Traitement du burnout, les recommandations suisses
Recommandée avec modifications
Ces recommandations suisses traitent le burnout comme un état de risque et non comme une maladie. Elles sont signées par onze auteurs, dont huit rattachés au Réseau suisse d’experts sur le burnout, trois à la Société suisse des troubles anxieux et de la dépression, et un aux deux, sur mandat de la commission permanente de la qualité des sociétés de psychiatrie suisses. Elles paraissent en deux parties dans le Forum Médical Suisse en 2016 : la première pose le concept, les facteurs de risque et l’état de la recherche thérapeutique, la seconde décrit la conduite clinique.
Leur logique tient en une idée : le burnout est un processus qui s’aggrave par stades, du stress accru jusqu’à la dépression clinique d’épuisement, et la conduite se règle sur le stade atteint plutôt que sur un seuil. Le traitement y est décrit comme une architecture de dimensions à combiner, accompagnement, pharmacothérapie, mesures corporelles, psychothérapie, questions existentielles, réintégration professionnelle.
Le texte a une particularité qui mérite d’être dite d’emblée : il énonce lui-même la faiblesse de sa base de preuves. Ses auteurs écrivent qu’il n’existe pratiquement pas d’essais randomisés en double aveugle contre placebo sur le traitement du burnout, que les dimensions thérapeutiques qu’ils décrivent leur paraissent judicieuses en pratique sans qu’aucune étude contrôlée ne les valide, et que les études d’intervention recensées dans la première partie ont un niveau de preuve faible. Appréciation PEB, qui ne figure dans aucun texte officiel : un référentiel qui publie lui-même l’argument qui l’affaiblit épargne au lecteur d’avoir à le reconstituer.
Point de datation à connaître avant usage. Le registre de la Fédération des médecins suisses enregistre les deux parties avec une année de publication fixée à 2016 et une validité qui s’arrête en 2020, et n’y rattache aucune version postérieure. Ce qui est décrit ici est donc l’état d’une pratique de langue allemande en 2016, dont la validité déclarée est échue depuis six ans. Ce n’est pas une lecture PEB, c’est le champ du registre de l’éditeur.
Ce que le texte suisse demande de faire, rapporté au style indirect.
- Le texte décrit le burnout comme un processus en trois stades, du stress accru réversible au burnout grave avec dépression clinique, et en tire une conséquence de conduite qu’il énonce explicitement : l’état de risque relève le plus souvent d’un traitement ambulatoire, la dépression d’épuisement prononcée relève de l’hôpital.
- Il recommande d’ouvrir par un diagnostic différentiel large, somatique et psychiatrique, et fournit pour cela deux tableaux, l’un par spécialité médicale, l’autre par trouble psychique.
- Il recommande de faire enregistrer au patient, trois fois par jour, son humeur, son énergie et sa tension ressenties, ainsi que ses activités, du début du traitement à la fin de la phase de réadaptation, l’objectif étant que le patient repère lui-même ce qui consomme son énergie et apprenne à placer ses pauses.
- Il recommande de réserver l’antidépresseur à la présence d’un trouble dépressif, et non au burnout lui-même, avec une montée progressive des doses justifiée par la labilité végétative fréquente de ces patients.
- Il recommande de proposer au moins un entretien avec le partenaire, ne serait-ce que pour lui faire comprendre le trouble et lever les questions en suspens.
La seconde partie pose que le burnout n’est pas une maladie au sens strict et qu’il ne constitue, ni dans la classification internationale des maladies dans sa dixième révision, ni dans la cinquième édition du manuel américain, un diagnostic psychiatrique à proprement parler. La réserve compte autant que l’énoncé : la première partie du même texte précise que le burnout figure bien dans la dixième révision, sous le code Z73.0, dans la rubrique des troubles liés aux difficultés à gérer sa vie, et qu’il n’y est donc pas un trouble psychique à part entière tout en pouvant en accompagner un.
