Recommandation

Trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité chez l’enfant et l’adolescent, diagnostic et interventions thérapeutiques

Haute Autorité de santé · France · Recommandation de bonne pratique · 2024 Version consultée : texte validé par le Collège le 18 juillet 2024, mis en ligne le 23 septembre 2024. La page de publication n’annonce aucun amendement postérieur. La synthèse, elle, circule sous deux exports du même contenu, l’un de septembre 2024, l’autre du 1er avril 2025, sans mention de version ni de changement. Consultée le 28 août 2026.
AGREE II global : 5/7 Utilisable, la deuxième ligne médicamenteuse actualisée
En un coup d’oeil

Ce texte s’adresse au médecin formé au trouble, celui vers qui le médecin de premier recours oriente. Il ne remplace pas la recommandation de 2014. Le préambule écrit que la saisine dont il est né s’inscrit dans la continuité du texte de 2014, et l’annexe consacrée à la filière de soin précise que le repérage, premier niveau de cette filière, s’appuie sur les recommandations de 2014. Déduction PEB, adossée à ces deux passages : les deux textes se répartissent les niveaux, ils ne se succèdent pas. La population est bornée, les enfants et les adolescents jusqu’à 18 ans, sans limite d’âge inférieure pour poser le diagnostic.

Onze énoncés seulement portent un grade : un A, quatre B, six C. L’étiquette accord d’experts, pourtant définie en tête du document, n’est appliquée nulle part. La formule « il est recommandé » revient à elle seule 64 fois dans le texte. La gradation ne couvre donc qu’une petite part de ce qui est recommandé.

Le seul grade A désigne le méthylphénidate à libération prolongée en première intention, lorsqu’une indication de traitement médicamenteux existe. C’est aussi le point sur lequel le groupe de travail a dû se situer face à la revue Cochrane la plus récente, qui conclut à un faible niveau de preuve, et il explique pourquoi il choisit de pondérer ce résultat.

Deux ans après sa validation, la deuxième ligne médicamenteuse a vieilli. Le texte y place l’atomoxétine sous accès compassionnel, puis la clonidine hors autorisation. Depuis, le princeps de l’atomoxétine n’est plus fabriqué, et la lisdexamfétamine, que le texte connaît mais range parmi les traitements non commercialisés en France, a reçu un avis favorable au remboursement.

Le texte lu est la version validée du 18 juillet 2024, aucune version amendée n’étant publiée. Un point de vigilance avant usage : les deux arbres décisionnels existent sous deux dates, en pages 3 et 4 de la synthèse validée en juillet 2024, et en feuilles séparées datées de septembre 2024. L’arbre médicamenteux porte, dans les deux cas, une valeur de posologie cible que ni le texte des recommandations ni l’argumentaire ne contiennent. L’écart est donc interne au paquet validé par le Collège, et non entre un texte et un document ultérieur. Le détail est dans la section Comparaison.

Ce qui change lundi matin

Ce que la recommandation demande de faire, rapporté au style indirect, modalisateurs conservés.

