotiques, ce que les auteurs appellent eux-mêmes de leurs vœux. | |
| Portée clinique immédiate | Nulle |
| ConstatCette technique d’imagerie relève de la recherche. Elle n’est pas accessible en pratique courante en France, et aucune décision clinique ne se prend sur elle. | |
Niveau de preuve
La confiance est élevée sur le fait que le signal synaptique et le volume cortical ne varient pas ensemble chez ces patients. La mesure est directe, faite sur les mêmes personnes, avec une correction de volume partiel qui neutralise l’effet mécanique du volume sur le signal, et le résultat résiste à plusieurs variantes méthodologiques ainsi qu’à la confrontation avec quatre cohortes IRM indépendantes.
Elle est moyenne sur l’étendue et l’amplitude de la réduction. Vingt-neuf patients chroniques, sur un seul site, dont treize déjà publiés, cela fait une estimation utile et fragile à la fois.
Elle est faible sur l’interprétation neurochimique. L’association n’existe que dans l’hémisphère gauche, elle repose sur une seule statistique multivariée dont la valeur de p est proche du seuil, et elle corrèle une carte de perte à des atlas construits sur d’autres cerveaux. Cela produit une hypothèse, pas une démonstration. Et lire dans l’absence de correspondance spatiale avec les cartes dopaminergiques une remise en cause du rôle de la dopamine serait une inférence que ces données ne portent pas, les auteurs proposant d’ailleurs une explication purement méthodologique de cette absence.
Le test du confrère
Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.
« Ce qui me frappe, c’est que l’IRM ne voit pas ce qui se passe. On a passé vingt ans à mesurer des volumes en croyant mesurer la maladie. Après, vingt-neuf patients chroniques, quinze ans de maladie et des années de traitement derrière eux, je ne saurai jamais si c’est la schizophrénie ou le neuroleptique que je regarde. Et de toute façon je n’aurai jamais cette caméra. »
Traduction pour la pratique : rien à changer aujourd’hui, mais un modèle mental à corriger. Une IRM normale chez un patient psychotique ne veut pas dire que le cortex va bien, et l’absence d’anomalie structurelle ne rassure sur rien.
Ce que vous pouvez en faire
- Cesser de traiter la perte de volume vue en IRM comme un indicateur de ce qui se passe à la synapse. Sur ces données, les deux ne varient pas ensemble.
- Savoir répondre à un patient ou à une famille qui demande pourquoi l’IRM est normale. Une imagerie structurelle normale n’exclut pas une atteinte cérébrale, elle n’explore simplement pas la bonne échelle.
- Ne pas conclure de cette étude que la dopamine n’a plus de rôle dans la schizophrénie, ni que les antipsychotiques seraient mal ciblés. Ce travail ne teste ni l’une ni l’autre de ces questions.
- Retenir que l’imagerie synaptique est un outil de recherche, indisponible en pratique et sans usage diagnostique à ce jour.
- Surveiller la réplication chez des patients au premier épisode, non exposés aux antipsychotiques. C’est la seule voie qui séparera l’effet de la maladie de celui du traitement, et c’est celle que les auteurs recommandent.
- La surveillance pratique est outillée par le simulateur de suivi cardio-métabolique.
Questions fréquentes
Cette imagerie est-elle disponible en France ?
Non, pas en pratique clinique. Elle relève de la recherche et de quelques centres équipés, et elle n’a aucune indication diagnostique reconnue. Aucun patient ne doit se la voir proposer en dehors d’un protocole.
La schizophrénie est-elle donc une maladie de la synapse et non de la dopamine ?
L’étude n’oppose pas ces deux niveaux. Elle mesure une densité synaptique et constate que, dans l’hémisphère gauche, sa distribution spatiale ressemble davantage à celle de certains systèmes de neurotransmission qu’à celle des cartes dopaminergiques. Les auteurs attribuent d’ailleurs en partie cette absence au fait que leur analyse est dominée par le cortex, alors que les cartes dopaminergiques sont surtout striatales. Une correspondance spatiale n’est pas un mécanisme, et rien ici ne dit que les antipsychotiques agissent au mauvais endroit.