Ce que le burnout est, pour ce texte, c’est un état de risque produit par un stress chronique surtout mais pas exclusivement lié au travail, qui peut engendrer des maladies secondaires psychiatriques et somatiques si l’état de stress se chronicise. La première partie ajoute que le recouvrement avec la neurasthénie est considérable, et que ce recouvrement a des conséquences directes sur la conduite du traitement.
Les manifestations sont réparties en quatre catégories selon leur nature : psychiques, corporelles, cognitives, et changements de comportement. L’évolution est décrite par un modèle simplifié en trois stades, qui est l’ossature de tout le raisonnement thérapeutique.
| Stade | Ce qui le caractérise |
|---|---|
| 1. Stress accru | Nervosité, irritabilité, troubles de l’attention, hyperactivité, symptômes végétatifs, troubles du sommeil irréguliers. Le texte souligne que ces signes sont réversibles si la phase de récupération est suffisamment longue. |
| 2. Burnout léger ou moyennement grave | Épuisement. Troubles du sommeil devenus réguliers, portant sur l’endormissement comme sur la continuité. Activité réduite et repli social. Lassitude, labilité émotionnelle, démotivation. Capacité de récupération réduite. Douleurs multiples, et symptômes végétatifs qui durent. Concentration et mémoire atteintes. Dépression. L’intérêt et la capacité de se réjouir sont conservés, ce qui distingue ce stade du suivant. |
| 3. Burnout grave avec dépression clinique | Épuisement prononcé. Capacité de récupération réduite. Insomnies et réveil précoce. Manque d’intérêt et de joie, dépressivité. Appétit et libido en baisse. Symptômes cognitifs prononcés. Symptômes végétatifs qui durent, douleurs multiples. Désespérance, et le cas échéant tendance suicidaire. |
La conséquence pratique est explicite. L’état de risque relève le plus souvent d’un traitement ambulatoire, tandis que la dépression d’épuisement prononcée relève de l’hôpital, le texte signalant à cet endroit précis la tendance suicidaire.
Aucun des symptômes n’étant spécifique, le texte demande un travail d’élimination avant de retenir le burnout. Il le structure en deux tableaux, et le différentiel somatique y occupe un tableau entier de six rubriques, à côté des huit troubles psychiques du tableau suivant.
| Domaine | Exemples donnés par le texte |
|---|---|
| Médecine interne | Anémie grave, carence en vitamine D3, syndrome métabolique, pathologies de l’axe hypothalamo-hypophysaire. |
| Neurologie | Apnée du sommeil et syndrome des jambes sans repos. Syndrome de Pickwick. Myopathies et myasthénie grave. Encéphalites, crises convulsives. Suites de traumatisme crânien. Sclérose en plaques, maladie de Parkinson. Atteinte du système nerveux central par borréliose. |
| Endocrinologie | Insuffisance hypophysaire, y compris après un traumatisme crânien mineur, hypothyroïdie, diabète, hypercorticisme, insuffisance surrénale. |
| Infectiologie | Borréliose, maladie du sommeil, tuberculose chronique, syndrome d’immunodéficience acquise, virus d’Epstein-Barr, paludisme. |
| Oncologie | Craniopharyngiome, syndrome de Lambert-Eaton, tumeurs et syndromes paranéoplasiques en tout genre. |
| Iatrogénie | Antihypertenseurs, sédatifs, benzodiazépines, antidépresseurs sédatifs, antipsychotiques. |
| Trouble | Ce qui doit attirer l’attention |
|---|---|
| Troubles dépressifs | Humeur dépressive et manque d’intérêt. Réveil précoce. Troubles cognitifs prononcés, psychomotricité altérée. Tendance suicidaire. La source ajoute une mise en garde sur la dépression bipolaire et ses phases de manie. |
| Troubles anxieux | Attaques de panique caractérisées, anxiété anticipatoire, phobies spécifiques. |
| Neurasthénie | Résistance au stress réduite de façon chronique et durable, avec une tendance à l’épuisement pour de légères sollicitations, intellectuelles comme physiques. |
| Addiction à l’alcool ou aux sédatifs | Prise prolongée que le patient ne parvient plus à interrompre, signes de sevrage éventuels. |
| Syndrome d’hyperactivité | La source s’en tient à ce libellé, sans le qualifier davantage. Nervosité, difficultés de concentration, hyperactivité, variations de l’humeur, signalées dans l’anamnèse dès l’enfance. |
| Troubles de l’adaptation | Altérations de l’humeur et du comportement, brèves ou longues, faisant suite à des événements, sans caractériser un autre trouble. |
| Trouble obsessionnel compulsif | Obsessions et rituels au retentissement net, antérieurs à l’état de stress. |
| Accentuation de la personnalité et troubles de la personnalité | Fonctionnement cognitif et modèle de comportement correspondants, à composante narcissique, dépendante, ou marqués par un manque de confiance en soi. |
Le texte propose d’adjoindre aux critères cliniques des questionnaires d’auto-évaluation et d’hétéro-évaluation. C’est l’un des rares endroits du document où les énoncés sont adossés à des références.
