Publié le 1er septembre 2026, mis à jour le 19 septembre 2026

Analyse · Schizophrénie · Neuromodulation

rTMS à haute fréquence et symptômes négatifs : un effet petit, et deux jeux de chiffres

▬ Publication
PLOS One · 2025 · Wang et al.
DOI 10.1371/journal.pone.0337847
PMID 41379812
Scientifique 67
Éditorial 66

L’essentiel

Cette revue systématique regroupe 17 essais randomisés contre stimulation simulée sur la stimulation magnétique transcrânienne répétitive à haute fréquence, en complément du traitement antipsychotique. Quinze d’entre eux, soit 821 patients recomptés sur les données fournies en annexe, apportent un sous-score négatif de la PANSS : la différence moyenne standardisée y vaut -0,31 (IC 95 % -0,49 à -0,14), avec une hétérogénéité de 32 %. Le résumé de la publication annonce, lui, -0,22 avec une hétérogénéité de 9 %. Nous avons refait le calcul à partir des données individuelles jointes par les auteurs : elles reproduisent exactement les chiffres de la section Résultats, pas ceux du résumé. Trois sous-groupes se détachent, analysés séparément et jamais croisés : 20 Hz (-0,48), plus de quinze séances (-0,40), cortex préfrontal dorsolatéral (-0,34). Le résultat obtenu sur l’échelle SANS affiche une hétérogénéité de 91 % et ne peut pas être interprété. La grille PRISMA jointe indique qu’aucun protocole n’a été préparé, si bien que rien n’établit que ces sous-groupes aient été décidés avant l’analyse. Aucun conflit d’intérêts ni financement déclaré.

Le contexte

Les symptômes négatifs sont ce que les antipsychotiques traitent le moins bien, et ce qui pèse le plus sur le devenir fonctionnel. Un patient dont le délire a cédé mais qui ne sort plus de chez lui reste un patient en échec thérapeutique. Aucune molécule n’a fait la preuve d’un effet franc sur cette dimension, ce qui explique l’intérêt persistant pour la neuromodulation.

La rTMS pose une difficulté que la pharmacologie ne pose pas : la dose n’est pas un chiffre mais un jeu de réglages. Fréquence, cible anatomique, intensité rapportée au seuil moteur, nombre de séances, mode de repérage. Deux essais qui se disent tous deux de rTMS peuvent avoir peu de choses en commun. Cette revue illustre le problème, et en ajoute un second : celui du rapportage.

L’étude en un coup d’œil

Élément Contenu
Population Adultes avec schizophrénie ou trouble schizoaffectif, sous antipsychotique
DétailDiagnostic posé selon le DSM, la CIM ou l’entretien MINI, sans version précisée par les auteurs. La posologie antipsychotique est rapportée en équivalents chlorpromazine pour une partie des essais. Les auteurs annoncent 911 patients pour 17 essais ; la somme des effectifs de leur tableau 1 donne 1021, ou 981 en ne comptant qu’une fois le groupe témoin partagé par les deux bras de Xiu et al. Le chiffre de 911 n’est reproductible sur aucun tableau fourni.
Intervention rTMS à haute fréquence en complément, 5 à 20 Hz dans les essais retenus
DétailLe critère d’inclusion retenait toute fréquence supérieure à 1 Hz. Sur les 18 bras décrits, 9 sont à 10 Hz, 6 à 20 Hz, 2 à 15 Hz et 1 entre 5 et 7 Hz. La cible est le cortex préfrontal dorsolatéral pour 16 bras sur 18, le cortex préfrontal bilatéral pour un, le cervelet pour un. Le nombre de séances va de 10 à 40, à raison de cinq par semaine.
Comparateur Stimulation simulée
DétailLes auteurs décrivent l’ensemble comme des essais en double aveugle, les procédures ne différant que par l’orientation de la bobine ou l’usage d’une bobine factice. Leur propre liste de références qualifie pourtant l’essai de Garg et al. 2016 d’essai en aveugle de l’évaluateur seul. Le double aveugle n’est donc pas établi pour la totalité des essais.
Critères Symptômes négatifs, mesurés par la PANSS ou par la SANS
DétailLes auteurs désignent la PANSS négative et la SANS comme les deux mesures du critère principal, et non la SANS comme un critère secondaire. Secondaires : sous-score positif de la PANSS et échelle de dépression de Calgary. Aucune évaluation de la certitude par GRADE. La case de la grille PRISMA consacrée à l’évaluation des biais de rapportage porte la mention « Na ».
Design Revue systématique avec méta-analyse à effets aléatoires
DétailEnregistrement PROSPERO CRD42023450243, mais la grille PRISMA jointe indique qu’aucun protocole n’a été préparé. Recherche dans six bases, arrêtée en juillet 2023 selon la section Méthodes et en mars 2024 selon le résumé. 59 références examinées, 17 essais retenus, quatre analyses de sous-groupes, une analyse de sensibilité par exclusion successive. Niveau de preuve Oxford 1a par le design, à pondérer par la qualité du rapportage.