Les antipsychotiques abîment-ils les synapses ?
Cette étude ne permet pas de trancher. L’échantillon est chronique et exposé au long cours, donc l’effet du traitement et celui de la maladie ne sont pas séparables. Les auteurs ont refait l’analyse en ajustant sur l’exposition médicamenteuse et retrouvent le même patron, et l’un des travaux qu’ils citent rapporte que le marqueur utilisé ici n’est pas modifié par les antipsychotiques chez le rat. Cela ne suffit pas à conclure chez l’humain, et les auteurs demandent des études chez des sujets naïfs de traitement. Il n’y a en tout cas pas là d’argument pour modifier ou interrompre un traitement.
Pourquoi la corrélation avec l’IRM est-elle si importante ?
Parce qu’elle remet en question un raccourci fréquent, celui qui fait de la perte de volume l’image de la perte neuronale ou synaptique. Sur ces données, les deux mesures ne se suivent pas, et cela vaut aussi face à quatre cohortes IRM indépendantes couvrant plusieurs stades de la maladie. Cela n’établit pas deux processus indépendants, mais cela interdit de se servir de l’une pour parler de l’autre.
Vingt-neuf patients, est-ce suffisant ?
Pour un effet de groupe important mesuré avec une technique précise, oui, à condition de s’en tenir là. Les auteurs s’appuient sur des estimations antérieures de neuf à vingt et un sujets par groupe selon la région étudiée, qu’ils présentent comme des bornes basses puisque leur objet est un patron spatial. Cet effectif ne permet pas de relier le signal à la sévérité clinique, l’analyse exploratoire menée sur la PANSS n’ayant rien donné après correction, ni de comparer des sous-groupes, ni de généraliser à l’ensemble des patients.
Bibliographie commentée
Étude source. Chopra S, Worhunsky PD, Naganawa M, Zhang XH, Segal A, Labache L, Orchard E, Cropley V, Wood S, Angarita GA, Cosgrove K, Matuskey D, Nabulsi NB, Huang Y, Carson RE, Esterlis I, Skosnik PD, D’Souza DC, Holmes AJ, Radhakrishnan R. Widespread synaptic density loss in schizophrenia follows molecular and network architecture. Molecular Psychiatry. 2026. Publication en ligne, sans volume, numéro ni pagination à la date de vérification. doi : 10.1038/s41380-026-03717-x. Article reçu le 3 novembre 2025, révisé le 24 mai 2026, accepté le 16 juin 2026, publié en accès ouvert sous licence Creative Commons Attribution 4.0.
Financement et liens d’intérêts. Les soutiens sont déclarés auteur par auteur : S.C. pour l’University of Melbourne (McKenzie Fellowship) et la Brain & Behavior Research Foundation ; I.E. pour la Nancy Taylor Foundation et le VA National Center for PTSD ; D.M. pour le National Institute of Neurological Disorders and Stroke (R01NS124819) ; A.S. pour la Yale Wu Tsai Postdoctoral Fellowship ; V.C. pour le National Health and Medical Research Council of Australia (Investigator Grant 1177370) et l’University of Melbourne (Dame Kate Campbell Fellowship) ; G.A.A. pour le National Institute on Drug Abuse (R01 DA052454-03) ; K.C. pour le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (U54 AA027989) ; R.R. pour la Dana Foundation (David Mahoney Program), le National Center for Advancing Translational Sciences (UL1 TR001863) et le National Center for Homelessness Among Veterans (36C24820Q1276) ; A.J.H. pour le National Institute of Mental Health (R01MH120080). Le financement de l’accès ouvert est assuré par le CAUL et ses institutions membres. Sur les liens d’intérêts, la publication indique que les auteurs déclarent l’absence de conflit d’intérêts. L’identifiant PubMed 42350786 a été établi le 31 août 2026 par interrogation des registres bibliographiques, le document consulté n’en portant aucun. Le matériel supplémentaire a été consulté : il détaille la construction du connectome de référence (cent cinquante sujets du Human Connectome Project, tractographie probabiliste optimisée, seuil de consensus de 37,7 %, matrice pondérée de 332 par 332), les paramètres et les deux modèles nuls du modèle de diffusion en réseau, la construction de la matrice de similarité en récepteurs et transporteurs à partir de dix-huit cartes, ainsi que les légendes des sept figures supplémentaires. Les figures supplémentaires elles-mêmes sont des images et n’étaient pas lisibles dans le texte extrait : les valeurs numériques qu’elles portent, en particulier les poids canoniques récepteur par récepteur, la distribution des types d’antipsychotiques au moment de l’examen et les cartes d’analyses de sensibilité, n’ont donc pas pu être vérifiées chiffre par chiffre. Les symboles mathématiques de l’équation de diffusion sont également absents du texte extrait.