| État mesuré | Instrument | Ce que le texte lui fait renseigner |
|---|---|---|
| Burnout | Maslach Burnout Inventory, auto-évaluation Shirom-Melamed Burnout Measure, auto-évaluation |
L’ampleur des manifestations de burnout. La source présente le second comme plus disponible et plus simple à interpréter, et renvoie à une adresse où le questionnaire est mis en ligne. |
| Dépression | Échelle de Hamilton pour la dépression en dix-sept items, ou échelle de Montgomery et Asberg, hétéro-évaluation Inventaire de dépression de Beck, auto-évaluation Liste de vérification de l’hypomanie en trente-deux items, auto-évaluation |
Une dépression majeure pour les deux premières, la dépressivité pour la troisième, une dépression bipolaire pour la quatrième. La source ne désigne les instruments que par leurs sigles, les intitulés donnés ici en sont la traduction. |
| Anxiété | Échelle d’anxiété de Hamilton, hétéro-évaluation Inventaire d’anxiété état et trait, auto-évaluation |
L’anxiété et la disposition anxieuse. |
| Somnolence diurne | Échelle de somnolence d’Epworth, auto-évaluation | L’importance de la somnolence, et l’éventualité d’un trouble du sommeil primaire, apnée ou jambes sans repos. |
- Les objectifs sont énoncés : rémission stable d’un trouble dépressif comorbide, régénération de la vitalité et de la capacité de récupération, rétablissement de la résistance au stress dans les fonctions sociales et professionnelles, renforcement de stratégies d’adaptation constructives.
- L’accompagnement du patient est présenté comme actif et non comme un cadre. Le texte insiste sur la construction avec le patient d’un modèle explicatif de son trouble, sur la psychoéducation, et sur la surveillance de l’énergie décrite plus haut.
- La dimension biomédicale retient l’antidépresseur en présence d’un trouble dépressif, tous ceux qui sont recommandés dans les dépressions légères à graves étant considérés comme utilisables. Le texte accorde une attention particulière à l’hygiène du sommeil et au traitement de l’insomnie, et évoque à cet endroit les antidépresseurs sédatifs ou de petites doses de neuroleptiques atypiques. Il mentionne également qu’une préparation à base de millepertuis peut convenir à des patients réticents à l’antidépresseur classique, dans les tableaux dépressifs légers à modérés, et être remplacée ensuite si son effet est insuffisant.
- Une observation clinique revient à plusieurs reprises et mérite d’être retenue : la disposition dépressive s’amende souvent bien avant l’épuisement et les troubles cognitifs. Le texte y voit la composante neurasthénique du tableau, demande de circonscrire les déficits par des tests neuropsychologiques, et signale qu’ils font fréquemment échouer la réintégration professionnelle alors que le reste est déjà en rémission.
- Les mesures complémentaires comprennent une activité physique modérée adaptée aux capacités, le texte conseillant d’évaluer celles-ci par un test physiologique de condition, des exercices de relaxation et des thérapies corporelles, et des exercices d’attention réguliers, le texte citant nommément la réduction du stress fondée sur la pleine conscience.