Les résultats

-0,48
Différence moyenne standardisée sur les symptômes négatifs dans le sous-groupe des essais à 20 Hz, six essais et 301 patients, avec une hétérogénéité nulle. Contre -0,31 sur l’ensemble des quinze essais analysables. La cible de stimulation a fait l’objet d’une analyse distincte : les deux réglages n’ont jamais été croisés.
Résultat Valeur
PANSS négative, ensemble des essais analysables DMS -0,31 (IC 95 % -0,49 à -0,14), I² = 32 %, 15 essais, 821 patients
LectureChiffre de la section Résultats, que notre recalcul indépendant sur les données individuelles de l’annexe reproduit à la troisième décimale. Le résumé de la publication annonce -0,22 avec une hétérogénéité de 9 % : ces mêmes données ne le reproduisent pas. Les auteurs comptent par ailleurs 791 patients là où leur propre tableau en donne 821. C’est le résultat de la section Résultats qu’il faut retenir, pas celui du résumé.
Sous-groupe des essais à 20 Hz DMS -0,48 (IC 95 % -0,71 à -0,25), I² = 0 %, 6 essais, 301 patients
LectureLe sous-groupe le plus favorable, et le seul parfaitement homogène. Il porte sur la fréquence seule. À 10 Hz, huit essais et 480 patients, la valeur tombe à -0,26 (IC 95 % -0,49 à -0,02) avec une hétérogénéité de 33 %. Les auteurs relèvent eux-mêmes que les deux intervalles se recouvrent et que la différence entre fréquences n’est probablement pas significative.
Sous-groupe de plus de quinze séances DMS -0,40 (IC 95 % -0,57 à -0,24), I² = 7 %, 12 essais, 635 patients
LectureÀ manier avec prudence : dans leur discussion, les auteurs écrivent que l’allongement de la durée n’a produit que de légères améliorations et n’a pas renforcé l’effet, ce qui contredit la recommandation de leur propre conclusion. Le nombre de participants de ce sous-groupe est donné tantôt à 605 dans le texte, tantôt à 635 dans le tableau 3 ; c’est 635 que le recomptage confirme.
Échelle SANS DMS -0,99 (IC 95 % -1,64 à -0,33), I² = 91 %, 10 essais, 533 patients
LectureUne hétérogénéité de cet ordre signifie que les essais regroupés ne mesurent pas la même chose. Ce chiffre ne doit pas être cité comme un résultat, et nous ne le reprenons ici que pour dire pourquoi. Il faut noter qu’il ne s’agit pas d’un critère secondaire mais de l’une des deux mesures du critère principal, ce qui rend la contradiction avec le résultat PANSS d’autant plus gênante.
PANSS positive et symptômes dépressifs DMS -0,02 (p = 0,81) et -0,09 (p = 0,43), non significatifs
LectureQuatorze essais et 801 patients pour la PANSS positive, six essais et 361 patients pour l’échelle de Calgary. Absence de différence démontrée, ce qui n’établit pas l’absence d’effet. Les essais inclus n’étaient pas conçus pour ces critères.