  • La HAS recommande de poser le diagnostic conformément aux critères diagnostiques cliniques de la CIM-11 ou du DSM-5-TR, qu’elle indique similaires sur ce point.
  • Elle recommande que le diagnostic soit posé par un médecin spécialisé du trouble. La spécialisation s’entend d’une connaissance du trouble acquise au cours du cursus, ou d’une formation continue conforme à la recommandation. Cinq spécialités sont citées au titre de leurs programmes d’enseignement : psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, psychiatrie d’adulte, pédiatrie, neuropédiatrie, neurologie.
  • Il n’y a pas de limite d’âge inférieure établie pour poser le diagnostic. Avant cinq ans, la HAS pose une réserve : trois conditions doivent être réunies pour que des symptômes évocateurs alertent, une intensité, une persistance et un retentissement tous trois disproportionnés au regard de la classe d’âge.
  • Elle rappelle qu’aucun examen complémentaire et aucun biomarqueur ne confirme ni n’infirme le diagnostic, et que le bilan neuropsychologique n’est pas nécessaire pour le poser. Elle recommande d’en disposer en présence de plusieurs troubles associés, d’une suspicion de trouble du développement intellectuel ou de symptômes sévères, pour établir un plan de soin.
  • Elle recommande de proposer systématiquement des interventions non médicamenteuses (grade C), et de proposer de façon systématique une psychoéducation à l’enfant et à sa famille dès qu’un diagnostic est posé (grade B).
  • Elle recommande de proposer en première intention, dès le diagnostic posé, le suivi d’un programme d’entraînement aux habiletés parentales (grade C).
  • L’indication d’un psychostimulant chez l’enfant de plus de six ans et chez l’adolescent peut s’envisager quand le traitement non médicamenteux est insuffisamment efficace. Dans ce cas, la HAS recommande de privilégier en première intention le méthylphénidate à libération prolongée (grade A).
  • Elle recommande de débuter à la dose la plus faible possible, autour de 0,3 mg/kg/j, et de monter par paliers selon la tolérance et l’efficacité (grade B). La posologie quotidienne maximale recommandée est de 60 mg/j sans dépasser 1 mg/kg/j, selon les résumés des caractéristiques du produit. Le texte ajoute que des doses supérieures restent possibles dans des cas particuliers, avec une surveillance renforcée.
  • Quand le méthylphénidate est mal toléré ou inefficace, ou qu’un psychostimulant est contre-indiqué, et une fois épuisés les changements de forme galénique et les adaptations de posologie, il est possible de proposer l’atomoxétine sous accès compassionnel (grade B), puis en troisième ligne la clonidine, hors autorisation de mise sur le marché.
  • Elle recommande de ne pas proposer systématiquement un bilan biologique de routine, y compris les tests de la fonction hépatique, ni un électrocardiogramme, chez les patients traités par méthylphénidate, sauf en cas d’indication clinique (grade C).
  • L’arrêt d’un traitement par méthylphénidate ne demande aucune précaution particulière et peut se faire rapidement.
  • Elle pose que le diagnostic ne s’appuie pas sur des consultations menées seulement à distance, en dehors de cas exceptionnels, un professionnel de santé ou un psychologue de proximité pouvant alors assister le patient. Le suivi par téléconsultation, lui, est recommandé mais limité aux relations entre patient et professionnel déjà bien établies.
Ce que dit la recommandation
Les onze énoncés gradués, et eux seuls

Le document définit en tête l’échelle A, B, C et l’accord d’experts. L’étiquette AE n’est appliquée à aucun énoncé, elle ne figure que dans le tableau qui la définit. Les onze énoncés gradués sont les suivants, dans l’ordre du texte.

GradeObjet de l’énoncé
CProposer systématiquement des interventions non médicamenteuses
BProposer de façon systématique une psychoéducation dès qu’un diagnostic est posé
CProposer en première intention un programme d’entraînement aux habiletés parentales
CThérapies comportementales, cognitives et émotionnelles recommandées en cas d’impact fonctionnel de symptômes anxieux, dépressifs, ou de difficultés de gestion des émotions
APrivilégier en première intention la prescription de méthylphénidate à libération prolongée
BAdapter le dosage ou proposer une autre spécialité galénique en cas de mauvaise tolérance ou d’inefficacité
BIl est possible de proposer l’atomoxétine, sous accès compassionnel
BDébuter autour de 0,3 mg/kg/j et adapter progressivement par paliers
CNe pas proposer systématiquement de bilan biologique de routine ni d’électrocardiogramme, sauf indication clinique
CAttention particulière aux difficultés d’endormissement apparues ou aggravées sous traitement
CBonne distance à la caméra en téléconsultation

Sur le décompte du reste. Le document présente ses recommandations dans des encadrés à filet, dont plusieurs regroupent deux ou trois phrases : un total exact dépend donc de l’unité que l’on retient, phrase ou encadré. Ce qui ne dépend d’aucune convention, c’est que la formule « il est recommandé » revient 64 fois dans le texte, et que la gradation s’arrête à onze énoncés.