- La psychothérapie vise l’ajustement entre les exigences de performance et les ressources disponibles, la correction des attitudes dysfonctionnelles, et la reprise d’un mode de vie accordé aux valeurs du patient. La thérapie cognitivo-comportementale y est présentée comme particulièrement adaptée, avec les thérapies intégratives et la thérapie centrée sur les schémas pour les modèles de comportement durables, une approche orientée vers les ressources, et une approche interpersonnelle ou systémique associant le partenaire ou la famille.
- La dimension existentielle occupe une section entière. Le texte demande que le praticien soit au moins ouvert à cette perspective, et prévoit le recours à un intervenant formé aux soins spirituels lorsque c’est nécessaire.
- La réintégration professionnelle est présentée comme un pilier du traitement et non comme sa suite. Elle passe par l’analyse du parcours et de la situation de travail, l’identification des facteurs déclenchants et des stratégies d’adaptation dysfonctionnelles liées au métier, et l’accompagnement du patient lors d’un entretien avec l’employeur.
Le point est assez rare pour être isolé. La seconde partie ouvre en constatant l’absence quasi complète d’essais randomisés en double aveugle contre placebo dans le traitement du burnout, et rattache ses recommandations à trois sources qu’elle nomme : la littérature des troubles comorbides, la pratique clinique et l’expérience des auteurs. Elle écrit que les dimensions thérapeutiques retenues se sont révélées judicieuses en pratique mais qu’aucune étude contrôlée ne porte sur elles, et le répète à propos des approches multidimensionnelles en psychothérapie.
La première partie recense les études d’intervention disponibles, avec leurs tailles d’effet, et conclut que ces études n’ont été menées ni en double aveugle ni de façon randomisée, et que leur niveau de preuve est faible pour cette raison. Un point de vigilance à la lecture : l’une des tailles d’effet rapportées dans cette revue, pour une thérapie de groupe d’orientation psychanalytique en fin de traitement, est imprimée sous une forme impossible pour un d de Cohen. La valeur telle qu’elle est publiée ne peut pas être exploitée.
Une requalification s’impose avant de lire les scores. AGREE II est construit pour des recommandations de bonne pratique dotées d’un appareil méthodologique. L’objet évalué ici est un consensus d’experts publié comme article de revue, sous une rubrique dont l’encadré précise que le contenu relève de la société signataire et non de la rédaction. Les scores qui suivent décrivent la façon dont ce texte a été construit. Ils ne disent rien de la justesse clinique de ce qu’il énonce, et un lecteur qui les lirait comme un verdict sur le contenu se tromperait.
Corpus lu pour cette cotation
- Première partie, principes fondamentaux, Forum Médical Suisse 2016, volume 16, numéro 25, pages 538 à 541, soit 4 pages d’article, avec son appendice de références en ligne, 2 pages et 57 références.
- Seconde partie, recommandations pratiques, Forum Médical Suisse 2016, volume 16, numéros 26 et 27, pages 561 à 566, soit 6 pages d’article, avec son appendice de références en ligne, 1 page et 30 références.
- Fiche d’enregistrement des deux parties sur la plateforme Guidelines Schweiz de la Fédération des médecins suisses, consultée le 28 août 2026, qui porte le terme de validité, les utilisateurs cibles et la population.
- Pour la seule section d’applicabilité, et pour aucune cotation, la fiche PEB consacrée à la recommandation française sur le burnout, qui déclare ses propres sources.
Ce qui n’est publié nulle part
- Aucun document de méthode n’accompagne l’une ou l’autre partie, et l’enregistrement au registre n’en signale aucun.
- Aucun énoncé de financement ne figure dans les deux articles.
- Aucune description de la constitution du groupe de travail, au delà de la liste des signataires et de leurs affiliations.
Ces trois absences portent sur les deux textes intégraux, appendices compris, et sur la fiche du registre. Ce sont donc des constats sur des pièces disponibles, et non des trous de corpus : les items correspondants sont cotés au plancher, et les six domaines reçoivent un score.