Lecture critique

Domaine Jugement
Sélection et conduite de la revue Correcte, rapportage fautif
ConstatLe travail est traçable : les 59 références examinées sont listées avec leur motif d’exclusion, et les données extraites sont fournies essai par essai, ce qui permet de tout recalculer. Le risque de biais est rapporté et il n’est pas bon : génération de séquence adéquate pour 14 des 18 bras, tous les autres domaines classés incertains pour la totalité des bras, et 41,67 % des jugements portés en risque élevé. Le rapportage, lui, est fautif : le résumé, la section Résultats et la discussion donnent trois jeux de chiffres différents.
Hétérogénéité du critère principal Modérée, 32 %
ConstatLe résumé annonce 9 %, la section Résultats 32 %. Notre recalcul sur les données individuelles jointes donne 32 %. L’argument d’homogénéité mis en avant dans le résumé ne tient donc pas : les essais s’accordent moyennement, pas très bien.
Le résultat SANS Non interprétable
ConstatRegrouper des essais dont l’hétérogénéité atteint 91 % produit un chiffre, pas un résultat. Les auteurs le rapportent, et vont jusqu’à écrire que la SANS montre un effet plus fort que la PANSS, sans souligner que cette comparaison n’a aucune valeur. C’est la faiblesse principale de leur présentation.
Statut des sous-groupes Préspécification non établie
ConstatLa revue est enregistrée sur PROSPERO, mais la grille PRISMA jointe indique explicitement qu’aucun protocole n’a été préparé. Rien ne permet donc d’affirmer que ces quatre sous-groupes ont été décidés avant l’analyse. Un sous-groupe reste de toute façon une comparaison observationnelle à l’intérieur d’un ensemble d’essais : il oriente le choix d’un protocole, il ne le démontre pas.
Indépendance Aucun conflit déclaré
ConstatAucun financement spécifique et aucun lien d’intérêts déclarés. Publication en accès libre sous licence Creative Commons Attribution. Les auteurs concluent à l’absence de biais de publication sur un entonnoir jugé symétrique et un test d’Egger non significatif, p = 0,9605 : avec quinze essais, cet argument est faible.

Niveau de preuve

Scientifique67
Éditorial66

La confiance est raisonnable sur le fait qu’un effet existe et qu’il est petit : quinze essais randomisés contre stimulation simulée, un intervalle de confiance qui exclut le zéro, une hétérogénéité modérée, et des données brutes qui reproduisent le résultat annoncé dans la section Résultats. Elle est faible sur l’ampleur exacte dans les sous-groupes, parce qu’un sous-groupe repose sur moins d’essais, n’est pas établi comme préspécifié, et hérite des choix de ses auteurs. Elle est nulle sur la SANS.

Il faut être clair sur ce que la revue ne dit pas. La fréquence de stimulation et la cible anatomique ont été analysées dans deux sous-groupes distincts. Aucune analyse ne combine les deux. Écrire que « 20 Hz sur le cortex préfrontal dorsolatéral » donne -0,48 serait une erreur de lecture : -0,48 est la valeur du sous-groupe des essais à 20 Hz, quelle que soit la cible, et la cible dorsolatérale prise isolément donne -0,34. La conclusion des auteurs, qui recommande 20 Hz, plus de quinze séances et le cortex préfrontal dorsolatéral, empile trois analyses séparées comme si elles décrivaient un protocole unique testé comme tel. Ce n’est pas le cas.

Le test du confrère

Ce que dirait un confrère expérimenté à qui l’on présente cette étude en deux minutes, entre deux consultations.

« Moins 0,31, c’est modeste, et le résumé annonce autre chose que les résultats, ce qui n’inspire pas confiance. Si le service fait déjà de la rTMS, le signal le plus net est du côté du 20 Hz. Mais on ne peut pas dire que cette étude ait testé un protocole complet. »

Traduction pour la pratique : le débat utile n’est pas de savoir si on fait de la rTMS, mais comment. Cette revue suggère que les réglages comptent. Elle ne dit pas lequel adopter, et elle ne le dit pas parce qu’elle ne les a pas comparés entre eux.