Références de contexte. Ces références sont celles que la publication cite et dont elle donne les éléments repris ici. Finnema SJ, Nabulsi NB, Eid T, Detyniecki K, Lin SF, Chen MK, et al. Imaging synaptic density in the living human brain. Sci Transl Med. 2016;8:348ra96. Apport : c’est le travail de validation du traceur employé ici, dont la publication tire la corrélation régionale supérieure à 0,95 avec la synaptophysine chez le primate. Limite : cette validation est faite chez l’animal et sur des effectifs réduits, elle ne garantit pas la correspondance chez l’humain malade. Radhakrishnan R, Skosnik PD, Ranganathan M, Naganawa M, Toyonaga T, Finnema S, et al. In vivo evidence of lower synaptic vesicle density in schizophrenia. Mol Psychiatry. 2021;26:7690-8. Apport : première démonstration in vivo d’une densité vésiculaire abaissée dans la schizophrénie. Limite : recouvrement d’échantillon, treize des vingt-neuf patients de l’étude actuelle proviennent de ce travail, ce qui interdit de la considérer comme une réplication indépendante. Onwordi EC, Halff EF, Whitehurst T, Mansur A, Cotel MC, Wells L, et al. Synaptic density marker SV2A is reduced in schizophrenia patients and unaffected by antipsychotics in rats. Nat Commun. 2020;11:246. Apport : c’est la seule pièce lisible dans la publication qui traite directement de l’effet des antipsychotiques sur le marqueur utilisé, et son titre indique une absence d’effet. Limite : le versant expérimental est un modèle rongeur, non transposable tel quel au patient chronique. Chopra S, Segal A, Oldham S, Holmes A, Sabaroedin K, Orchard ER, et al. Network-based spreading of gray matter changes across different stages of psychosis. JAMA Psychiatry. 2023;80:1246-57. Apport : c’est le travail dont le modèle de diffusion est repris, appliqué cette fois au volume de matière grise, et qui désignait l’hippocampe antérieur comme épicentre. Limite : même équipe, même famille de modèles, et des épicentres différents de ceux trouvés ici, ce que les auteurs interprètent comme cohérent avec la dissociation qu’ils rapportent. Toyonaga T, Khattar N, Wu Y, Lu Y, Naganawa M, Gallezot JD, et al. The regional pattern of age-related synaptic loss in the human brain differs from gray matter volume loss: in vivo PET measurement with [11C] UCB-J. Eur J Nucl Med Mol Imaging. 2024;51:1012-22. Apport : une dissociation du même ordre entre perte synaptique et perte de volume, mais dans le vieillissement. Limite : elle porte sur des sujets sans pathologie psychiatrique, elle appuie la plausibilité du résultat sans le répliquer. Schijven D, Postema MC, Fukunaga M, Matsumoto J, Miura K, de Zwarte SMC, et al. Large-scale analysis of structural brain asymmetries in schizophrenia via the ENIGMA consortium. Proc Natl Acad Sci. 2023;120:e2213880120. Apport : c’est la référence sur laquelle la publication appuie la cohérence de l’asymétrie gauche avec un amincissement cortical à prédominance gauche dans les régions du langage. Limite : il s’agit d’IRM structurelle, donc précisément de la modalité dont ce travail montre qu’elle ne suit pas le signal synaptique.
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