Appréciation PEB, écrite dans aucun texte officielLe tableau se lit mal dans un sens et bien dans l’autre. Il ne dit pas que le reste du texte est fragile, il dit qu’on ne sait pas. Il dit en revanche quelque chose de net sur ce qui a été gradué : la seule recommandation adossée à un fort niveau de preuve porte sur le choix d’une molécule, pas sur ce qui occupe l’essentiel du travail clinique. Un mot mérite d’être souligné dans le neuvième énoncé : ne pas proposer systématiquement un bilan biologique ou un électrocardiogramme n’est pas une interdiction, c’est le retrait d’un automatisme.
La démarche diagnostique
  • Le diagnostic est clinique. Il repose sur un entretien avec l’enfant et ses parents, un examen clinique, et un recueil d’informations auprès des intervenants scolaires, périscolaires, médicaux et sociaux.
  • Les outils d’évaluation, échelles et entretiens, servent à guider la démarche, à chercher les comorbidités, à écarter un diagnostic différentiel et à suivre l’évolution. Le texte des recommandations écrit qu’il peut être utile de s’appuyer sur eux pour établir le diagnostic, tout en rappelant qu’aucun examen ni biomarqueur ne le confirme. Ils entrent donc dans la démarche diagnostique, sans jamais la fonder à eux seuls.
  • Les bilans paramédicaux ciblés, orthophonique, ergothérapique ou psychomoteur, sont indiqués selon les points d’appel cliniques et les difficultés observées, non de façon systématique.
  • La complexité du diagnostic tient aux troubles associés et à l’élimination des diagnostics différentiels, auxquels le texte consacre un chapitre.
Les interventions, dans l’ordre où le texte les pose
  • Le projet thérapeutique est global, multimodal et pluridisciplinaire, et se construit en concertation avec l’enfant et ses parents.
  • Les interventions non médicamenteuses sont proposées systématiquement : psychoéducation, programmes d’entraînement aux habiletés parentales, accompagnement scolaire et pédagogique, thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles selon les besoins.
  • L’intervention médicamenteuse ne remplace pas ces mesures, elle s’y ajoute. Le texte la conditionne à une efficacité insuffisante du traitement non médicamenteux, chez l’enfant de plus de six ans et chez l’adolescent.
  • Après le méthylphénidate à libération prolongée viennent le changement de spécialité, puis l’atomoxétine sous accès compassionnel, puis la clonidine hors autorisation. Un encadré du chapitre médicamenteux recense en outre les traitements prescrits ailleurs et non commercialisés en France, dont la lisdexamfétamine, autorisée dans quatorze pays européens après échec du méthylphénidate.
La surveillance sous traitement
  • Le texte consacre un chapitre entier à la tolérance : appétit et courbe staturo-pondérale, pression artérielle et fréquence cardiaque, sommeil, tics, symptômes psychiatriques.
  • Il traite séparément le risque de mésusage, d’abus et d’usage détourné, puis la diminution et l’arrêt du traitement.
  • Une fiche de suivi du traitement par méthylphénidate est publiée avec la recommandation.
Qualité méthodologique, grille AGREE II

Corpus lu pour cette cotation

  • Recommandations, version validée du 18 juillet 2024, 71 pages.
  • Argumentaire scientifique, 234 pages, dont l’annexe 1 sur la méthode et l’annexe 2 sur la recherche documentaire.
  • Résultat de la phase de lecture, 198 pages.
  • Synthèse, 4 pages, dans ses deux exports, celui de septembre 2024 et celui du 1er avril 2025. Fiche de trame d’entretien diagnostique, 4 pages. Fiche de suivi du méthylphénidate, 4 pages.
  • Les deux infographies de septembre 2024, diffusées aussi comme arbres décisionnels, 1 page chacune.
  • Note de cadrage du projet enfant et adolescent, novembre 2021, 12 pages.
  • Les pages de publication de la Haute Autorité de santé, texte affiché extrait le 28 août 2026 : celle de cette recommandation, qui porte la date de validation, la date de mise en ligne et la liste de ses neuf documents, et celle de la décision d’adoption du Collège.
  • Pour la comparaison : recommandations de 2014, 94 pages, leur argumentaire, 199 pages, leur synthèse, 3 pages, et la page de publication correspondante, qui porte la date de validation et celle de mise en ligne.
  • Pour l’applicabilité : avis de la Commission de la transparence sur XURTA, 8 octobre 2025, 44 pages, et sa page de publication.
  • Pour situer le dossier adulte : note de cadrage de novembre 2021 sur le repérage, le diagnostic et la prise en charge des adultes, 11 pages.

Pièces non obtenues

  • Le détail nominatif des déclarations d’intérêts. Le document en déclare l’existence, l’instance qui les a examinées et la conclusion, et renvoie à la base publique où elles sont consultables. Il ne les reproduit pas. L’item 23 est coté sur ce constat.
  • L’autorisation de mise sur le marché de la lisdexamfétamine en France, qui relève de l’Agence nationale de sécurité du médicament. Aucune date d’autorisation n’est avancée ici.

Le corpus couvre l’ensemble des pièces publiées avec la recommandation. Les six domaines sont cotables, et aucun n’est coté sur un document absent de cette liste.