Méthode de cotation : les vingt-trois items d’AGREE II ont été cotés sur l’échelle 1 à 7, chacun adossé à un passage lu dans le corpus déclaré ci-dessus. Les pourcentages affichés sont les scores de domaine calculés par la formule de l’instrument, (somme obtenue moins somme minimale) divisée par (somme maximale moins somme minimale), multipliée par cent. Déviations déclarées : évaluateur unique, là où l’instrument en prévoit deux à quatre, ce qui est sa limite de reproductibilité connue. Aucun domaine n’est laissé sans score, les trois absences relevées portant sur des pièces intégralement lues. Bandes de couleur PEB appliquées aux scores de domaine : excellent au-dessus de 85 %, très bon de 70 à 84 %, bon de 55 à 69 %, correct de 40 à 54 %, critiquable en dessous de 40 %.
Forces
- Le texte énonce la faiblesse de sa propre base de preuves, sur six énoncés distincts et sans atténuation.
- Le diagnostic différentiel est développé sur deux tableaux, six rubriques médicales et huit troubles psychiques, le versant somatique occupant un tableau entier.
- Neuf instruments sont nommés avec ce que chacun renseigne et leur référence, dont une adresse de questionnaire en français.
- Le décalage entre rémission thymique et récupération cognitive est décrit, avec sa conséquence sur l’échec des réintégrations professionnelles.
- La réintégration professionnelle est traitée comme un pilier du traitement, avec une méthode d’analyse de la situation de travail.
- Les déclarations d’intérêts des onze auteurs sont publiées intégralement, à l’identique dans les deux parties.
Limites
- Aucun appareil méthodologique. Ni recherche documentaire, ni critères de sélection, ni gradation, ni processus de consensus, ni relecture externe, ni procédure d’actualisation.
- La validité déclarée par le registre de la Fédération des médecins suisses s’arrête en 2020 et n’a pas été renouvelée.
- Aucun représentant des patients, aucun médecin de premier recours ni du travail parmi les signataires, alors que le registre désigne cinq groupes professionnels, médecins, personnel soignant, physiothérapeutes, ergothérapeutes et psychothérapeutes, ainsi que les patients, comme utilisateurs de ce texte.
- Les onze références rattachées aux mesures complémentaires, à la psychothérapie et à la dimension existentielle, renvois 8 à 18, comportent neuf ouvrages ou chapitres pour deux articles de revue.
- Aucune recommandation clé n’est identifiable au premier regard, aucun critère de suivi n’est proposé, aucune implication en ressources n’est traitée.
- Deux erreurs matérielles altèrent la vérifiabilité. Un renvoi bibliographique de la première partie attribue à un auteur une référence qui, dans l’appendice publié, correspond à une échelle de somnolence, et le nom cité ne figure dans aucune des cinquante-sept références. Une taille d’effet y est par ailleurs imprimée sous une forme impossible pour un d de Cohen.
- Le texte demande un enregistrement trois fois par jour sur une échelle graduée de 0 à 10, tandis que la figure censée l’illustrer ne porte qu’un point par jour et un axe gradué de 0 à 8.
Les deux parties portent une déclaration d’intérêts identique, publiée en fin d’article. Un auteur sur onze y déclare des honoraires de conférencier versés par quatre firmes pharmaceutiques nommées ; les dix autres déclarent n’avoir aucun lien financier ou personnel en rapport avec l’article. Le relevé est donc complet et nominatif.
Deux réserves conduisent néanmoins à ne pas retenir un verdict d’indépendance pleine. Aucune mesure de gestion n’est décrite : ni retrait, ni restriction de participation à la section pharmacologique, ni déclaration que ces liens ont été examinés. Et aucun énoncé de financement ne figure dans les deux articles, sur la totalité de leur texte et de leurs appendices : on ignore qui a financé ce travail, y compris s’il ne l’a pas été. L’absence de financement industriel déclaré n’établit pas l’indépendance au sens de l’instrument, qui demande une déclaration explicite.
Ce texte est suisse, il n’a aucune portée normative en France et n’a pas vocation à en avoir. Il se lit comme une description raisonnée d’une pratique clinique, et c’est à ce titre qu’il vaut le détour.