Ce que vous pouvez en faire

  • Retenir l’ordre de grandeur. Une différence moyenne standardisée de -0,31 correspond à environ 1,9 point de sous-score négatif de la PANSS, l’écart type intra recalculé sur les données de ces essais valant 6,0 points. Ce n’est pas rien sur une dimension où presque rien ne marche, mais ce n’est pas un changement d’état.
  • Ne pas présenter « 20 Hz sur le cortex préfrontal dorsolatéral » comme le protocole validé par ce travail. La fréquence et la cible ont été analysées séparément, jamais croisées, et aucune des deux analyses n’est établie comme préspécifiée.
  • Ne jamais citer le résultat obtenu sur la SANS. Son hétérogénéité de 91 % le rend inutilisable, y compris pour argumenter en faveur de la technique.
  • Ne pas s’appuyer sur cette revue pour arbitrer le nombre de séances. Le sous-groupe des protocoles longs donne -0,40, mais les auteurs écrivent eux-mêmes en discussion que l’allongement de la durée n’a pas renforcé l’effet. Ils se contredisent, et rien ne permet de trancher.
  • Annoncer au patient un bénéfice possible et modeste sur les symptômes négatifs, pas une amélioration franche. Et ne pas conclure de l’absence de signal sur les symptômes positifs ou dépressifs qu’il n’y en a pas : les essais inclus visaient autre chose.
  • La surveillance pratique est outillée par le simulateur de suivi cardio-métabolique.

Questions fréquentes

Une DMS de -0,31, ça représente quoi pour un patient ?

Environ 1,9 point de sous-score négatif de la PANSS, calculé avec l’écart type intra de 6,0 points observé dans ces essais. Sur une échelle dont le sous-score négatif va de 7 à 49 et dont les valeurs de fin d’étude tournent ici autour de 20, c’est un effet petit. Perceptible en moyenne de groupe, rarement au lit du patient.

Pourquoi refuser le chiffre de la SANS alors qu’il est bien plus favorable ?

Précisément parce qu’il est plus favorable. Un résultat avec 91 % d’hétérogénéité peut prendre à peu près n’importe quelle valeur selon les essais retenus. Le citer, même avec une réserve, revient à le faire circuler.

Le sous-groupe à 20 Hz suffit-il à fixer un protocole ?

Non. Il suffit à orienter un choix quand le protocole n’est pas déjà fixé, et encore, avec la réserve qu’aucun protocole préalable ne permet de dire que ce sous-groupe a été prévu avant l’analyse. Les auteurs relèvent d’ailleurs que les intervalles de confiance des sous-groupes 10 Hz et 20 Hz se recouvrent. Seul un essai comparant directement deux paramétrages trancherait.

Faut-il proposer la rTMS en première intention sur les symptômes négatifs ?

Rien dans ce travail ne le suggère. Il s’agit d’un traitement administré en complément chez des patients recevant déjà un antipsychotique, et c’est dans ce cadre que l’effet a été mesuré. Les conditions d’accès et de prise en charge de la rTMS ne relèvent pas de cette publication et doivent être vérifiées localement.

Bibliographie commentée

Étude source. Wang B, Zhu X, Chen L, Liu S, Wang C. The effects of high-frequency repetitive transcranial magnetic stimulation on negative symptoms in schizophrenia patients: A systemic review and meta-analysis. PLOS One. 2025;20(12):e0337847. DOI 10.1371/journal.pone.0337847. Reçu le 9 août 2024, accepté le 11 novembre 2025, publié le 11 décembre 2025. Enregistrement PROSPERO CRD42023450243. Les auteurs déclarent n’avoir reçu aucun financement spécifique et n’avoir aucun lien d’intérêts. PMID 41379812, identifiant établi au registre PubMed le 1er septembre 2026. Le matériel supplémentaire a été consulté : grille PRISMA 2020, tableau des 59 références examinées avec le motif d’inclusion ou d’exclusion de chacune, et tableau des données extraites essai par essai, sur lequel l’ensemble des estimations rapportées ici a été recalculé de façon indépendante.

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