1. Champ et objectifs
Item 1, objectif général, 7 : descriptif de publication et chapitre Objectifs, trois objectifs déclinés, bénéfice attendu explicité. Item 2, questions de santé, 6 : les questions structurent les titres de chapitres et sont listées en toutes lettres dans la note de cadrage, non dans le texte des recommandations. Item 3, population cible, 6 : une section Population concernée borne le champ aux enfants et adolescents jusqu’à 18 ans et définit les termes employés, sans énoncer de critère d’exclusion. Somme 19 sur 21.
89 %
2. Participation des groupes concernés
Item 4, groupes professionnels, 7 : 34 membres au groupe de travail et 89 nommés au groupe de lecture, plus 24 organismes professionnels et associatifs sollicités et nommés. À noter, sans que cet item le sanctionne : l’annexe de méthode du même document fixe la composition optimale à 15 à 20 membres pour le groupe de travail et à 30 à 50 pour le groupe de lecture. Les deux effectifs réels en sont au double. Item 5, point de vue des patients, 5 : deux représentants d’usagers au groupe de travail, neuf au groupe de lecture, trois associations de patients sollicitées, mais aucun recueil formel de préférences n’est documenté. Item 6, utilisateurs cibles, 7 : un chapitre Professionnels concernés les nomme un à un. Somme 19 sur 21.
89 %
3. Rigueur d’élaboration
Item 7, recherche, 5 : bases nommées, équations reproduites, 17 lignes de recherche pour un total calculé de 1 087 références, la source précisant que des doublons peuvent exister d’un thème à l’autre. La cote est retenue par le bas parce que l’annexe de méthode du même document annonce une recherche mise à jour jusqu’à la publication, alors que la veille s’arrête en août 2023 pour un texte validé en juillet 2024. Item 8, critères de sélection, 2 : aucun critère d’inclusion propre au projet, aucun décompte de références criblées, retenues ou exclues, aucun diagramme de flux. Item 9, forces et limites du corpus, 4 : aucun tableau de preuve, aucun niveau de preuve attribué étude par étude, mais une discussion nourrie et référencée des limites de la revue Cochrane de 2023. Item 10, formulation, 4 : procédure générale décrite, réunions et cotations électroniques, sans règle de résolution des désaccords propre au projet. Item 11, bénéfices et risques, 6 : chapitre entier de surveillance et fiche de suivi dédiée. Item 12, lien preuves et recommandations, 3 : le texte des recommandations ne comporte aucune bibliographie. Ses seuls renvois sont 66 notes de bas de page avec liens, dont trois vers l’argumentaire pris globalement, et les plans des deux documents divergent dès le deuxième niveau. Aucun énoncé n’est rattaché à la preuve qui le porte. Item 13, relecture externe, 7 : 115 experts sélectionnés, 90 questionnaires validés, 78,20 % de participation, cotations et commentaires publiés. Item 14, actualisation, 2 : intention sans échéance, sans méthode et sans responsable. Somme 33 sur 56.
52 %
4. Clarté et présentation
Item 15, énoncés spécifiques, 5 : les énoncés sont courts, actionnables, avec leur population et leur conduite. La cote est retenue par le bas pour une raison précise : la posologie cible du méthylphénidate prend trois valeurs selon la pièce du paquet validé que l’on ouvre, aucune dans le texte des recommandations, 0,8 à 1 mg/kg/jour dans l’argumentaire, 0,5 à 1 mg/kg/jour dans la synthèse et dans les arbres décisionnels. C’est exactement ce que cet item mesure. Item 16, options, 6 : non médicamenteux et médicamenteux, première, deuxième et troisième ligne, conduites en cas d’échec ou d’intolérance. Item 17, recommandations clés, 7 : chaque énoncé recommandé est enfermé dans un encadré à filet, distinct du corps de texte, dispositif constant dans tout le document, auquel s’ajoutent une synthèse de quatre pages et deux arbres décisionnels. Somme 18 sur 21.
83 %
5. Applicabilité
Item 18, facilitateurs et freins, 3 : une annexe consacrée à la filière de soin nomme les difficultés françaises, accès aux spécialistes formés et manque de centres experts dédiés, avec leurs conséquences sur les délais, et cite en regard les plateformes de coordination et d’orientation et les forfaits d’intervention précoce. Ces éléments sont descriptifs, ils ne forment pas une stratégie d’application de la recommandation. Item 19, outils, 7 : deux fiches outils, une synthèse et deux arbres décisionnels. Item 20, ressources, 1 : aucune implication en ressources d’application, les mentions de coût portant sur le poids économique du trouble. Item 21, suivi et audit, 1 : aucun indicateur, aucun critère d’audit. Somme 12 sur 28.
33 %
6. Indépendance éditoriale
Item 22, influence du financeur, 3 : aucun énoncé de financement propre à ce travail. L’annexe de méthode revendique une indépendance financière, au titre de la procédure générale de l’institution et non de ce projet. Configuration circulaire non signalée : la même institution est promoteur, élaborateur et autorité d’adoption. Item 23, conflits relevés et traités, 4 : déclarations recueillies, analysées selon la grille interne, croisées avec la base Transparence-Santé, jugées compatibles avec la participation des experts par une instance que la source désigne, le comité de gestion des conflits d’intérêts, sans en publier la composition. Elles sont annoncées consultables sur la base publique unique, et les participants sont nommés un à un, de sorte que le lecteur peut les retrouver par un détour. Ce qui manque à l’item, c’est le traitement au sens de l’instrument : on sait que les intérêts déclarés ont été jugés compatibles, on ne sait pas ce qui a été fait de ceux qui ne l’auraient pas été, ni s’il y en a eu. Somme 7 sur 14.
42 %
Appréciation globale : 5/7. Recommandée pour la pratique : oui, avec modifications. Un texte largement concerté, relu par un groupe de lecture dont les cotations sont publiées, et présenté de façon lisible. Trois choses retiennent le jugement. Le lecteur du texte des recommandations ne peut pas remonter aux preuves. Rien n’est prévu pour savoir si la recommandation est appliquée, ni ce qu’elle coûte à appliquer. Et une valeur de posologie diffère selon la pièce du paquet validé que l’on ouvre. Les modifications à apporter avant usage sont l’actualisation de la deuxième ligne médicamenteuse et le choix d’une seule valeur de cible, l’une et l’autre détaillées plus bas.