Ce qui se transpose le plus directement : le raisonnement par stades, l’ampleur du diagnostic différentiel somatique, l’enregistrement trois fois par jour de l’humeur, de l’énergie et de la tension comme outil d’auto-observation, l’attention portée aux séquelles cognitives qui persistent après la rémission thymique et qui font échouer les reprises. Aucune de ces conduites ne repose sur une étude contrôlée, le texte le dit lui-même, et ce sont des aides au raisonnement plutôt que des gestes démontrés.
Ce qui suppose un cadre absent en ville : tout le dispositif de réintégration décrit repose sur des interlocuteurs suisses, les assureurs versant les indemnités journalières et les responsables de cas qui font la liaison entre patient, praticien et employeur. En France, l’interlocuteur du retour à l’emploi est le médecin du travail, et le dispositif de référence est celui que décrit la fiche consacrée à la recommandation française sur le burnout, page à laquelle renvoient toutes les mentions du cadre français faites ici, avec la visite de pré-reprise et, pour les patients sans médecin du travail, les consultations de pathologie professionnelle. Le passage suisse ne se lit donc pas comme une conduite à tenir ici.
Deux énoncés pharmacologiques à ne pas transposer tels quels. Le recours à de petites doses de neuroleptiques atypiques pour l’insomnie et la proposition d’une préparation à base de millepertuis relèvent d’une pratique de langue allemande de 2016 ; le premier expose à des effets indésirables que le texte ne discute pas, le second à des interactions médicamenteuses qu’il ne mentionne pas. Appréciation PEB, qui ne figure dans aucun des deux textes officiels : aucun des deux ne devrait être repris en France sans une évaluation du rapport bénéfice sur risque propre au patient.
Une divergence à connaître avec le référentiel français. Ce texte suisse tient pour recommandable l’usage d’échelles pour apprécier le burnout, et son tableau leur donne un rôle individuel. Le référentiel français retient l’inverse, au motif que ces instruments n’ont pas été construits pour l’évaluation individuelle, ainsi que le rapporte la fiche citée plus haut. Appréciation PEB, qui ne figure dans aucun des deux textes officiels : la position française paraît la mieux fondée, la restriction portant sur la validité de construction des instruments, qui est une propriété de l’outil et non une préférence d’organisme.
Hochstrasser B, Brühlmann T, Cattapan K, Hättenschwiler J, Holsboer-Trachsler E, Kawohl W, Schulze B, Seifritz E, Schaufeli W, Zemp A, Keck ME. Le traitement du burnout, partie 1 : principes fondamentaux. Forum Médical Suisse 2016;16(25):538-541, avec appendice de références en ligne. Et, des mêmes auteurs, Le traitement du burnout, partie 2 : recommandations pratiques. Forum Médical Suisse 2016;16(26-27):561-566, avec appendice de références en ligne. Recommandations thérapeutiques du Réseau suisse d’experts sur le burnout, avec la Société suisse des troubles anxieux et de la dépression, sur mandat de la commission permanente de la qualité des sociétés FMPP et SSPP.
Textes officiels : première partie · notice de l’éditeur · Enregistrement au registre suisse des recommandations : partie 1 et partie 2. Version consultée : texte de 2016, année de publication et terme de validité tels qu’enregistrés au registre suisse, aucune version postérieure n’y figurant. Consultée le 28 août 2026.
Ce qui n’a pas pu être vérifié. Le financement de ce travail n’est établi par aucune des sources analysées. Aucun document de méthode n’existe, ce qui interdit de savoir comment les recommandations ont été formulées et par quel processus les onze signataires se sont accordés. La version française étant une traduction de l’original allemand, les nuances de formulation rapportées ici sont celles de la traduction publiée par le Forum Médical Suisse. Enfin, la fiche du registre suisse attribue à la première partie une origine adaptée d’un texte antérieur, sans dire lequel, et une population masculine que la seconde partie ne reprend pas : ces deux mentions n’ont pas d’explication dans les documents analysés.