Méthode de cotation : les vingt-trois items d’AGREE II ont été cotés sur l’échelle 1 à 7, chacun adossé à un passage lu dans le corpus déclaré ci-dessus. Les pourcentages affichés sont les scores de domaine calculés par la formule de l’instrument, (somme obtenue moins somme minimale) divisée par (somme maximale moins somme minimale), multipliée par cent. Déviations déclarées : évaluateur unique, là où l’instrument en prévoit deux à quatre. Aucun domaine n’est laissé non coté. Les décomptes publiés dans cette fiche, effectifs des groupes, occurrences de formules et lignes de recherche documentaire, ont été établis sur le texte intégral des documents, espaces normalisés et césures de fin de ligne recollées, puis contrôlés sur les pages d’origine. Bandes de couleur PEB appliquées aux scores de domaine : excellent à 85 % et plus, très bon de 70 à 84 %, bon de 55 à 69 %, correct de 40 à 54 %, critiquable en dessous de 40 %.

Forces et limites

Forces

Composition des groupes publiée nom par nom, avec profession et ville, sauf pour les onze représentants d’usagers qui portent la seule mention de leur qualité. Phase de lecture documentée dans un rapport de 198 pages, taux de participation et cotations compris. Stratégie documentaire reproduite équation par équation. Recommandations encadrées, repérables d’un coup d’oeil dans un document de 71 pages. Discussion explicite et référencée du désaccord avec la revue Cochrane de 2023 sur le méthylphénidate, dont l’argumentaire rapporte la conclusion avant d’exposer les critiques qui lui ont été faites. Chapitre de surveillance détaillé, assorti d’une fiche de suivi. Le texte se situe lui-même par rapport à celui de 2014 et décrit la filière à trois niveaux.

Limites

Recherche documentaire initiale close en août 2020, complétée jusqu’en juin 2022 et mars 2023 selon les questions, veille arrêtée en août 2023, pour un texte validé en juillet 2024, alors que l’annexe de méthode annonce une mise à jour jusqu’à la publication. Aucun critère de sélection des références propre au projet et aucun décompte de tri. Aucun tableau de preuve, aucun niveau de preuve attribué étude par étude. Onze énoncés gradués seulement. Aucune bibliographie ni renvoi dans le texte des recommandations, dont le plan ne suit pas celui de l’argumentaire. Aucune échéance d’actualisation. Aucun indicateur permettant de savoir si le texte est appliqué, ni estimation de ce qu’il coûterait de l’appliquer.
Appréciation PEB, écrite dans aucun texte officielLa discussion du désaccord avec la revue Cochrane est à porter au crédit du groupe de travail, et il faut la lire jusqu’au bout. L’argumentaire rapporte que les auteurs de la revue concluent à un faible niveau de preuve, en signalant notamment qu’environ 41 % des études incluses étaient financées en tout ou partie par l’industrie pharmaceutique. Il expose ensuite la position du groupe européen de recommandations, inchangée depuis 2016, puis six publications critiques qu’il introduit comme venant d’auteurs extérieurs à ce groupe, et il conclut qu’il convient de pondérer ces résultats. La liste ne tient pas tout à fait cette promesse : elle compte cinq équipes distinctes, l’une d’elles signant deux fois, et la première est celle du groupe européen déjà citée. Un lecteur pressé y comptera six voix indépendantes, il y en a moins. Ce que l’argumentaire n’expose pas, c’est la réponse des auteurs de la revue à ces critiques. Le seul grade A du document repose donc sur un corpus dont l’évaluation indépendante la plus récente est défavorable, et dont le groupe de travail a pondéré la conclusion en s’appuyant sur des contradicteurs qu’il ne fait pas contredire à leur tour. Cela ne dit pas que la recommandation est fausse. Cela dit que le lecteur doit savoir que ce grade A est disputé.
Conflits d’intérêts et financement
Partielle
Indépendance partielle, procédure établie, vérification indirecte Ce qui est établi, et où : le descriptif de publication et l’annexe de méthode déclarent que les membres du groupe de travail ont transmis leurs déclarations publiques d’intérêts, qu’elles ont été analysées selon la grille interne de l’institution, que la base Transparence-Santé a été prise en compte, et qu’un comité de gestion des conflits d’intérêts les a jugées compatibles avec leur participation. La procédure est décrite, l’instance est désignée sans que sa composition soit publiée, la décision est écrite, et les déclarations sont annoncées comme consultables sur la base publique unique. Les participants étant nommés un à un, le lecteur peut donc les retrouver, mais par un détour hors du document. Ce qui manque : aucune déclaration n’est publiée avec la recommandation, et le financement de ce travail n’est énoncé nulle part, ni dans le texte des recommandations ni dans l’argumentaire. L’annexe de méthode revendique une indépendance financière au titre de la procédure générale de l’institution, ce qui n’est pas une déclaration propre à ce projet. À signaler enfin, sans en rien déduire de plus : l’institution qui élabore le texte est aussi celle qui l’adopte, et le travail a été demandé conjointement par l’administration de la santé et par une association de patients.
Applicabilité au cabinet libéral français
Lecture PEB pour la France
Le texte est écrit pour la France et n’appelle aucune transposition. Il est à jour du changement de 2021 sur le méthylphénidate et lui consacre une annexe : depuis le 13 septembre 2021, la prescription initiale n’est plus réservée à l’hôpital et peut être engagée en ville, la prescription initiale et le renouvellement annuel restant réservés aux spécialistes, les autres renouvellements mensuels pouvant être faits par tout médecin, sur ordonnance sécurisée limitée à 28 jours. Ce point est acquis et ne demande aucune adaptation.

Ce qui demande une adaptation, c’est la deuxième ligne. Le texte place l’atomoxétine sous accès compassionnel après échec du méthylphénidate, puis la clonidine hors autorisation. Il connaît la lisdexamfétamine, mais la range dans un encadré du chapitre médicamenteux consacré aux traitements prescrits ailleurs et non commercialisés en France, en notant son autorisation européenne dans quatorze pays après échec du méthylphénidate. Deux faits postérieurs, tous deux établis par l’avis de la Commission de la transparence du 8 octobre 2025, ont déplacé cette ligne. D’une part, l’Agence nationale de sécurité du médicament a été informée en octobre 2024 de l’arrêt de fabrication des spécialités princeps d’atomoxétine disponibles dans ce cadre, les génériques restant accessibles sur demande. D’autre part, la lisdexamfétamine a reçu un avis favorable au remboursement chez l’enfant de six ans et plus lorsque la réponse à un traitement antérieur par méthylphénidate est jugée cliniquement insuffisante, avec un service médical rendu modéré et une absence d’amélioration du service médical rendu.

Un point de vocabulaire qui change la conduite à tenir : un avis favorable de la Commission de la transparence n’est pas un remboursement. C’est l’étape qui le rend possible, l’inscription effective relevant d’un texte distinct. Avant de compter sur cette deuxième ligne au cabinet, il faut donc vérifier l’état de la prise en charge à la date où l’on prescrit. Autorisation, commercialisation et remboursement sont trois choses différentes, et elles ne surviennent pas ensemble.

Autrement dit, la molécule que le texte de 2024 classait hors du marché français est celle dont on discute aujourd’hui la prise en charge, et l’indication retenue par la Commission, après réponse insuffisante au méthylphénidate, recouvre la situation clinique que le texte confiait à l’atomoxétine. La Commission ne réordonne aucun algorithme, et cette fiche n’en propose pas. Elle signale que l’état du marché sur lequel la deuxième ligne de 2024 était bâtie a changé. C’est ce point qu’il faut vérifier avant de se servir de la recommandation comme d’un algorithme. Elle reste utilisable pour tout le reste.

Sur le TDAH de l’adulte, aucune recommandation française n’existe. Le même avis d’octobre 2025 rappelle que le travail de la Haute Autorité de santé sur le repérage, le diagnostic et la prise en charge des adultes est en cours de réalisation. Une note de cadrage a été validée le 17 novembre 2021.
Comparaison avec la recommandation de 2014

Convergence. Les deux textes décrivent le même trouble, la même démarche clinique et la même architecture de soins : un médecin de premier recours qui repère, oriente et suit, un médecin spécialisé du trouble qui diagnostique et met en place les interventions. Le texte de 2024 le dit lui-même, il s’inscrit dans la continuité de celui de 2014, dont il fait le niveau 1 de sa filière. Ils ne se remplacent pas, ils se répartissent les niveaux.

Où les deux textes s’écartent. Sur la gradation, l’écart est mesurable et il est net.

2014, premier recours2024, médecin spécialisé
Occurrences de « il est recommandé »4264
Énoncés portant un grade011, un A, quatre B, six C
Classifications retenuesCIM-10, DSM-5 et CFTMEACIM-11 ou DSM-5-TR
Prescription initiale du méthylphénidateHospitalièrePossible en ville depuis le 13 septembre 2021
Outils publiés avec le texteSynthèseSynthèse, deux fiches outils, deux arbres décisionnels

Le texte de 2014 ne masque pas l’absence de gradation, il l’annonce sous un intertitre Avertissement, en page 10 : « Les données de la littérature identifiées n’ont pas permis de fonder les recommandations sur des preuves. En conséquence, les recommandations reposent sur un accord d’experts au sein du groupe de travail, validé par un groupe de lecture. »

Ce que cet écart ne signifie pas. Onze énoncés gradués au lieu d’aucun est un progrès réel, et un plancher bas. La règle de prescription hospitalière du texte de 2014 n’est pas une erreur de ce texte, c’est l’état du droit à l’époque : elle a été levée six ans et neuf mois plus tard. Le lecteur qui ouvre aujourd’hui la synthèse de 2014 y trouvera pourtant cette règle telle quelle, et c’est la principale raison de ne plus s’y référer pour la prescription.

Une divergence à l’intérieur du paquet validé par le Collège

Elle porte sur la posologie cible du méthylphénidate, et c’est l’écart le plus lourd de ce dossier. Les sept pièces validées ou publiées avec la recommandation ont été confrontées sur ce point, page par page, y compris les pages composées en image que la conversion en texte ne restitue pas.

Pièce, et sa date de validationCe qu’elle donne
Recommandations, 18 juillet 2024Aucune cible. Un début autour de 0,3 mg/kg/j, un maximum de 60 mg/j sans dépasser 1 mg/kg/j selon les résumés des caractéristiques du produit, et des doses supérieures possibles dans des cas particuliers avec surveillance renforcée
Argumentaire, 18 juillet 2024Un dosage cible en moyenne de 0,8 mg à 1 mg/kg/jour, et un maximum de 60 mg/j énoncé sans le plafond en mg/kg que porte le texte des recommandations. Un tableau de conduite à tenir y ajoute la possibilité d’aller jusqu’à 2 mg/kg/jour en cas de bonne tolérance
Synthèse, 18 juillet 2024, page 4, arbre décisionnel de l’intervention médicamenteuseUne cible entre 0,5 et 1 mg/kg/jour, mentionnée deux fois
Arbre décisionnel de l’intervention médicamenteuse diffusé séparément, septembre 2024Le même contenu, la même cible entre 0,5 et 1 mg/kg/jour, deux fois
Arbre décisionnel des interventions thérapeutiques, fiche de suivi du méthylphénidate, fiche de trame d’entretienAucune valeur de ce type

Trois pièces adoptées le même jour par la même instance donnent trois réponses différentes à la question de la dose visée. Le texte des recommandations n’en fixe aucune, l’argumentaire place le plancher à 0,8, la synthèse le place à 0,5. La valeur la plus basse est portée par la pièce de quatre pages, celle qu’un praticien ouvre en premier et imprime.

Pourquoi cet écart passe inaperçu : les pages 3 et 4 de la synthèse sont des images pleine page. Une recherche dans le fichier n’y trouve rien, seul l’affichage de la page les montre. Et il a traversé le temps : la synthèse a été réexportée le 1er avril 2025, sans mention de version, et la page 4 du nouveau fichier porte exactement la même image que celle de septembre 2024.

Appréciation PEB, écrite dans aucun texte officielCe n’est pas un défaut de mise en forme, c’est une divergence de contenu à l’intérieur d’un même acte de validation, et elle porte sur un chiffre de prescription. Elle mérite d’être signalée à la Haute Autorité de santé plutôt qu’arbitrée par une revue : aucun des trois documents n’a autorité sur les deux autres, et rien dans le dossier ne dit lequel exprime l’intention du groupe de travail. Tant qu’elle n’est pas levée, la prudence consiste à ne pas traiter l’arbre décisionnel comme une source de posologie et à revenir au texte des recommandations, qui est le seul des trois à énoncer une conduite d’adaptation complète, de la dose initiale au maximum et à ses exceptions.
Source et citation

Haute Autorité de santé. Trouble du neurodéveloppement/ TDAH : Diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents. Recommandation de bonne pratique. Saint-Denis La Plaine : HAS ; juillet 2024. Validée par le Collège le 18 juillet 2024, mise en ligne le 23 septembre 2024. Pièces lues : recommandations, argumentaire scientifique, synthèse, résultat de la phase de lecture, fiche de trame d’entretien diagnostique, fiche de suivi du traitement par méthylphénidate, deux infographies également diffusées comme arbres décisionnels, note de cadrage de novembre 2021.

Lien officiel : has-sante.fr, page de la recommandation · Version consultée : texte validé le 18 juillet 2024 · Consultée le 28 août 2026.

Documents de comparaison et d’actualisation : Haute Autorité de santé, Conduite à tenir en médecine de premier recours devant un enfant ou un adolescent susceptible d’avoir un trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, recommandation de bonne pratique, adoptée par le Collège en décembre 2014, la page de publication portant une date de validation au 10 décembre 2014 et une mise en ligne le 12 février 2015. Haute Autorité de santé, Commission de la transparence, avis relatif à XURTA, lisdexamfétamine, adopté le 8 octobre 2025, mis en ligne le 16 octobre 2025.

Ce qui n’a pas pu être vérifié. Le détail nominatif des déclarations d’intérêts, non publié avec le document et accessible seulement par renvoi vers la base publique. La date d’autorisation de mise sur le marché de la lisdexamfétamine en France, qui ne relève pas des pièces lues ici. L’inscription effective de cette spécialité au remboursement, l’avis de la Commission de la transparence ne l’établissant pas. Le total exact des énoncés recommandés du texte de 2024, la source les regroupant dans des encadrés dont plusieurs contiennent plus d’une phrase : seul le décompte des formules employées est publié ici, et il est signalé comme tel. Le nombre de références réellement examinées, le total de 1 087 étant la somme des lignes du tableau de recherche, dont la source indique qu’elles peuvent contenir des doublons. Enfin, laquelle des trois valeurs de posologie cible exprime l’intention du groupe de travail : aucune pièce du dossier ne permet de trancher.

Les contenus sont élaborés selon les principes de la médecine fondée sur les preuves. Chaque analyse repose sur une lecture critique indépendante de la littérature et vise à en faciliter l’interprétation. Elle ne remplace ni les recommandations officielles, ni le raisonnement clinique, ni une prise en charge individualisée. Certaines données peuvent évoluer avec de nouvelles preuves.
Analyse issue de Psychiatry Evidence Base, la psychiatrie fondée sur les preuves, expliquée avec rigueur.